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« Moi si je pouvais, je n’aurais que des focales fixes…»

Un objectif d’appareil photo contient un certain nombre de lentilles (souvent plus d’une dizaine) elle mêmes organisées en groupes, le tout assemblé dans un fût. Pour faire simple, la lumière traverse ces différents éléments optiques avant d’aller former une image sur une surface photosensible, qu’il s’agisse d’une pellicule dans le cas de l’argentique ou d’un capteur dans le cas du numérique. Et quand le débutant (mais pas que lui) demande conseil avant d’acquérir un nouvel objectif, il y aura souvent un puriste pour lui dire que les focales fixes sont meilleures que les zooms (dont la focale est variable). Dans l’absolu, c’est vrai car pour des matériaux de qualité similaire, une formule optique aura pu être plus efficacement optimisée pour une longueur focale donnée (focale fixe) là où l’élaboration d’un zoom aura forcement du faire des compromis, d’autant plus que la gamme de focales (ou range) qu’il couvre sera importante. En réalité, il n’est souvent pas possible de ne posséder que des focales fixes pour des raisons pratiques et financières. A ce titre, la photo de nature sera encore plus ingrate que d’autres domaines de la photo dans le sens où elle imposera aux photographes des contraintes encore plus fortes en la matière. Quand on a la nature pour studio, il est d’autant plus difficile d’emporter avec soi tout un panel d’objectifs (encombrement, poids) dont chaque changement expose, en plus, au risque de dépôt de poussière sur le capteur et fait perdre un temps qui peut s’avérer précieux. Il n’y a donc pas de mal à s’équiper de zooms, d’autant plus quand on est dans cette phase du débutant qui se cherche et n’est pas encore sûr d’avoir cerné ses besoins réels, que ce soit en matière de focale, d’ouverture maximale ou encore de finition. On aura par la suite tout le loisir d’acquérir des focales fixes souvent plus lumineuses et de meilleure qualité optique pour les longueurs de focale qu’on affectionne particulièrement.

Les fabricants proposent des kits de base (boîtier + objectif(s)) dont les caractéristiques sont généralement similaires d’une marque à l’autre. Typiquement, on va systématiquement retrouver des kits de type boîtier (d’entrée de gamme) accompagné soit:

– d’un zoom 18-55 mm

– d’un zoom 18-55 mm + zoom (50 ou 55)-200 mm

– d’un zoom 18-55 mm ou 18-70 + zoom 70-300 mm ou 75-300 mm

– un zoom unique mais à vaste range (ex. 18-135 mm) ou très vaste range (ex. 18-200, 18-250 mm, 18-270 mm voire même 16-300 mm).

Le choix de l’un ou l’autre de ces kits de départ sera d’autant plus judicieux que vous aurez réfléchi à vos centres d’intérêts photographiques. Si ces objectifs ne sont souvent pas des références absolues en terme de construction, de qualité optique et de luminosité, tous vous permettront d’avoir de bons résultats. C’est d’autant plus vrai qu’aujourd’hui la plupart d’entre eux sont également équipés d’un système de stabilisation de l’image (pour limiter les flous de bougé) et d’une motorisation ultrasonique (pour une mise au point silencieuse et rapide). Alors pourquoi opter pour une des options ci-dessus plutôt qu’une autre ?

La massif du Piton de la Fournaise (2632 m) vu au 18 mm depuis la crête sommitale du Grand Bénare (2898 m) (Photo Joris Bertrand)

La massif du Piton de la Fournaise (2632 m) vu au 18 mm depuis la crête sommitale du Grand Bénare (2898 m) (Photo Joris Bertrand)

Le 18-55 : le B-A-BA

Un zoom dit « transtandard » possédant un range allant de 18 mm (en position grand angle) à 55 mm (en position « téléobjectif ») vous permettra de saisir des scènes allant d’un panorama paysager assez étendu à un champ légèrement plus focalisé et restreint que le « regard humain » (équivalent à environ 50 mm en 24 x 36 avec un œil ouvert et l’autre fermé). Cette distance focale correspond en fait à la distance séparant le plan sur lequel ce situe le capteur de la lentille frontale de l’objectif. En général, c’est une assez bonne approximation de la longueur (et dans une certaine mesure, de l’encombrement) d’un objectif. Bien que peu lumineux (souvent, ils ont une ouverture maximale de F/3.5 à 18 mm et F/5.6 à 55 mm), ces petits zooms à la fois compact et légers se comportent également bien en macro (ou plutôt en proxi) en atteignant des rapports de grandissement allant jusqu’à environ 1:3 (à 55 mm) à des distances de mise au point minimale de l’ordre de 25 cm.

Pour les novices, ça fait beaucoup de notions et de termes techniques à assimiler sur lesquels je reviendrai au fur et à mesure. La valeur F/5.6 correspond ici à l’ouverture maximale de l’objectif. Cet objectif sera d’autant plus lumineux que cette valeur sera petite. Le grandissement, correspond quant à lui à la taille de l’image d’un objet formé sur le capteur en comparaison à taille réelle de cet objet. Un grandissement de 1:3 ou 0,3 indique qu’à la distance minimale de mise au point, l’image formée sur le capteur sera trois fois plus petite que la taille de l’objet sur lequel la mise au point est effectué. Par définition, on ne peut parler de macro pour des grandissement > 1 (1 :1). Pour des grandissements < 1  on devrait rigoureusement parler de « proxi » photographie même si bon nombre de fabricants usent abusivement du terme « macro » dans la dénomination de leurs objectifs.

Si votre budget vous le permet, vous pourrez choisir une option de ce type mais avec des zooms plus lumineux, mieux construits et du coup plus chers (ex. 17-50 F/2.8). Beaucoup des utilisateurs se contenteront d’ailleurs toute leur vie de ce type de range mais encore une fois, le photographe de nature sera certainement plus exigeant, surtout s’il fait de l’animalier. Pour le reste, et quoi qu’en diront les puristes sur les forums, ces 18-55 de bases ne sont pas si « pourris » et donneront des résultats satisfaisants, d’autant plus que vous fermerez un peu votre diaphragme (ex. F/9 ou F/11). 

Le 18-55 + 55-200 : bien, mais pas top pour l’animalier…

Pour moi, cette combinaison est une alternative intéressante pour les gens qui vont solliciter préférentiellement le range d’une ou l’autre de ces optiques la majorité du temps. Par exemple, elle convient bien pour les personnes utilisant les trois quart du temps leur 18-55 dans un usage type « photo de la vie de tous les jours », tout en voulant se laisser la possibilité d’aller visser un zoom permettant d’aller voler un portrait, ou saisir un petit détail à distance de temps à autres. Dans ces cas là, il faudra bien sûr emporter le deuxième objectif avec soi et ne pas être top fainéant pour intervertir les deux optiques en cas de besoin. Que celui qui n’a jamais raté une photo parce qu’il n’a pas eu le temps, ou pire, pas eu le courage de visser le bon objectif me jette la première pierre! Bien que séduisante, je crois que cette alternative n’est pas forcement adaptée à la photo de nature, et notamment à la photo animalière. En effet, je trouve que 200 mm (même sur un capteur APS-C), c’est trop peu pour aller shooter correctement la plupart des oiseaux sur leur branche ou le chevreuil au fond du près. En bref, vous risquez bien souvent d’être frustrés mais c’est aussi peut-être ça qui vous aidera à vous surpasser ou de manière plus conventionnelle à recasser votre tirelire pour aller acheter plus « gros ».

Le 18-55 ou 18-70 et 70-300 ou 75-300 : la polyvalence en deux parties

C’est typiquement la configuration qu’on pourrait conseiller au photographe de nature débutant et possédant un budget limité. Certes, l’optique n’est toujours pas très lumineuse (F/5.6 à 300 mm), mais on commence à pouvoir titiller le moineau avec ça et puis ce manque d’ouverture et de moins en moins un problème avec des boîtiers qui gèrent toujours mieux la montée en ISO. Au besoin, le photographe garde dans son sac, son petit transtandard au cas où et il est équipé pour débuter en animalier avec moins de 1000 € (boîtier d’entrée de gamme + objectifs). Au risque de me répéter, un des inconvénients de ce kit c’est que vous devrez toujours avoir deux objectifs sur vous et ne pas avoir la flemme de changer en temps voulu. C’est d’ailleurs entre autre pour cette raison que j’avais choisi de ne pas démarrer avec ça.

Le zoom unique : une affaire de compromis

Je vais volontairement passer sous silence les 18-135 (et autres zooms de ce type) même si c’est certainement les meilleurs de ces zooms uniques d’un point de vue optique. Un range plus restreint permet a priori de limiter des compromis en matière d’optique mais comme je l’ai exposé plus haut, je pense que 135 ou 140 mm en animalier, c’est trop court, même pour débuter. Reste donc nos « mégazooms », encore moins lumineux que les 70-300 (souvent F/6.3 en bout de course) mais l’avantage c’est que vous pourrez « tout » faire avec un seul et même objectif. C’est l’objectif du baroudeur qui veut voyager léger, du randonneur qui veut pouvoir faire face à toutes les situations en tenant son appareil prêt, autour du coup. Bref, c’est un peu un couteau suisse pour photographe qui permet désormais d’embrasser des focales « très » grand angle (dès 16 mm) à des focales dignes d’un vrai téléobjectif (jusqu’à 300 mm). Bref, qui dit si grande polyvalence dit aussi grands compromis. En ce qui me concerne, j’ai, à mes débuts possédé un des « mégazooms » de ce type : un Tamron 18-250 mm F/3.5-6.3.

Depuis j’ai enrichi ma gamme d’optiques en investissant dans des objectifs de meilleure qualité pour des utilisations plus spécifiques et cohérentes avec ma pratique photographique. J’ai même revendu mon 18-250 pour racheter un zoom transtandard lui aussi de meilleure qualité et avec un range plus restreint (15-85). Au demeurant, je ne blâme pas les mégazooms et n’exclue d’ailleurs pas d’en racheter un, un jour si je prévois un périple avec la contrainte de voyager léger. A titre d’exemple, lorsque qu’on a avec un pote, effectué la traversée à pied de l’île de la Réunion en autonomie complète avec tente et nourriture pour près de 10 jours de marche sur notre dos, j’étais content de n’avoir qu’un seul objectif pour immortaliser cette belle aventure. Certes, j’aurais pu faire ça avec un transtandard plus compact et plus léger mais je n’aurais pas pu ramener des clichés aussi divers mêlant tantôt paysages à couper le souffle (au grand angle) tantôt des portraits serrés de l’avifaune locale.

Tarier de la Réunion (Saxicola textes) mâle, locataire du sommet du Piton des Neiges (3071 m), au 250 mm. (Photo Joris Bertrand)

Tarier de la Réunion (Saxicola textes) mâle, locataire du sommet du Piton des Neiges (3071 m), au 250 mm. (Photo Joris Bertrand)

Pour conclure, je crois que le seul impératif pour débuter en animalier en matière d’optique est d’avoir une focale supérieure à 200 mm. Selon vos choix, à vous de déterminer si vous opterez plutôt pour un « mégazoom » ou un télézoom type 70-300. Bien sûr il y a bien des alternatives encore plus séduisantes (ex. 300 fixe, 70-400, ou 100-400) mais j’ai choisi de ne pas les détailler ici car elles requièrent un budget sensiblement plus élevé, sans parler de configuration encore plus adaptées à l’animalier et bien plus onéreuses (ex. zoom 200-400, 300 F/2.8 ou objectifs dont la focale dépasse 400 mm). La photo animalière coute donc très cher car elle nécessite souvent des longues focales qui ouvre grand. Mais l’achat d’optiques adaptées peut se faire au fur et à mesure et ne nécessite pas d’investir dans tout ça en une seule fois. J’ai, par exemple des collègues photographes qui produisent toujours de superbes images avec des 70-300 F/5.6 qu’ils possèdent depuis leurs débuts.

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2 réflexions sur “« Moi si je pouvais, je n’aurais que des focales fixes…»

  1. Pingback: La sortie du 8-800 mm F/1.2 a été retardée… | La Nature Des Images

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