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Leitmotive avouables et inavouables du photographe (de nature) & leurs implications

Il y a deux catégories de photographes de nature. Ceux qui étaient avant tout amoureux de la nature et ont décidé de se mettre à la photographier pour témoigner de toute sa splendeur. Et ceux qui étaient avant tout des photographes et ont décidé d’utiliser la nature en tant que modèle pour exprimer une démarche artistique… Pour résumer, il ne doit donc y avoir qu’une seule catégorie de photographes de nature : des gens qui s’emploient à adopter une démarche artistique en utilisant la photo pour témoigner de la beauté de cette même nature. Cela n’exclue en rien tout initiative ayant un but documentaire et/ou militant. Lors de mes débuts, je me suis muni d’un appareil photo pour rapporter à la maison un peu de mes observations et pouvoir partager avec mes proches les moments vécus au cours de mes virées. Au fur et à mesure, je me suis pris au jeu et j’ai voulu « construire » des images toujours plus esthétiques. Je suis devenu un photographe de nature ou un naturaliste (et non pas naturiste…) photographe (peu importe au final). Cette évolution s’est faite de concert avec une implication dans des associations de protection de la nature et de sensibilisation à l’environnement. En cela, la photo était un support documentaire que j’ai aussi utilisé depuis dans ma vie professionnelle pour illustrer des travaux de recherche ou de vulgarisation scientifique. Mais je crois qu’on fait aussi de la photo de nature pour d’autres raisons. D’abord, bien sûr, parce que la nature nous apaise et qu’on recherche son contact en faisant de la photo, comme d’autres le font en se baladant à pied, à cheval ou encore à vélo et ce, que ce soit de la manière la sportive ou la plus contemplative.

Les Animaux du Bois de Quat'sous

Les Animaux du Bois de Quat’sous, dessin animé diffusé dans les années 90…

Je crois qu’on peut faire aussi de la photo de nature (au moins les photographes animaliers) pour des raisons justement profondément animales. La billebaude réveille les instincts du prédateur qui sommeille en chacun d’entre nous. Qu’on le veuille ou non, quand on fait de la photo à l’approche, on « chasse ». On sillonne sans bruit la campagne, à l’aube ou au crépuscule, tous nos sens aux aguets. La photo animalière est d’ailleurs encore parfois appelée « chasse photographique », mais le terme ne colle pas forcement avec l’éthique dont le photographe de nature se veut être le garant. Cette dénomination peut faire l’objet d’un débat sur bien des plans mais force est de constater qu’elle ne décrit pas si mal l’activité, au moins au sens littéral du terme. On repère au loin ce renard ou ce chevreuil qu’on parviendra peut-être à placer dans un des collimateurs, à quelques mètres seulement de l’animal, au terme d’une approche éprouvante mais au combien palpitante. Il faudra encore faire preuve de suffisamment de maîtrise pour ajuster les aspects esthétiques et techniques de la prise de vue, bloquer sa respiration et déclencher pour obtenir le cliché tant espéré. J’aime ces moments là, que ce soit avec ou sans appareil photo d’ailleurs. C’est avant tout pour ça que je fais de la photo de nature et au final, rapporter une belle image n’est que la cerise sur le gâteau. Pour le reste, le photographe animalier est peut-être un peu cet éternel gamin qui joue à la « guéguerre », en se parant d’une tenue de camouflage et en allant se mettre des heures durant, à l’affût dans une cache, sorte de cabane élaborée par ses soins. J’avoue que je trouve ça moi même un peu dérangeant mais c’est au final sans doute plus sain que la « vraie » chasse ou le paintball. Alors pour tout ça, on peut faire aussi et sans doute de la photo de nature parce qu’on veut être comme Peter Pan, et qu’on ne veut pas grandir.

Dans mon univers imaginaire d’enfant, les animaux parlaient et se liguaient (des proies les plus chétives aux plus redoutables des prédateurs) pour se rebeller contre l’humanité, un peu comme dans Les Animaux du Bois de Quat’sous. Je fais aussi partie de cette génération qui a été traumatisée par la mort de la maman de Bambi et un peu moins par celle de Mufasa, le papa de Simba (mais juste parce que j’étais déjà un petit peu plus grand). Pour aller un peu plus loin, gamin, j’ai toujours préféré les aventures du Commandant Cousteau à Dragon Ball Z et bien d’autres dessins animés. Ce n’est qu’à grand renfort de publicité que j’ai fini par faire des compromis en acceptant les Tortues Ninja (encore des animaux qui parlent…). Et puis, depuis ma plus tendre enfance, c’est comme ça. J’ai toujours aimé prendre en photo une nature, souvent exempte de toute contamination humaine apparente. Déjà, je me souviens des sages paroles de ma mère m’offrant un appareil photo jetable avant chacun de mes camps d’été et autres sorties scolaires en me précisant affectueusement de penser à me prendre un peu moi et mes copains en photo, en plus des cailloux, des fleurs et des bestioles.

Je fais aussi partie de ces tranches d’âge en voie de disparition qui ont connu l’ère de l’argentique et je crois que cette expérience a influencé le photographe que je suis aujourd’hui. Par exemple, je suis quelqu’un qui shoote relativement peu. Depuis l’avènement du numérique, bon nombre de photographes de nature rentrent couramment de leurs sorties avec des centaines de photos sur leur(s) carte(s) mémoire alors que je ne dépasse que très rarement les 50 prises de vue au retour d’une balade que j’ai considéré comme « fructueuse ». C’est peut-être du à mon aversion pour le tri, et c’est aussi sans doute pour ça que je commence souvent cette phase sur le terrain, à partir de l’écran LCD. Ca fait gagner du temps pour les photos qui sont indiscutablement ratées mais pour celles pour lesquelles on ne sait pas encore sur le moment, ma copine me dit que c’est mal, et elle a certainement raison. Mais je crois que si je shoote si peu, c’est aussi à cause d’un autre traumatisme directement hérité de l’argentique justement. Là encore, je me revois, gamin, en camp d’été ou en sortie scolaire, faisant tourner la molette crantée de mon jetable sans plus jamais trouver la butée, le regard dans le vague, plein d’amertume… Pour les plus jeunes d’entre vous, cela veut juste dire que la pellicule était finie et qu’il fallait rapporter votre appareil chez votre photographe préféré et attendre plusieurs jours avant d’aller chercher vos tirages. Un temps que les moins de vingt ans n’auront bientôt plus aucune chance d’avoir connu…

Bref, si on fait de la photo de nature pour une multitude de raisons qui ont été influencées par notre propre vécu et notamment par l’époque à laquelle on a grandi, on se retrouve également sur des valeurs plus intemporelles. Quel que soit votre âge, n’hésitez pas à commenter cet article, à aller dans mon sens ou à me contredire en témoignant vous aussi du pourquoi et du comment de votre activité de photographe (de nature ou pas) novice ou expert. Pour ceux qui n’ont encore jamais franchi le cap, si vous avez juste cette envie de photographier plus sérieusement, ne vous cherchez plus d’excuses et lancez-vous ! La photographie est un art relativement facile. Elle est certes techniques mais ne requiert qu’en de très rares circonstances la virtuosité et l’assiduité du musicien ou du peintre de génie pour réussir une belle image. Bref, elle permet de laisser s’exprimer la créativité de chacun, même sans dextérité ni technicité, et ce, dès le stade débutant tout en laissant une marge de progression infinie. La photo, en tout cas celle que je fais, c’est un peu de « l’art pour les nuls » et je dois dire que je trouve l’idée plutôt séduisante.

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2 réflexions sur “Leitmotive avouables et inavouables du photographe (de nature) & leurs implications

  1. bertrand dit :

    Moi pareil, j’ai été traumatisé par l’épreuve du développement argentique et papi Juju qui nous enguelait avec ton père quand on faisait les cons sur les photos de famille

    J'aime

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