Matériel

Petit capteur ou plein format?

Ca y est ! Enfin décidés à investir dans un appareil à objectifs interchangeables (réflex ou hybride selon l’utilisation que vous en ferez) il va désormais falloir choisir son premier boîtier. A ce stade là, on devrait alors théoriquement se poser la question de savoir s’il est préférable d’opter plutôt pour un « grand » capteur plein format (24×36) ou un « petit » capteur (APS-C & co). En réalité, c’est une question que le débutant se pose rarement car le budget est un élément déterminant lorsqu’on achète son premier boîtier et le choix s’impose donc presque à nous. Tous les boîtiers amateur sont équipés de « petits » capteurs (APS-C & co) et le plein format reste l’apanage des boîtiers professionnels ou au moins de certains appareils experts. Quelles sont donc les différences entre un « petit » et un capteur plein format et a t’on intérêt à envisager d’investir dans un boîtier à capteur plein format dès le début ?

 L’arbre APS-C qui cache en réalité une forêt de « petits » formats

Pour résumer on désigne souvent sous l’appellation « APS-C » tout capteur équipant un réflex (et certains hybrides) dont la taille est plus petite que celle du plein format (qui lui fait environ 24 x 36 mm). Le plein format qui était déjà un standard en argentique l’est resté en numérique de sorte que toutes les focales exprimées pour désigner les caractéristiques d’un objectif le sont comme si cet objectif allait être monté sur un capteur plein format (de type 24×36). Il nous incombe donc de savoir convertir tout ça en fonction de notre propre équipement. En réalité, il n’y a pas que des capteurs  APS-C  à proprement parler et la taille de ces capteurs dits APS-C eux même peut varier d’une marque à l’autre (voir le schéma). Chez la plupart des marques (ex. Fuji, Nikon, Pentax, Sony), le capteur APS-C mesure environ 16 mm x 24 mm de sorte qu’il faut en fait multiplier la focale par un coefficient de 1,5 pour avoir son équivalent en 24×36 (ex. un 50 mm devient un 50 x 1,5 = 75 mm). Le capteur APS-C de chez Canon est légèrement plus petit et le coefficient multiplicateur à appliquer est de 1,6. Il était par ailleurs de 1,7 chez Sigma même si la marque a depuis 2011 adopté le standard de 1,5 (avec le lancement de son boîtier SD1). Canon s’est aussi un temps démarqué avec un autre capteur dit APS-H (avec un coefficient d’environ 1,3 : intermédiaire entre l’APS-C et le plein format et qui a notamment équipé certains de ses boîtiers professionnels (EOS 1D, 1D Mk II et 1D Mk II N, et les Mk III et IV). Cependant, il n’équipe à l’heure actuelle plus aucun des appareils que produit la marque. Ce format ne semble pas pour autant être en voie de disparition puisqu’on le retrouve également chez certains modèles Kodak et Leica. Pour finir Olympus et Panasonic possèdent quant à eux un format un petit peu particulier : le 4/3 pour lequel le coefficient à appliquer est de x 2. Au passage, les capteurs 4/3 (plus « carrés ») se démarquent des autres capteurs APS-C et APS-H qui respectent eux des proportions de type 3/2. Ces différences de proportions ont été héritées des standards de la photo (pour le 3/2) et des écrans cathodiques (pour le 4/3). Un avantage du numérique c’est que tout reste de toute façon facile à recadrer après la prise de vue. Libre a nous donc d’opter pour l’un ou pour l’autre de ces formats selon nos préférences en plus du format carré (1/1) ou encore du 16/9 (standard cinématographique)…

Cadrage simulé pour différents types de capteurs par rapport à un capteur plein format (Photo & Illustration Joris Bertrand)

Cadrage simulé pour différents types de capteurs par rapport à un capteur plein format (Photo & Illustration Joris Bertrand)

Entre supériorité du plein format et atouts cachés du petit capteur (en particulier pour la photo de nature)

Passé cette énumération un peu stérile, prenons maintenant un exemple concret. Mon 300 mm F/4 monté sur mon EOS 70D (capteur APS-C Canon) équivaut à un 300 x 1,6 soit 480 mm (en équivalent 24×36). Couplé au multiplicateur de focale (EF Extender 1.4x II), il devient même un 300 x 1,6 x 1,4 = 672 mm (en équivalent 24×36). Bon point donc ici au petit capteur qui me permet de transformer (sans avoir à recadrer a posteriori) mon « petit » téléobjectif de 300 mm à ce qui équivaudrait presque à un 500 mm F/4 qui coute près de dix fois plus cher! A l’autre bout de la gamme de focale en revanche, un 24 mm équivaut alors à un 24 x 1,6 = 38, 4 mm (plus vraiment du « grand angle » tout ça). En effet, si la position grand-angle (15 mm) de mon zoom transtandard actuel me permet déjà d’embrasser un angle de champ horizontal d’environ 73° (avec mon capteur APS-C), un 15 mm en 24×36 l’étendrait à environ 100°. Si vous voulez vous amuser à déterminer ça avec un objectif que vous envisagez d’acheter ou que vous possédez déjà, la formule pour calculer un angle de champ est telle que : valeur de l’angle = 2. Arctan. ((0,5.L)/f), où L correspond à la longueur du côté de l’image considéré (hauteur, largeur ou diagonale) et f à la focale de l’objectif. Le résultat sera en radians et il vous suffira juste de le convertir en degré. Sinon, vous pouvez aussi directement obtenir la valeur en la lisant sur la fiche technique détaillée dudit objectif. Mais c’est un petit peu dommage car vous perdrez une occasion de vous dire que vous n’êtes au final pas si nul que ça en maths et que vous avez encore de beaux restes. Bref, pour résumer, le capteur APS-C rend les longues focales plus accessibles et c’est surtout en ça qu’il est l’ami des photographes sportifs et animaliers. Pour des raisons similaires, il est aussi l’ami des proxi- et macrophotographes qui aiment bien tirer le portrait à de petits animaux craintifs (ex. libellules et autres insectes, araignées, lézards, serpents…) ou dangereux (espèces venimeuses) car il permet de conserver davantage de distance avec son sujet (à grandissement équivalent). Ainsi beaucoup de photographes de nature experts et même professionnels ne troqueraient peut-être pas leur APS-C (ex. séries de l’EOS 70D et 7D chez Canon ou du D7100 chez Nikon) contre un capteur plein format (ex. série 5D et actuels 1D chez Canon ou du D800 et du D4s chez Nikon) pourtant plus chers. En outre, les modules autofocus et la mémoire tampon (buffer) sont généralement moins gourmands en puissance de calcul pour un capteur APS-C que pour un capteur plein format ce qui permet d’avoir des performances plus intéressantes avec un processeur comparable pour la prise de vue en rafale par exemple.

Pour tout le reste, on retombe quand même et toujours sur cette fameuse histoire de taille. Comme je l’ai dit dans l’article de la semaine dernière, le plein format, donnera des profondeurs de champ plus courtes (à ouverture et à focale équivalente) et gardera donc souvent la préférence de ceux qui aiment plus que les autres jouer sur les flous d’avant et d’arrière-plan (ex. portraitistes, macrophotographes). Les photographes de paysages apprécieront également le plein format pour sa meilleure dynamique et sa gestion du bruit, surtout pour la photo de nuit. Certains boîtiers spécifiquement destinés à la base à l’astrophotographie (ex. Nikon D800E mais pas le Canon EOS 60Da) accueillent d’ailleurs des capteurs plein format. Si le plein format a souvent été associé à des boîtiers haut de gamme, les grandes marques commencent cependant à créer des gammes expert plus abordables qui en sont pourvues (ex. EOS 6D chez Canon et D800 chez Nikon). Au demeurant, s’il est globalement plus performant, le plein format reste souvent cher pour le débutant et il n’équipe aucun appareil réflex dont le prix est inférieur à environ 1500 € (boitier seul).

A chacun sa monture

Dernier point, il faut savoir que les optiques sont conçues et optimisées soit pour les capteurs plein format soit pour les capteurs APS-C (et assimilés). Pour faire simple c’est la règle du « qui peut le plus peut le moins ». Un objectif qui aura été conçu pour projeter une image sur un capteur plein format pourra le faire sur une surface moins étendues (ex. APS-C) même si on ne conservera que la partie la plus centrale de l’image d’origine (d’où le fameux coefficient multiplicateur). En revanche, une optique réflex initialement conçue pour ajuster une image sur un capteur APS-C (ou assimilé) ne sera pas « compatible » avec les capteurs plein format. Ainsi pour une marque donnée, toutes les optiques conçues pour les capteurs plein format (ex. monture EF chez Canon) sont compatibles avec les boîtiers à petit capteur alors que les montures spécifiquement conçues pour les capteurs à plus petit format (ex. EF-S chez Canon, DX chez Nikon…) ne le sont (pour faire simple) pas avec les boîtiers à capteur plein format.

Le mot de la fin…

Bien souvent le débutant n’aura pour seul horizon que l’univers de l’APS-C ou du petit capteur en général. Le plein format sera réservé soit à un usage spécifique (ex. astrophotographie) soit à des gammes pour experts voire professionnels. Ca ne me semble pas être un problème majeur car les capteurs APS-C sont déjà relativement performants et vous laisseront le champ libre pour vous amuser et progresser avant de passer au plein format si un jour, l’envie et le besoin s’en font sentir. L’APS-C a également des atouts qui peuvent s’avérer déterminants en photo animalière ou en photo sportive et qui font d’ailleurs que certains professionnels de ces domaines ne passeront même jamais au plein format. Pour finir, je n’ai pas trop évoqué le cas des hybrides dans tout ça. Pour faire bref, Canon, Fuji et Sony utilisent les mêmes capteurs APS-C que les réflex de leurs marques respectives et des marques comme Olympus et Panasonic utilisent quant à elles le 4/3 (même si les montures peuvent parfois différer des réflex pour permettre la réalisation d’optiques plus compactes). Par exemple chez Canon, vous serez toujours encore à temps d’adapter vos optiques réflex sur votre EOS-M (à monture EF-M mais à capteur APS-C) via une bague d’adaptation. Ces bagues permettent même parfois de s’affranchir de la marque du matériel et à Taïwan, j’ai déjà vu des optiques Canon montées sur des boîtiers Sony par exemple. Mais quand on s’amuse à changer de marque on s’expose aussi au risque de perdre certaines fonctionnalités de communication entre boîtier et objectif (ex. autofocus…) et il faut donc essayer de bien se renseigner à l’avance. Au final, seul les hybrides Nikon (et sa gamme « 1 ») font appel à un format de capteur plus petit (le format CX) pour lequel le coefficient multiplicateur est de 2,7. Afin de terminer cette série, « comment choisir son premier boîtier », j’envisage très prochainement de commenter la question consistant à se demander si on peut se satisfaire d’un boîtier d’entrée de gamme ou s’il vaut mieux tout de suite taper un petit peu plus haut. Après ça on devrait avoir toutes les cartes en mains pour choisir le ou les bons objectifs et on entamera un petit cycle « optiques ».

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3 réflexions sur “Petit capteur ou plein format?

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