Expériences photographique

Tenter de « récupérer » une photo (à l’aide de DPP)

Ce n’est pas dans mes habitudes de vous cacher les dessous du traitement que j’applique à mes photos. La preuve c’est que dans ma rubrique « Des images racontées » que j’alimente à un rythme quasi-hebdomadaire, je dévoile tout ce qui touche à la réalisation de mes images, et ce, que se soit à la prise de vue ou en post-production. J’estime qu’il n’y a aucune honte à avoir par rapport à ça car pour moi, le développement d’une image « brute de capteur » (au format .raw) fait partie intégrante de la réalisation d’un cliché. Bien sûr cette partie est subjective et il n’y a aucune limite à la retouche pour atteindre le rendu escompté dans la mesure où ce parti pris est assumé. Certains voudront à tout prix rester fidèles à la réalité alors que d’autres vont créer quelque chose de tout à fait artificiel à la manière d’une peinture ou d’un dessin. Pour moi, l’essentiel est de garder une certaine transparence qui consiste à ne pas chercher à faire passer pour réel quelque chose qui ne l’est pas. Bien sûr certains ont bien leurs petits secrets d’artistes et ne vous dévoileront pas tous les détails de leur traitement. Mais je pense que tout photographe doit garder l’honnêteté intellectuelle d’au moins pouvoir vous dévoiler pourquoi vous n’auriez pas pu avoir le même rendu avec votre appareil photo face à la même scène (si tant est que vous n’ayez pas les connaissances nécessaires pour appréhender son travail de post-production). Et ceux qui nous regardent avec condescendance en clamant qu’ils ne retouchent pas leurs images parce qu’ils ne shootent qu’en .jpeg n’ont juste rien compris car au final, ils ne font que déléguer au petit ordinateur contenu dans leur appareil cette phase de développement. Bien sûr, je ne blâme pas les photographes qui shootent directement en .jpeg parce qu’ils n’ont pas l’envie, le temps ou les compétences d’effectuer eux même le développement de leurs fichiers. Mais ceux qui croient être des puristes en se comportant de la sorte m’agacent (et j’aurais probablement l’occasion d’écrire un petit billet d’humeur là dessus à l’occasion). Ne nous égarons pas aujourd’hui dans ce débat sans fin et venons en à ma petite expérience photographique du jour…

J’avais la prétention d’essayer de partager avec vous comment j’envisage le fait d’essayer de « sauver » une photo. Ici, je ne parle pas d’optimiser légèrement une photo déjà très réussie ou de tenter de récupérer une photo qui de toute façon est si mauvaise qu’elle ne mérite que la corbeille. Non, j’envisage de traiter le type de photo « moyenne » qui vous paraît intéressante mais sur laquelle il y a trop de soucis pour en faire une image « réussie ». Pour ce faire, j’ai décidé de prendre une photo de martin pêcheur (Alcedo atthis), « bien mais pas top » (comme dirait la voix off), que j’ai ramené d’une petite virée, il y a quelques semaines de cela. Cette photo est prise de loin et est bourrée de petits défauts. Elle est donc parfaite pour illustrer mon propos et je vais donc me livrer à une petite analyses critique, puis a un petit avant-après…

L’image originale et tous les défauts qu’elle comporte (Photo Joris Bertrand)

L’image originale et tous les défauts qu’elle comporte (Photo Joris Bertrand)

L’image originale: points positifs et négatifs…

Sur le terrain, j’ai entendu puis vu la petite flèche bleue (c’est souvent dans cet ordre là que l’on repère l’oiseau) se poser sur un arbre mort partiellement immergé. L’œil du photographe a senti le potentiel artistique de cette petite touche de couleur dans cet environnement terne et un petit peu désolé. J’ai collé mon œil au viseur, rapidement composé en respectant la règle des tiers (au moins dans le plan vertical), sélectionné le collimateur autofocus qui tombait pile-poil sur l’animal et j’ai shooté sans compensation d’exposition en mode priorité ouverture (Av) au 1/2000 s et à F/6.3 pour une sensibilité de 320 ISO. Il y a deux grandes catégories de points négatifs dans cette image: ceux qui sont indépendants de ma volonté et ceux pour lesquels je ne peux m’en prendre qu’à moi même. D’abord, j’aurais du appliquer dès la prise de vue une compensation d’exposition (d’au moins +1 IL) ou effectuer correctement une mesure sélective voire spot en visant l’oiseau puis en mémorisant l’exposition (plus facile à dire qu’à faire avec un sujet potentiellement si dynamique…). Ici, j’étais bien en mesure spot mais dans l’urgence je n’ai sans doute pas pris le temps de mesurer l’exposition sur l’oiseau et l’ai donc mesuré au niveau du collimateur central, en plein sur l’eau reflétant un ciel grisâtre mais lumineusement dégueulasse… Après, il n’aurait de toute façon pas été possible (d’après moi) de sortir une image grandiose avec cette luminosité. En plus, mon multiplicateur de focale (1.4 x) était monté sur mon 300 F/4 et dans ces conditions, c’est perte de définition et aberrations chromatiques assurées… Les autres paramètres de prise de vue sont corrects même si je n’étais pas obligé de shooter au 1/2000 s et que j’aurais pu ouvrir un peu plus grand (F/5.6). Le cadrage originel inclue la bande buissonnante de l’autre côté du plan d’eau (et ça c’est moche) mais si je n’ai pas cadré plus bas c’est probablement qu’il y avait des éléments parasites… Ce n’est pas grave, on en sera donc également quittes pour un petit recadrage… On sent aussi que je me suis tellement focalisé sur l’oiseau que j’ai un peu oublié de faire en sorte que l’horizon soit bien plat…

L’image recadrée et optimisée (Photo Joris Bertrand)

L’image recadrée et optimisée (Photo Joris Bertrand)

L’image retouchée…

J’ai d’abord souhaité un recadrage en conservant un ratio 3:2 que j’aime bien (oui, je suis très classique de ce point de vue là) mais celui-ci ne me permettait pas de conserver toute les branches qui font partie de la composition. J’ai donc opté pour du 16:9, un format « cinéma » un tantinet plus panoramique qui collait à la perfection. Pour le reste, j’ai joué sur les curseurs et uniquement dans le développeur .raw de Canon (Digital Photo Professional ou DPP pour les intimes). D’abord, j’ai appliqué a posteriori cette surexposition que j’aurais du envisager dès la prise de vue (dans le meilleur des mondes). A +1,33 IL je perds un peu de matière sur l’eau mais je débouche complètement les ombres sur le corps de l’oiseau sans ne rien cramer pour autant dans l’image. Après quelques essais à la louche, j’ai décidé de laisser la balance des blancs sur le mode automatique puis cliqué sur « Correction automatique de luminosité ». C’est une nouvelle fonctionnalité de la version 4 de DPP, mais celle-ci ne change souvent pas grand chose je trouve. Dans le cas présent, je n’ai pas laissé le réglage automatique de gamma, car je sais que ça aurait donné trop de contraste à l’image… J’ai donc joué un peu avec l’histogramme manuellement (comme il fallait le faire dans la version précédente). Puis, j’ai simultanément débouché les ombres (+2) et diminué les lumières (-4) ce qui m’a permis de mieux exposer l’oiseau et récupérer du détail sur l’eau. Après quelques essais, j’ai choisi de ne pas toucher au contraste. En revanche, il m’a bien fallu donné un petit coup de peps au sujet en poussant la saturation (mais pas trop quand même: jusqu’à +2). Pour finir j’ai passé la force du masque de flou à +5. En contrôlant à l’aide d’un affichage à 100% on voit bien que l’image bave un peu et laisse apparaître quelques franges colorées et des contours mal définis…

Bilan

Je vous laisse juger bien sûr, et je serai ravi d’avoir vos retours en commentaires ne serait-ce que pour comparer ma démarche avec celle qui aurait été la vôtre, mais je pense que l’image retouchée a été améliorée par rapport à l’originale… Pour le reste, bien sûr il n’y a pas de miracles et je n’enverrai jamais cette image à un concours photo. Mais parfois et sans passer des heures sur Photoshop, un petit recadrage assorti d’un léger traitement approprié peut redonner un petit quelque chose à une image a priori un peu fade… Le résultat aurait pu cependant être encore plus efficace si j’avais utilisé des brosses et un logiciel approprié pour appliquer des corrections de « tons clairs » et « tons foncés » de manière indépendantes dans différentes parties de l’image. Si je devais conclure là dessus, je dirais qu’il ne faut pas hésiter à tenter d’optimiser un peu ses images en post-production. Premièrement, parce que ça peut permettre d’améliorer considérablement le rendu de nos photos et deuxièmement car c’est de toute façon très formateur pour comprendre les dessous de l’image et devenir ainsi un meilleur photographe. Pour finir, je vous laisse avec un portrait un petit peu plus serré de ces magnifiques oiseaux que sont les martins-pêcheurs, que j’avais réalisé l’an dernier, dans des conditions bien meilleures, mais avec le même matériel…

Le martin-pêcheur sous son plus beau profil et par beau temps (Photo Joris Bertrand)

Le martin-pêcheur sous son plus beau profil et par beau temps (Photo Joris Bertrand)

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