Matériel

Les objectifs macro (dans les grandes lignes)

Les débutants déjà un peu débrouillés se posent souvent la question de savoir s’il est utile d’investir dans un objectif macro et beaucoup d’entre eux vont d’ailleurs assez rapidement casser leur tirelire pour investir dans ce genre d’optique. Souvent ils seront d’abord un peu déçus du résultat car contrairement à leurs attentes, monter un objectif macro ne revient pas (en tout cas, pas sans artifices) à visser une loupe binoculaire ou un microscope sur son boîtier. Le deuxième effet Kiss Cool consiste généralement à se rendre compte que l’objectif macro permet tout de même de produire des images avec un grandissement bien plus intéressant que les 18-55 ou autres 55-250 du kit de base. Bien sûr, on va d’abord se faire berner en shootant tout à pleine ouverture et en foirant les trois-quarts de ses images en raison d’une profondeur de champ très courte qui est de toute façon le plus souvent associée une mise au point imparfaite (ce qui ne pardonne pas). Si je me permets de vanner de la sorte tous ceux qui sont passés par là, c’est que les lignes ci-dessus caricaturent à peine ma propre histoire. Pour éviter quelques pièges, qui au final n’en sont pas vraiment, je vous propose donc de voir aujourd’hui ce qu’est un objectif macro et comment je pense qu’on peut l’utiliser. Car NON, vous n’avez probablement pas commis d’erreur majeure en investissant dans un objectif macro peut-être un peu tôt, ne serait-ce que parce qu’un véritable objectif macro est avant tout (à ma connaissance) toujours un très bon objectif, tout court.

Qu’est-ce qu’un (vrai) objectif macro ?

Un objectif macro est un objectif qui permet de faire de la macrophotographie. Par définition, c’est donc un objectif qui permet d’atteindre ou dépasser le rapport 1:1 quand vous êtes au plus près de votre sujet. Concrètement, cela veut dire qu’à la distance de mise au point minimale permise par votre optique, l’image obtenue sur le capteur sera au moins aussi grande que dans la réalité. On parle alors de grandissement rapport 1:1 ou de grandissement x 1. A ce rapport de grandissement là, les profondeurs de champ sont souvent infimes (de l’ordre du millimètre à pleine ouverture) et les objectifs macro se doivent donc de compenser avec des ouvertures minimales très petites (ex. F/32 sur les 100 mm macro Canon) qui permettent d’étendre au maximum la zone de netteté. Avec de si petites ouvertures et des grandissements si importants, la lumière devient alors bien souvent un facteur extrêmement limitant. C’est pour cela qu’il existe tout un panel de systèmes d’éclairages plus ou moins sophistiqués et onéreux spécifiquement dédiés à la macro.

Cette photo a été prise avec un Canon EF 100 mm F/2.8 Macro USM à une ouverture de F/2.8 (au 1/640 s et à 200 ISO). La profondeur de champ est courte de sorte que seule une partie de la fleur du premier plan est nette.

Cette photo a été prise avec un Canon EF 100 mm F/2.8 Macro USM à une ouverture de F/2.8, qui correspond à la pleine ouverture (ou ouverture maximale) avec cet objectif (et au 1/640 s et à 200 ISO). La profondeur de champ est courte de sorte que seule une partie de la fleur du premier plan est nette alors que tout le reste est noyé dans le flou (Photo Joris Bertrand)

Fleurs_Diaph_ferme

Ici, on a presque la même image prise quasiment au même instant mais avec une ouverture plus petite de F/9 (diaphragme plus fermé) toujours à 200 ISO. Par contre, j’étais en mode priorité à l’ouverture (Av) et l’appareil a donc décidé de ne shooter qu’au 1/60 s pour compenser la perte de luminosité et obtenir une exposition correcte. La profondeur de champ est plus étendue et l’arrière-plan se fait plus présent que sur la photo précédente (Photo Joris Bertrand)

Un autre point qui est particulièrement soigné lors de l’élaboration des objectifs macro concerne la construction du diaphragme lui même. Ce dispositif est un système constitué de lamelles qui se superposent les unes sur les autres afin de laisser entrer plus ou moins de lumière jusqu’à la surface sensible (capteur ou pellicule). Il a donc une influence sur la luminosité mais il joue également sur la profondeur de champ ainsi que sur l’esthétique du flou d’arrière plan et la transition entre net et flou : le fameux bokeh. Il faut savoir que plus le diaphragme comporte de lamelles, plus le bokeh délivré sera homogène et esthétique. De la même manière, un diaphragme dont les lamelles permettent une ouverture circulaire est censé délivrer un bokeh plus subtil qu’un diaphragme « plus classique ». Les meilleurs objectifs macro sont donc généralement équipés de diaphragmes circulaires à 8 ou 9 lamelles contre 5 ou 6 lamelles plus classiques et ne permettant pas une ouverture totalement circulaire sur un objectif standard.

Sans rentrer dans le détail, voici différents types de diaphragmes plus ou moins fermés. Ceux dont l’aspect est circulaire procureront le bokeh le plus subtil (Illustration de Rheto)

Sans rentrer dans le détail, voici différents types de diaphragmes plus ou moins fermés. Ceux dont l’aspect est le plus circulaire procureront le bokeh le plus subtil, ici, celui qui est situé en haut à droite (Illustration de Rheto)

Quel objectif pour quels besoins ?

Un autre point déterminant avant de choisir l’objectif macro qui nous correspondra le mieux revient à considérer la longueur de focale de l’objectif ainsi que sa distance minimale de mise au point. Tous les objectifs macro dignes de ce nom sont des focales fixes. Leur distance de mise au point minimale correspond donc à la distance minimale séparant votre sujet du plan formé par le capteur (ou la pellicule de votre appareil). Attention, cette distance est donc plus grande que celle séparant le sujet de la lentille frontale de l’objectif (comme je le croyais au début). On distingue principalement trois grandes catégories d’objectifs macro :

Les 50, 60 et 70 mm F/2.8 (ou parfois F/2) macro

Un de mes collègues en train de photographier un Zostérops gris de la Réunion lors d’une session de terrain (Photo Joris Bertrand)

Un de mes collègues en train de photographier un Zostérops gris de La Réunion au 60 mm F/2.8 macro lors d’une session de terrain (Photo Joris Bertrand)

Quelque soit leur marque, ces objectifs ont en commun le fait d’être les plus compacts et légers des objectifs macro. Ce sont aussi les plus abordables et leurs prix se situent entre 300 et 500 € suivant les marques. Comme les autres, ils permettent d’atteindre des rapports de 1:1 (ou grandissement de x1) mais leur focale fixe de type 60 mm les rend également très utiles pour de la photo de portrait et même pour de la photo de la vie de tous les jours. J’ai d’ailleurs des proches qui les utilisent souvent un peu à la manière d’un 50 mm F/1.8. C’est ce type d’objectif macro qui a également la distance de mise au point minimale la plus courte (de l’ordre de 20 cm). Selon l’utilisation que vous en ferez, c’est tantôt un avantage, tantôt un inconvénient. Typiquement, c’est l’objectif que nous avons utilisé pendant ma thèse pour photographier chaque oiseau capturé en filet puis mesuré, pesé… avant de les relâcher. Je sais que c’est aussi ce type d’objectif qu’utilise un autre de mes collègues biologiste pour une tâche similaire avec de petits poissons électriques africains. En tenant votre oiseau en main, ou votre poisson dans un mini-aquarium portatif, vous avez un objectif léger, lumineux et d’excellente qualité pour répertorier chacun de vos échantillons. Avec une focale plus longue (genre 100 mm ou plus), il vous faudrait davantage (et souvent trop) de recul pour faire la même chose.

Les 90, 100 ou 105 mm F/2.8 macro

Historiquement, c’est le type de focale « reine » des objectifs macro. Elles vous permettent d’obtenir le rapport 1:1 à une distance plus éloignée (de l’ordre de la trentaine de centimètres). Elles ont donc l’avantage de permettre de se tenir plus loin, ce qui peut-être bénéfique lorsqu’on a affaire à des sujets craintifs (ex. lézards, papillons, libellules…) ou potentiellement dangereux (ex. araignées, serpents…). Il est à noter que ces « 100 mm macro » donnent également des bohek de folie (plus prononcés qu’à 60 mm pour une même ouverture) et ont donc tout naturellement été détournés de leur fonction originelle par beaucoup de photographes (dont je fais partie). Les portraitistes les affectionnent pour leur bokeh et leur luminosité mais aussi et surtout car ils permettent de se tenir à une distance respectable et non intrusive pour le sujet. C’est bien pour saisir des attitudes naturelles, surtout avec des gens trop (ou pas assez) timides. J’ai aussi eu l’occasion de voir que certains photographes de mariage  ont souvent un 100 mm macro dans leur panoplie pour immortaliser des petits détails de la cérémonie telles que les alliances. Leurs prix s’échelonnent en général entre 400 € et 900 €.

Les 180 mm F/2.8 ou F/3.5 et autres 200 mm F/4 macro

Si on se réfère à la comparaison entre les 60 mm et les 100 mm macro, les 180 mm permettront de faire pareil mais en se tenant encore plus loin et avec des bokeh encore plus marqués. Encore une fois, cette prise de distance sera un avantage avec les sujets farouches (animaux et êtres humains) et/ou dangereux (animaux et être humains). Ce sont aussi les objectifs macro les plus chers et leurs prix peuvent dépasser allègrement les 1000 €.

Il est à noter que depuis quelques années, on voit également apparaître de nouveaux types de focales fixes adaptées à la macro (ex. 30, 35 ou 40 mm F/2.8). Je pense qu’on doit avant tout y voir une adaptation des focales « classiques » au format APS-C (et autres petits capteurs).

Et moi dans tout ça?

En ce qui me concerne, j’ai fait le choix d’une focale intermédiaire de 100 mm F/2.8 entre un 60 mm F/2.8 sans doute plus polyvalent mais permettant moins de recul par rapport à son sujet et un 180 mm F/3.5 trop encombrant et trop cher pour mon budget de l’époque. Pour de la photo de nature, ce recul a eu tendance à me rassurer à chaque fois que je me suis mis à plat ventre pour tenter de tirer le portrait à une timide mais potentiellement dangereuse vipère aspic. De toute façon, je ne me suis jamais senti assez loin lorsqu’il s’agit de ne pas provoquer la fuite d’un farouche lézard vert ou d’une quelconque libellule. Et puis comme je l’ai déjà mentionné ci-dessus, je pense qu’au moins la moitié du temps où mon 100 mm F/2.8 est vissé sur mon appareil, c’est pour faire du portrait plus que de la véritable macro (ou plus généralement de la proxi). Pour finir, les versions les plus haut de gamme et les plus modernes intègrent généralement des motorisations ultrasoniques et un système de stabilisation. Je pense que ce n’est pas indispensable (encore une fois, tout est affaire de budget) mais quand même très utile. A vous donc de vous documenter pour trouver l’objectif macro qui vous conviendra le mieux. J’espère juste que la lecture de cet article aura pu vous permettre d’y voir un petit peu plus clair. Si vous hésitez encore, je ne peux que vous conseiller de prendre le temps de bien peser le pour et le contre en réfléchissant posément comme le petit coléoptère (Cantharis rustica) qui semble méditer en contemplant son microcosmos sur la photo ci-dessous…

Assis sur le rebord de son monde à lui. Canon EOS 400D + EF 100 mm F/2.8 Macro USM à F/2.8, 1/800 s et 100 ISO (Photo Joris Bertrand)

Assis sur le rebord de son monde à lui (Cantharis rustica). Canon EOS 400D + EF 100 mm F/2.8 Macro USM à F/2.8, 1/800 s et 100 ISO (Photo Joris Bertrand)

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9 réflexions sur “Les objectifs macro (dans les grandes lignes)

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  4. Cédric dit :

    La taille des capteurs est généralement de 24x36mm, donc un objet qui mesure 2,4cm devrait remplir entièrement la largeur du capteur.
    Or aucun objectif n’est réellement macro. Ils permettent au mieux un grossissement 1:1 (sans accessoires supplémentaires).

    Mais que l’on parle de macrophotographie ou de proxiphotographie, à part avoir une distance focale un peu plus faible, je ne vois pas vraiment la différence entre un objectif à focale fixe classique et les objectifs à focale fixe « macros » que tu présentes.

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    • Bonne série de remarques à laquelle je vais essayer de répondre de la manière la plus juste possible.
      Le rapport de grandissement (attention ce n’est pas pareil que le grossissement) de 1:1 d’un objectif est (je crois) indépendant de la taille du capteur sur laquelle l’image se forme. Au rapport 1:1, un objet qui mesure 2,4 cm dans la réalité doit, ou devrait faire 2,4 cm sur le capteur. Si le capteur fait moins de 2,4 cm (comme c’est le cas du petit côté des capteurs APS-C) ton objet n’apparaîtra juste pas en entier sur ton image et il faudra te reculer davantage à la prise de vue si tu souhaites l’avoir en entier sur ta photo (et là tu n’es plus au rapport 1:1). Mais à la distance de mise au point minimale permise par ton objectif, tu es bien au rapport 1:1 et tu fais donc bien de la (vrai) macro et pas simplement de la proxi (même sans accessoires supplémentaires).
      Pour le reste il y a des différences de conception entre une (vrai) optique macro et une optique plus classique autres que celles que j’ai abordé dans cet article. Je ne suis pas du tout spécialiste là dedans mais les meilleurs objectifs macro comportent notamment un système de lentilles flottantes qui améliore la formation de l’image et permettrait d’expliquer pourquoi il n’est pas possible d’obtenir de si bons résultats avec une optiques “classique” plus d’autres dispositifs tels que les bagues allonges qu’avec une (vraie) optique macro.
      Pour finir, le grossissement s’exprime plutôt pour qualifier les caractéristiques d’un zoom. Si je prends un exemple (choisi au hasard :-p), un zoom de type 70-400 correspond à un zoom d’un peu plus de x5 (rapport entre les deux focales extremes de ton objectif). C’est pour ça qu’on renvoie souvent au grossissement pour des appareils à objectifs non interchangeables (compacts et autres bridges) mais qu’on préfère parler de longueur de focale (ou de leur équivalent 24×36) pour les appareils à objectifs interchangeables.

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