Matériel

Vaut-il mieux investir dans des optiques plein format quand on possède un appareil à capteur APS-C?

C’est typiquement le genre de question que va tôt ou tard se poser le photographe qui commence à étoffer un petit peu sa panoplie d’objectifs. Et ce genre d’interrogation me paraît intéressant à aborder dans ce dernier billet de l’année pour au moins deux raisons. D’abord car il me permet de vous proposer un article qui viendra compléter celui que j’avais intitulé « Petit capteur ou plein format? » et qui est à ce jour l’article le plus consulté de mon blog (Merci!). Ensuite, car ce petit billet d’opinion fait écho à une vidéo réalisée par le photographe américain Tony Northrup et diffusée la semaine dernière sur Youtube. Si vous êtes en mesure de comprendre l’anglais et que vous ne connaîtriez pas encore la chaîne de Tony et sa compagne Chelsea, je vous recommande vivement d’aller y faire un tour de temps en temps, et si vous le jugez utile, de vous y abonner. Cela dit, bien que ces gens là s’efforcent de parler d’une manière relativement intelligible, ils restent américains et c’est pour ça que je me proposerai de temps en temps de vous faire un résumé de certaines de leurs vidéos pour que vous n’en ratiez pas une miette (même si vous êtes non-anglophones ou juste fainéants). Dans la vidéo en question, Tony Northrup s’interroge sur les avantages et les inconvénients liés au fait d’utiliser des objectifs conçus pour des capteurs plein format (24 x 36 mm) sur des boîtiers à « petits » capteurs (e.g. APS-C, 4/3…).

Au premier abord, on serait tous tentés de se dire que: qui peut le plus peut le moins. Photographiquement parlant, on devrait donc tendre à privilégier des optiques « plein format » car elles sont compatibles avec des « petits » capteurs (alors que l’inverse n’est pas vrai). En effet, ces optiques ne projettent sur ledit (petit) capteur que la partie centrale de l’image formée par les lentilles (d’où le fameux crop factor). Même si les optiques « plein format » sont généralement plus chères, on garde donc un potentiel d’évolution matérielle plus important en se laissant la possibilité de conserver toutes ses optiques si un jour on venait à passer au plein format (souvent plus haut en gamme). En suivant ce constat là, Tony Northrup se propose de passer toutes ces idées a priori pétries de bon sens à la moulinette DXOmark. Je crois n’avoir jamais vraiment évoqué DXO sur mon blog car je pense que si cet outil est extrêmement utile, beaucoup de photographes amateurs (et même professionnels) ne l’utilisent pas toujours à bon escient. En deux mots, ce site comporte une base de données qui vous permet d’évaluer de manière très objective et de comparer les performances de couples boîtier-objectif. Pour caricaturer un peu, DXOmark vous dira bien souvent que votre matériel est plutôt mauvais (ça je me demande si ce n’est pas parce que ça a été créé par des français), surtout si vous avez du Canon (une marque bien connue pour concevoir des capteurs médiocres…). Il faut donc s’attacher à comparer des choses qui sont vraiment comparables en se posant des questions du genre: « quel serait le meilleur transtandard avec une ouverture constante de F/2.8 pour mon EOS 70D? »

Et c’est en se posant des questions judicieuses que l’auteur de cette vidéo s’attache à comparer les performances d’optiques « plein format », 1) sur un capteur plein format, 2) sur un capteur APS-C et 3) sur un capteur plein format suite à un recadrage (de x 1,5 ou x 1,6) pour simuler un rendu sur capteur APS-C. La première des idées reçues à laquelle il tord le coup (scores DXO à l’appui) c’est celle selon laquelle on a tout intérêt à opter pour une optique « plein format » pour obtenir la meilleure qualité possible sur un boîtier à capteur APS-C. On pense toujours que les optiques donnent leur meilleur au « coeur de la meule » (comprenez, au centre de l’image) et que la qualité va en s’altérant plus ou moins au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre. Partant de ce constat là, on devrait donc s’attendre à ce qu’une image projetée via une optique conçue pour du plein format mais sur un « petit » capteur soit au moins de qualité équivalente à ce qu’elle pourrait l’être sur un capteur plus grand. Dans l’absolu, c’est légitime de le penser (car concernant l’optique, c’est vrai) mais c’est sans compter sur la construction du capteur lui même. L’image se retrouve projetée sur une surface plus petite sur laquelle les photorécepteurs sont eux aussi plus petits, et on perd à la fois de la lumière et du détail. Dans les faits, les optiques conçues pour des capteurs plein format sont bien plus performantes sur un capteur plein format que sur un « petit » capteur. Ainsi des optiques même basiques mais conçues spécifiquement pour des capteurs « petit format » pourront donner de meilleurs résultats sur ces petits capteurs que des optiques « plein format » professionnelles. Pour tirer le meilleur de son boîtier à petit capteur (et uniquement pour ça), on a donc tout intérêt à investir dans de bonnes optiques (et ça c’est vrai tout le temps) mais qui lui sont spécifiquement dédiées (en attendant un éventuel passage au full frame). Pour finir, Tony Northrup précise tout de même que pour déterminer les caractéristiques d’une optique « plein format » sur un « petit » capteur, il ne suffit pas simplement de multiplier la longueur de focale par le crop factor (1,5 x; 1,6 x ou encore 2 x…). Il faut aussi en faire de même pour l’ouverture! Si ce fameux crop factor fait souvent le bonheur de ceux qui veulent voir de loin (e.g. les photographes animaliers dans lesquels je me range volontiers), il y aura donc également quelques contreparties plutôt indésirables sur la luminosité et la profondeur de champ… On ressent d’autant plus l’effet de ces points négatifs quand on est un photographe qui aime travailler au grand angle et ne voudrait donc pas voir son 24 mm se comporter comme un 35 mm… Bref, beaucoup de photographes ne se fourvoient donc pas lorsque qu’ils considèrent le plein format comme une sorte de graal à atteindre au cours de leur progression photographique. C’est vrai pour beaucoup sauf pour quelques irréductibles (toujours les photographes animaliers…).

Pour eux, il faut considérer que les « petits » capteurs type APS-C concentreront les pixels souvent en nombre un petit peu plus limité mais plus petits et donc plus densément disposés sur la surface sensible (le capteur). Par rapport au plein format, on perd un peu en plage dynamique, la diffraction guette, et le capteur peut s’échauffer plus vite mais qualitativement parlant, on a toujours plus intérêt à sortir une image d’un capteur APS-C plutôt que de croper a posteriori une image provenant d’un capteur plein format et qu’on aurait donc cropé avec un facteur 1,5 x ou 1,6 x. Là encore, ce n’est ni moi ni Tony Northrup qui le dit (ou en tout pas sans argumenter) mais les scores de DXO et les lois de l’optique qui parlent d’eux même. Bref, les photographes animaliers voulant utiliser de longues focales ont donc peut-être, dans ce cas précis, un peu moins d’intérêt que les autres à vouloir passer au plein format. Continuons donc à chérir nos EOS 7D Mk II, (ou au moins nos EOS 70D), nos D7100, nos Alpha 77 car comme le dit si bien Tony, c’est toujours mieux d’être au plus prêt de son sujet (et à ce moment là, vive le plein format) mais on sait également tous que ce n’est pas comme ça que ça marche dans la réalité (et à ce moment là, l’APS-C demeure sans doute le meilleur des compromis)…

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4 réflexions sur “Vaut-il mieux investir dans des optiques plein format quand on possède un appareil à capteur APS-C?

  1. Pingback: Canon EF 40 mm F/2.8 STM vs. EF-S 24 mm F/2.8 STM: un pancake peut en cacher un autre… | La Nature Des Images

  2. Luc dit :

    Non ! Je déconseille totalement le plein format qui est d’ailleurs déconseillé dans certaines écoles de photographie.

    Mais essayez de trouver un seul article sur ce sujet sur le Net !!!

    Comme il est inutile de travailler en RAW dans 90% des cas !!!

    NE SOYONS PAS DUPE !

    MARKETING

    Aimé par 1 personne

    • Merci pour ton commentaire Luc. Autant pour le plein format, j’attends toujours d’avoir une expérience personnelle pour juger si le jeu vaut vraiment la chandelle, autant pour le .raw vs. .jpeg, je suis convaincu ne serait-ce que par le côté, « qui peut le plus peut le moins », et je shoote en .raw (qui n’altère pas la qualité originelle).

      J'aime

  3. Pingback: Mes objectifs d’après DXOmark… | La Nature Des Images

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