Matériel

Compacts, bridges, réflex & hybrides… Petit tour d’horizon (subjectif)

J’espère vous avoir précédemment convaincu que se lancer plus sérieusement dans la photo, c’est penser sur le moyen et même le long terme. Comme beaucoup de passionnés, j’aime bien cette idée du photographe qui fait évoluer son matériel pas à pas: tantôt son boîtier, tantôt sa gamme d’optiques au fur et à mesure de ses envies, de sa progression, et bien sûr, (hélas) de son budget. Je devrais donc être un inconditionnel du réflex et à ce titre, j’ai même un peu craché sur les petits compacts ainsi que sur l’attitude de certains de leurs propriétaires la semaine dernière. Or après des années de photo « tout au réflex », j’ai moi même racheté début 2014 un de ces petits compacts. Avant d’évoquer brièvement les raisons de ce « retour en arrière », je vous propose un petit tour d’horizon des différents types d’appareils : compacts, bridges, réflex et hybrides en mettant l’accent sur les points forts et les points faibles de chacun (en particulier pour un usage en photo de nature). Une chose est sûre, l’appareil parfait en tout point n’existe pas et il faut donc se poser les bonnes questions pour savoir établir des priorités en accord avec ses exigences personnelles.

Les compacts (experts) : pas si petits que ça quand ils se doivent d’être costauds…

Comme leur nom l’indique, le principal avantage de ces appareils tient au fait qu’ils sont relativement légers et peu encombrants. Pour résumer ce que j’ai succinctement expliqué dans mon article précédent, tout ou presque est affaire de taille de capteur (en terme de surface et non nécessairement en terme de nombre de pixels). Souvent les bons compacts accueillent des capteurs d’au moins 1/1.7 pouces (soit 7,6 x 5,7 mm). Il n’y a donc pas vraiment de secrets et les meilleurs compacts sont aussi les plus « gros ». Les plus « haut de gamme » peuvent incorporer une électronique directement héritée des appareils réflex qui leur confère des aptitudes relativement intéressantes en terme de vitesse en rafale par exemple. Ils présentent généralement des plages de focale dont l’étendue est modérée même si certains possèdent des zooms x 30 (entre la position grand angle et la position téléobjectif). Souvent, la visée se fait directement sur l’écran arrière même si certains modèles proposent un viseur optique ou électronique. Ils ont des distances de mise au point minimale habituellement très courtes (de l’ordre du centimètre) et peuvent donc être très utiles pour une utilisation « macro » très rapprochée. Enfin, ils se doivent d’innover en terme de caractéristiques plus ou moins « gadgets » pour faire face à la concurrence féroce des Smartphones. Pas mal de compacts récents sont donc antichocs, étanches et munis de GPS intégrés pour notre plus grand bonheur. Il est difficile de généraliser en terme de tarifs car on trouve des compacts à vraiment tous les prix. Considérons juste qu’un compact expert n’est souvent, au final pas moins cher qu’un réflex d’entrée de gamme (au moins 400 ou 500 €). Il vous faudra même débourser plus de 2000 € pour des compacts (d’exception) tel que le Sony RX1R qui accueille un capteur plein format (24×36), capteur qui était jusqu’ alors l’apanage des réflex, et même des réflex « haut de gamme ».

Les bridges : pour les amateurs de « couteaux suisses »…

Par définition, les bridges sont des appareils photos à objectifs non interchangeables et à visée électronique qui sont censés se poser en intermédiaires entre les compacts et les réflex, que ce soit en terme d’encombrement ou de performances. Ce sont souvent des champions du grossissement et certains modèles affichent un insolent zoom x 60 (soit des focales allant de 20 mm en position grand angle à un 1200 mm en position téléobjectif (en équivalent 24×36) !). En bref, on a là en un seul appareil relativement compact, de quoi couvrir tous les besoins du photographe depuis des focales « très » grand angle, par exemple pour du paysage jusqu’à ce qui se fait de plus gros en terme de téléobjectif proposé « en catalogue » par les fabricants. La différence, c’est que pour vous offrir une focale fixe de 1200 mm sur un réflex 1) vous n’aurez d’autre choix que… Canon avec son EF 1200 mm F/5.6 L USM, 2) vous ne devrez pas avoir peur de vous triballer avec un tromblon de plus de 80 cm de long et environ 25 cm de diamètre pour un poids de près de 17 kg et 3) vous devrez être en mesure de signer un chèque de l’ordre de… 100 000 €! D’ailleurs il semblerait qu’il n’existe qu’une vingtaine de ces objectifs dans le monde qui sont, en plus, désormais des pièces de collection puisque Canon a arrêté leur fabrication en 2005. Si vous voulez en savoir un peu plus sur ce monstre qu’est le 1200 F/5.6, je vous conseille d’aller jeter un œil à l’article qui lui est dédié sur le blog « graine de photographe ».

Pourquoi donc ne pas juste s’acheter un bon bridge pour être tranquille une bonne fois pour toute. Encore une fois, tout ou presque découle d’une histoire de capteur (et de tout ce qui va avec). Ramené à la taille minuscule de la surface sensible, les 20 à 1200 mm (en équivalent 24×36) correspondent à des focales réelles de seulement quelques millimètres ou dizaines de millimètres (environ 200 mm tout au plus…). Qu’est-ce que ça change dans les faits ? Pas mal de choses au final et il faudrait faire un petit peu de maths pour expliquer ce qui se passe concrètement d’un point de vue optique. Pour rester dans le qualitatif, il est par exemple assez facile de distinguer dès le premier coup d’œil une image d’un chevreuil prise à la lisière d’un bois avec un bridge plutôt qu’avec un réflex. A focale et ouverture comparable, les bridges auront tendance à délivrer une profondeur de champ plus étendue. Ainsi, on discernera probablement les détails disgracieux des branchages dans un arrière-plan trop présent sur la photo prise au bridge alors que le sujet se détachera beaucoup mieux d’un avant- et d’un arrière-plan noyé dans un beau flou beaucoup plus esthétique au réflex. C’est moins gênant pour des photos de paysages ou la macro mais je trouve que la photo animalière au bridge, ça a tendance à piquer les yeux et que le rendu reste globalement pas très pro par rapport à ce vous auriez pu avoir en réflex. Et puis pour moi, le bridge ne correspond pas à cette démarche « durable » de la pratique évolutive du photographe à laquelle j’ai fait référence plus haut. Vous achetez ce « tout en un » pour le meilleur et pour le pire. Ce monobloc que vous devrez intégralement changer lorsque vous le jugerez obsolète. On ne peut donc que conseiller de bien réfléchir avant d’investir dans un bridge et posez vous également la question de l’appareil à objectifs interchangeables si vous envisagez de renouveler votre matériel. Encore une fois, les défauts des bridges découlent directement de leurs qualités et c’est à vous de voir si vous préférez un appareil qui fait « à peu près tout pas trop mal sur le moment » où quelque chose de plus évolutif (et qui soit au passage une valeur sûre).

Les réflex : demeurent la référence (en photo de nature plus encore qu’ailleurs sans doute…)

Schéma d’un appareil photo réflex numérique (Illustration Jean-François Witz).

Schéma d’un appareil photo réflex numérique (Illustration Jean-François Witz).

Le principe même du réflex (technologie presque aussi vieille que la photographie elle même) consiste à ce que la lumière qui traverse l’objectif soit réfléchie et orientée vers un viseur optique au moyen d’un miroir disposé à 45° par rapport aux rayons entrant. L’image est ensuite inversée et transmise au viseur grâce à un dispositif à 5 faces (pentaprisme ou pentamiroir). Lors de la prise de vue, le miroir se relève et laisse passer la lumière jusqu’au capteur (ou au film sensible). Ce capteur est de taille plus imposante par rapport à la plupart des compacts et des bridges et fournit donc en général des images de meilleure qualité. En réalité il existe plusieurs catégories de tailles de capteur. Il y a les capteurs dit « plein format » (ou full frame) qui mesurent environ 24×36 mm et correspondent grosso modo à la surface d’une pose sur une pellicule classique. C’est pourquoi on parle encore souvent d’équivalent 24×36 pour pouvoir comparer des focales résultantes (ou réelles) entre elles quelque soit la taille du capteur de l’appareil sur lequel elles sont montées. Généralement, ces capteurs plein format équipent la plupart des boîtiers professionnels et quelques boîtiers experts. Les autres réflex sont équipés de capteurs un peu plus petits (mais toujours plus grands que ceux équipant typiquement les compacts et les bridges) dits APS-C (ou APS-H ou encore 4/3 selon la marque et la gamme). Pour résumer, les grands capteurs sont censés mieux gérer le bruit électronique et donner des profondeurs de champ plus courtes (à focale et ouverture comparable). Ils sont également équipés de photosites (dispositifs qui contribuent à convertir la lumière en signaux électriques) moins minuscules. Cela leur confère une meilleure aptitude à encaisser les forts écarts de luminosité et à retranscrire plus finement les détails, en particulier dans les zones très sombres ou au contraire très éclairées de la scène (meilleure dynamique). En contrepartie, les petits capteurs ont le pouvoir de transformer les téléobjectifs en « super téléobjectifs » ce qui peut s’avérer très intéressant en photographie animalière ou de sport et on verra pourquoi et comment la semaine prochaine. Pour le reste, et au risque de me répéter, les réflex restent une référence en matière de qualité et d’ergonomie, et le confort de leur visée optique traditionnelle demeure toujours inégalé à ce jour.

Pentaprisme: dispositif à 5 faces qui inverse et transmet l’image au viseur optique (Illustration Bobarino).

Pentaprisme: dispositif à 5 faces qui inverse et transmet l’image au viseur optique (Illustration Bobarino).

Les hybrides : ou la miniaturisation du réflex est en marche…

S’il y a bien une chose que l’on peut reprocher aux réflex, c’est bien d’être trop encombrants. Depuis quelques années, on voit donc apparaître un nouveau type d’appareils qui se sont adaptés pour se faire de plus en plus petits : les hybrides. Tout comme leurs grands frères les réflex, la plupart d’entre eux se basent sur d’assez grands capteurs (comparativement aux compacts ou aux bridges) mais leur système de visée a été « simplifié » pour gagner un petit peu de place. Sony a laissé tomber les réflex (sensu stricto) en équipant ses boîtiers de miroirs semi-transparents (immobiles) de sorte que le pentaprisme et le viseur optique sont désormais remplacés par une visée électronique sur écran OLED. Pour avoir essayé de coller mon œil au viseur du Sony Alpha 77 (SLT-A77) d’un collègue, il y a là dedans un petit côté cockpit d’avion de chasse dans un jeu vidéo. Mais au final, rien de vraiment gênant et auquel on ne puisse pas finir par s’habituer. Bref, c’est probablement l’avenir ! Olympus et Panasonic ont été encore plus loin avec leur système micro 4/3 en supprimant complètement le miroir ce qui permet de diminuer le tirage et concevoir des optiques plus compactes. Les autres marques ont suivi des directions sensiblement similaires : Sony avec sa gamme « NEX » (à monture E), Nikon avec sa gamme « 1 » ou encore Canon avec son EOS-M… Là encore, l’image est relayée via un viseur électronique et les boîtiers se font de plus en plus compacts. S’ils offrent l’avantage d’être (souvent) aussi performants et moins encombrants que les réflex, ils possèdent, comme je l’ai déjà précisé, des gammes d’optiques et d’accessoires manquant encore de maturité, notamment dans les longues focales, indispensables en photo de nature (sauf les Sony à monture A qui restent pleinement compatibles avec les gammes d’optiques réflex). Il existe bien la possibilité d’utiliser des bagues d’adaptation permettant de monter tel ou tel objectif pour réflex, mais on se retrouve alors avec des optiques aussi encombrantes qu’en réflex… Enfin, gagner en compacité oblige aussi à faire des concessions en matière d’ergonomie. Sur un réflex, on peut accéder à la l’immense majorité des paramètres de l’image sans avoir à décoller l’œil du viseur. Quand on a fini par apprivoiser son boîtier (et ça peut prendre un certain temps), on peut tout modifier en temps réel en jouant du pouce et de l’index et on contrôle le tout en vérifiant les informations s’affichant dans le viseur. Sur les boîtiers ayant joué à fond la carte de la compacité, beaucoup de touches ont disparu et il faut repasser par les menus affichés sur l’écran arrière pour faire la même chose. Ca n’a peut être l’air de rien présenté comme ça, mais c’est un (très) gros handicap, même avec un écran tactile dernier cri. Tout cela fait perdre des secondes qui pourront s’avérer précieuses et souvent déterminantes (au moins en photo animalière ou de sport).

 Le mot de la fin… Une affaire de compromis (encore et toujours)

Malgré tout ce que j’ai pu les critiquer dans mon article précédent, j’ai donc moi même (re)fait très récemment l’acquisition d’un compact : un Canon Power Shot D30. Il n’a rien d’expert du tout mais ce qui m’a séduit en plus de sa taille c’est le fait que cet appareil soit antichoc (il est censé pouvoir supporter des chutes de 2 m), et étanche à 25 mètres tout en étant équipé d’un GPS intégré. Bref, un type d’appareil qui fait un tabac chez les biologistes (et les maladroits), notamment ses équivalents chez Pentax et Olympus. A la base, je l’ai acheté pour prendre des photos des poissons coralliens sur lesquels je travaille actuellement sur le terrain. Mais du coup c’est aussi un appareil que j’ai absolument tout le temps avec moi, prêt à dégainer pour immortaliser n’importe quoi qui me paraisse digne d’intérêt (et en le faisant quand même mieux qu’avec mon Smartphone). Il est donc juste pratique et c’est la seule chose que j’attendais de lui. Pour tout le reste, ma préférence va à mon réflex et je l’emporte également avec moi dès que j’en ai la possibilité car il surclasse bien sûr mon compact en tout ce qui touche à l’image elle même. Et puis les appareils à objectifs interchangeables dont font partie les réflex vous permettent de faire évoluer votre matériel. En progressant, vous aurez tout le loisir de changer de boîtier mais de conserver peut-être une vie entière de photographe vos optiques préférées. Dernier point, je crois que tous les gens que je connais qui sont passés au réflex ne le regrettent pas et ne reviendront pas  « en arrière » en dépit de la contrainte poids/encombrement. L’appareil idéal n’existe donc pas dans l’absolu et tout est affaire de compromis qui doivent répondre aux besoins et aux envies de chacun. Au demeurant, essayer l’appareil à objectifs interchangeables (réflex ou hybride) c’est souvent l’adopter et devenir doucement accro sans s’en rendre compte… C’est plutôt le jour où ont veut récupérer les photos d’un pote prises avec un appareil plus compact et plus bon marché qu’on réalise l’ampleur de la différence.

Publicités
Par défaut

Une réflexion sur “Compacts, bridges, réflex & hybrides… Petit tour d’horizon (subjectif)

  1. Pingback: Petit capteur ou plein format? | La Nature Des Images

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s