Matériel

Dépasser le rapport 1:1 avec ou sans objectif macro…

Suite à mon premier article consacré à la présentation des objectifs macro, on pourrait aujourd’hui passer en revue différentes solutions permettant de faire de la macro (atteindre le rapport 1:1) ou même d’aller plus loin, et ce, avec ou sans objectif spécifiquement dédié à ça. Il existe en effet différentes solutions plus ou moins sophistiquées et plus ou moins onéreuses pour augmenter le rapport de grandissement natif des optiques.

 Investir dans un objectif permettant de dépasser le rapport 1:1

Un exemple de photo prise avec le Canon MP-E 65 mm F/2.8 1-5x Macro Photo (Photo Richard Bartz)

Un exemple de photo prise avec le Canon MP-E 65 mm F/2.8 1-5x Macro Photo (Photo Richard Bartz)

Toute marques confondues, il n’existe à ma connaissance qu’un seul objectif dans le commerce : le Canon MP-E 65 mm F/2.8 1-5x Macro Photo qui, comme son nom l’indique, permette de dépasser le rapport de grandissement de 1:1 et même d’atteindre le rapport de 5:1! Il donne des images hallucinantes et je vous invite à aller en contempler quelques exemples en effectuant une petite recherche sur Internet. A ces rapports de grandissement là, les profondeurs de champs sont de l’ordre de la fraction de millimètre (même à la pleine ouverture de F/16) et la moindre vibration sera synonyme de photo inexploitable. Cet objectif a été conçu pour une utilisation si spécifique qu’il n’est d’ailleurs pas même en mesure de faire une mise au point à l’infini et ne peut pas être vraiment détourné de son utilisation originelle (contrairement aux objectifs macro plus conventionnels). Enfin, cette optique peu polyvalente est chère (environ 900 €), un prix auquel devra sans doute s’ajouter l’investissement dans un système d’éclairage adéquat et dans tout ce qu’il faudra de support pour accueillir ce qui s’apparentera vraiment à de la macro de studio.

Pour être sûr d’exploser le rapport 1:1 avec des instruments optiques un petit peu particuliers, il est également possible d’investir dans un système de bague d’adaptation afin de monter votre appareil sur une loupe binoculaire (voire peut-être un microscope). Même si cela ne revient pas à monter un véritable objectif sur son boîtier (comme décrit ci-dessus), le principe reste le même. Par exemple, c’est comme ça que l’on procède dans le laboratoire dans lequel je travaille quand on doit photographier de tout petits poissons : monter un boîtier réflex sur une loupe binoculaire via un système d’adaptation.

Utiliser une « loupe » à l’avant ou à l’arrière de son objectif : bonnettes et multiplicateurs de focale

Une autre solution pour accroître le rapport de grandissement de son objectif (qu’il soit macro ou non) consiste à disposer une bonnette (close up in English) sur la lentille frontale de son objectif. Cette sorte de loupe très facile à monter et à démonter a un pouvoir grossissant plus ou moins important qui s’exprime en Dioptries (D). Les bonnettes ont également l’avantage de ne pas provoquer de perte significative de luminosité et leur faible épaisseur fait qu’elles ne sont pas censées affecter le fonctionnement de l’autofocus. En revanche, il faut investir dans de bonnes bonnettes pour ne pas voir la qualité optique trop se détériorer. Pour ça comme pour le reste du matériel photo, je suppose que l’augmentation de la qualité se fait souvent de pair avec celle du prix… Je ne me permettrai pas d’aller commenter davantage l’utilisation de ce genre de dispositif car je n’ai, à ce jour, jamais eu l’occasion d’en posséder, ni même d’en essayer.

Le Canon Extender EF 1,4x II et mes petits doigts de fée pour servir d’échelle (Photo Joris Bertrand)

Le Canon Extender EF 1,4x II et mes petits doigts de fée pour servir d’échelle (Photo Joris Bertrand)

En suivant une démarche similaire, je crois ne pas trop raconter de bêtises en disant que travailler avec un multiplicateur de focale (entre l’objectif et le boîtier) revient dans les grandes lignes à la même chose, même si ce genre de dispositif n’a, à la base, pas du tout été conçu pour ça. A la différence des bonnettes, une des conséquences directes de l’ajout d’un multiplicateur de focale va être de perdre de la luminosité (une valeur de diaphragme avec un multiplicateur de focale de type 1.4x et deux valeurs de diaphragme avec un doubleur de focale 2x). Vous pourrez sans problème transformer vos 100 mm F/2.8 macro en 140 mm F/4 avec des multiplicateurs 1.4x Kenko, ou Sigma. Pour les canonistes possédant des multiplicateurs de focale Canon, il est en revanche impossible de faire directement la même chose car pour des raisons mécaniques, vous ne pouvez pas monter votre convertisseur sur un objectif dont la lentille arrière est trop proche de l’extrémité du fût. La solution, je croyais l’avoir trouvée sur le site La Nature en Beauté (véritable mine d’information), sur lequel son auteur, Gérard Therin, propose d’intercaler une bague allonge (de 12 mm) entre le multiplicateur et l’objectif. Je n’ai pas mon 100 mm macro ici mais j’ai testé l’idée avec mes autres objectifs a priori non compatibles (Canon EF 50 mm F/1.8 II et EF-S 15-85 mm F/3.5-5.6 IS USM) et ça ne fonctionne pas. On peut mécaniquement mettre en œuvre le dispositif et la communication électronique semble bien s’établir entre le boîtier et l’objectif mais la mise au point est impossible à effectuer que ce soit en mode autofocus ou en mode manuel. Je suppose que c’est du au fait que le tirage optique demeure insuffisant pour parvenir à focaliser les rayons au niveau du capteur sur les deux objectifs que j’ai uilisé. Cela dit, je vais peut-être poser la question sur un forum spécialisé pour essayer d’avoir confirmation. Je ne sais pas trop ce qu’il en est pour les nikonistes (qui peuvent en plus utiliser un multiplicateur 1.7x) et les autres mais n’hésitez pas à apporter quelques précisions en commentaire de cet article. Pour revenir à nos moutons, avec un multiplicateur de focale monté sur un 100 mm macro, vous pouvez donc avoir l’équivalent d’une focale de 140 mm ou 200 mm (avec un doubleur) sans modifier la distance minimale de mise au point. A cette distance là, vous serez donc dans le cas présent en mesure d’atteindre un rapport de reproduction de 1,4:1 ou même de 2:1 (contre 1 :1 à l’origine).

Pour terminer, si les multiplicateurs de focales sont généralement plutôt destinés aux téléobjectifs, Canon propose également un dispositif un petit peu particulier appelé Life Size Converter. Conçu à l’origine pour permettre d’atteindre le rapport 1:1 avec le Canon EF 50 mm F/2.5 macro (qui ne permet d’atteindre à la base que le rapport de 1:2) il semblerait qu’il soit cependant pleinement compatible avec tous les autres objectifs à monture EF de la marque et peut donc constituer une option intéressante pour les canonistes.

Créer du tirage optique

Jeu de trois bagues allonges Kenko et toujours mes petits doigts pour servir d’échelle (Photo Joris Bertrand)

Jeu de trois bagues allonges Kenko (empilées) et toujours mes petits doigts pour servir d’échelle (Photo Joris Bertrand)

Une autre solution permettant d’augmenter le grandissement vise à créer du tirage optique, autrement dit augmenter la distance séparant le bloc optique arrière de l’objectif de la surface sensible (capteur ou pellicule). La solution la plus pratique consiste à intercaler entre le boîtier et l’objectif des bagues allonges qui sont de simples anneaux (sans éléments optiques) de longueur variable (typiquement 12, 20 ou 36 mm). Les modèles suffisamment sophistiqués sont munis de contacts qui permettent de conserver les automatismes. C’est une solution relativement bon marché pour augmenter le grandissement de n’importe quel objectif (qu’il soit macro ou non). Ces bagues allonges peuvent être utilisées combinées ou séparément. Pour vous donner un ordre d’idées, sachez qu’une combinaison de trois bagues de 12, 20 et 36 mm sur un 100 mm macro permet d’atteindre un rapport de l’ordre de 2:1. Dans la mesure où les bagues allonge ne comportent pas de lentilles, la qualité d’image n’est, en principe pas censée être altérée (bien qu’elle puisse semble t’il être tout de même affectée par de petits défauts optiques). En revanche, l’augmentation du tirage s’accompagne d’une perte de luminosité et ce, d’autant plus qu’on va cumuler des bagues allonges. J’ai assez récemment fait l’acquisition d’un jeu de trois bagues allonges de marque Kenko. Je pense ne pas encore assez bien maîtriser le dispositif pour développer mais je proposerai peut-être un petit test là dessus prochainement.

Un soufflet, dispositif permettant d’augmenter le tirage optique, encore et encore (Photo Lysippos)

Un soufflet, dispositif permettant d’augmenter le tirage optique, encore et encore (Photo Lysippos)

Certains macrophotographes parviennent également à obtenir des rapports de reproduction très importants en augmentant encore plus le tirage via des soufflets : des dispositifs dont le principe est grosso modo le même que celui des bagues allonges mais qui permettent davantage de possibilités en dépit d’une mise en œuvre demandant des réglages très précis et des systèmes de support et d’éclairage adaptés et délicats à mettre en œuvre sur le terrain. Et puis tant qu’on en est à parler d’augmentation de tirage, sachez que toutes les solutions sont bonnes à prendre, même les plus artisanales, et que certains photographes utilisent la partie centrale cartonnée des rouleaux de papier toilette, de Sopalin, voire même des boîtes de Pringles en guise de supers bagues allonges…

Tenir son objectif à l’envers

Une autre méthode a priori saugrenue mais au demeurant redoutablement efficace et relativement bon marché consiste à tenir son objectif monté à l’envers. Cela peut soit se faire de manière approximative (mais à ce compte là, attention à ne pas se décaler de l’axe optique) soit via une bague d’inversion (pour un coût d’environ 15 €) qui permettra de faire en sorte que l’objectif soit solidaire du boîtier (vissé) dans cette configuration inédite. Un autre fait intéressant est que plus la focale de l’objectif employé est courte, plus le grandissement obtenu sera important. C’est donc une méthode qui est relativement intéressante à tester car elle permet d’atteindre des rapports de grandissement conséquents pour presque rien, ou pour le prix d’une bague d’inversion (pour peu que vous ayez déjà un objectif type 50 mm F/1.8). A ce propos, je ne saurais que vous conseiller d’aller jeter un coup d’œil à la vidéo qu’Arnaud Thiry du Studio de Poche a consacré à la macro avec le 50 mm F/1.8.

N’ayant pas de petite fleur à portée d’objectif en cette heure tardive, je me rabats sur une touche de mon clavier… Vous devez vous dire que je suis un gros dégueulasse mais je vous jure que dans la réalité, ça ne semble pas si horrible!  EF 50 mm F/1.8 II + Bagues allonges Kenko 12+20+36 mm, 2 s, F/11, 12800 ISO (Photo Joris Bertrand)

N’ayant pas de petite fleur à portée d’objectif en cette heure tardive, je me rabats sur une touche de mon clavier… Vous devez vous dire que je suis un gros dégueulasse mais je vous jure que dans la réalité, ça ne semble pas si horrible! EF 50 mm F/1.8 II + Bagues allonges Kenko 12+20+36 mm, 2 s, F/11, 12800 ISO… On voit vraiment des détails en macro qu’on ne distinguerait pas à l’oeil nu en dépit d’une qualité pas au top, ce qui est somme toute normal vu les paramètres de prise de vue. Bon, je vous laisse, je vais chercher un coton-tige (Photo Joris Bertrand)

Voilà donc un ensemble de solutions différentes sur leur principe et pouvant aller de la gratuité jusqu’à plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’euros, mais qui permettent toutes d’aller voir plus loin en macro. Si vous deviez faire les curieux avec un objectif standard avant d’aller plus loin, je vous conseille d’essayer de tenir votre objectif à l’envers à l’avant de votre boitier ou éventuellement de jouer sur le tirage optique en bidouillant des bagues allonges faites maison (mais gare à l’intrusion de poussières sur le capteur !). Si l’expérience est concluante, pourquoi ne pas investir dans de vraies bagues allonges. A ce propos, sachez que les bagues allonges de marque Kenko vous permettront de garder tous les automatismes de votre boîtier à moindre cout, par rapport à des bagues allonges des constructeurs (ex. Canon ou Nikon). Dans ce cas précis (et contrairement aux multiplicateurs), il n’est donc pas indispensable d’acquérir un modèle édité par votre marque car les bagues allonges n’incorporent aucun élément optique. Vous ne prenez donc aucun risque quant à la qualité des lentilles… Si vous voulez encore aller plus loin, il y a les autres dispositifs. Mais on entre là dans un domaine de spécialistes sur lequel je ne m’étendrai pas dans la mesure où je ne le maîtrise absolument pas si ce n’est par la lecture de quelques articles à ce sujet…

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2 réflexions sur “Dépasser le rapport 1:1 avec ou sans objectif macro…

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