Expériences photographique

Un autre éclairage sur le HDR… (Partie 2)

L’art de la photographie, autrement dit celui de peindre ou d’écrire avec la lumière consiste largement à savoir mettre en adéquation la contrainte technique de l’exposition avec nos attentes en matière d’esthétique. Parfois, on va mettre à profit un contrejour ou jouer sur le clair-obscur pour mieux mettre en valeur des contrastes et des formes. Mais de manière plus conventionnelle et en tout cas lorsque l’on cherche à retranscrire une image fidèle à la réalité, on va s’atteler à trouver, avec ou sans l’aide de son appareil, la combinaison du triangle d’exposition la plus appropriée (ouverture du diaphragme, vitesse d’obturation, sensibilité ISO). Cela revient à faire rentrer la plus juste quantité de lumière possible pour obtenir des ombres qui ne soient pas trop bouchées, des hautes lumières pas trop cramées, et un histogramme homogène et plutôt bien étalé sur l’ensemble de la plage dynamique pour une scène couvrant une palette de couleurs variée. S’il incombe au photographe de faire les bons compromis, nous avons également vu la semaine dernière que les appareils photos étaient de toute façon techniquement limités. Pour une scène présentant de forts écarts de luminosité, il ne faut donc pas espérer obtenir d’emblée une image conforme à celle que perçoit l’œil humain. On a donc entrevu qu’il était possible d’utiliser dès la prise de vue des subterfuges pour atténuer les écarts de luminosité atteignant le capteur, par l’emploi de filtres gradués gris neutres ou directement en utilisant un mode HDR intégré à l’appareil. Ce dernier va permettre de prendre une série de photos différemment exposées et se charger lui même de les fusionner en une image composite à plage dynamique étendue. Aujourd’hui, j’envisage de m’attarder un peu plus sur certaines de ces méthodes qui permettent d’essayer d’obtenir un résultat similaire, mais de retour à la maison, devant son ordinateur.

Pour cette image j’ai utilisé la mesure matricielle sans compensation d’exposition (réglage par défaut). Si on se fie à l’histogramme, la cellule de l’appareil a plutôt bien fait son boulot même si à l’oeil, ça aurait mérité de voir exposés un peu plus la surface de l’eau et les parties ombragées sous le pont (Photo Joris Bertrand)

Pour cette image, j’ai utilisé la mesure matricielle sans compensation d’exposition (réglage par défaut). Si on se fie à l’histogramme, la cellule de l’appareil a plutôt bien fait son boulot même si à l’oeil, on aurait sans doute aimé voir  la surface de l’eau et les parties ombragées sous le pont un peu plus exposées. Je peux corriger ça en travaillant spécifiquement sur les tons foncés, en appliquant un filtre dégradé pour surexposer la partie basse de l’image, en peignant les parties ombragées du pont à l’aide d’une brosse ou… en créant une image HDR (Photo Joris Bertrand)

La, ou plutôt les retouche(s) de l’exposition

La première méthode revient à ajuster l’exposition en post-production (une fonctionnalité disponible même sur les programmes les plus basiques de traitement d’image). La manière la plus simple mais aussi la moins subtile pour faire ça consiste à jouer sur le curseur du même nom (exposition) pour sous-exposer ou surexposer indifféremment l’ensemble des pixels d’une image donnée. Cette méthode fonctionne de manière satisfaisante pour rattraper une erreur plus ou moins grossière de la mesure de l’exposition par la cellule de l’appareil dans une situation naturellement piégeuse pour elle. Mais si le photographe avait déjà fait en sorte d’aiguiller correctement son appareil au moment de la prise de vue, par exemple en utilisant le mode de mesure d’exposition adéquat et/ou le cas échéant en appliquant de la compensation d’exposition, alors jouer sur le curseur d’exposition ne permettra probablement pas de rattraper complètement les défauts. Il faut donc jouer de manière plus subtile en éditant de manière appropriée et différenciée certaines parties de l’image. Pour ce faire, on peut soit appliquer des ajustements spécifiques sur tels ou tels tons de l’image (clairs, moyens, foncés) soit appliquer des retouches localisées par le biais de certains outils tels que les brosses d’ajustement, soit les deux… Pas mal de logiciels, même assez basiques, permettent d’appliquer des ajustements différents aux tons clairs et aux tons foncés. C’est par exemple le cas de Digital Photo Professional, iPhoto, ou Photos. En revanche, la mise à disposition d’outils d’ajustements tels que les brosses ne concernent souvent que des logiciels plus sophistiqués tels que Lightroom ou Photoshop. Mais ces brosses permettront par exemple d’aller peindre finement un ciel trop lumineux pour en abaisser l’exposition ou au contraire aller déboucher les ombres sur un premier plan.

C’est la même scène que tout à l’heure mais sous-exposée d’1 I.L. Le temps de pose diminue, les couleurs du ciel sont plus saturées mais les parties qui était déjà ombragées sur l’image précédentes deviennent carrément sous-exposées (Photo Joris Bertrand)

C’est la même scène que ci-dessus, mais sous-exposée d’1 I.L. Le temps de pose diminue, les couleurs du ciel sont plus saturées et on obtient un joli modelé sur les nuages mais les parties qui étaient déjà ombragées sur l’image précédente deviennent carrément sous-exposées ici (Photo Joris Bertrand)

Il est à noter que certains logiciels tels que Lightroom implémentent même des filtres gradués qui permettent de simuler en post-production des filtres gradués gris neutres. Je connaissais leur existence pour en avoir déjà vu des applications lors de tutoriels vidéo que j’avais eu l’occasion de visionner sur Internet, mais je dois dire que j’ai été bluffé par le résultat depuis que je les utilise moi même. C’est très efficace pour redonner du modelé à un ciel chargé qui apparaissait jusqu’alors cramé, ou pour rendre sa belle couleur bleue à un ciel apparaissant exagérément voilé par le rendu de l’appareil. Depuis la dernière version (6 ou CC) on peut même conjuguer à façon, l’action des filtres (gradués et radiaux) à celle de la brosse d’ajustement pour que le rendu soit encore plus fin. Pour moi, c’est une avancée incroyable par rapport à ma période DPP!

Et pour finir, voici la même scène mais cette fois-ci surexposée d’1 I.L. Le rendu sur la surface de l’eau devient satisfaisant mais c’est maintenant le ciel qui devient presque cramé et prend un aspect blanchâtre (Photo Joris Bertrand)

Et pour finir, voici la même scène mais cette fois-ci surexposée d’1 I.L. Le temps de pose augmente, le rendu sur la surface de l’eau devient satisfaisant mais c’est maintenant le ciel qui devient presque cramé et prend un aspect blanchâtre (Photo Joris Bertrand)

Produire une image HDR en post production

L’alternative à tout ça c’est de s’adonner directement à la HDR en post-production. Le seul prérequis consiste cependant à être rentré de sa séance photo avec plusieurs vues exposées différemment de la scène pour laquelle on souhaite réaliser un traitement HDR. Tous les logiciels permettant de faire un traitement HDR ne se valent pas. Par exemple, la version 3 de DPP permettait de combiner un maximum de trois images alors que la fonctionnalité HDR n’était plus disponible sur la première mouture de DPP 4. Il semblerait cependant que Canon soit en train de rattraper le coup avec une nouvelle version: la 4.2.31. Lightroom 6 (ou CC) autorise quant à lui la fusion de 5 images maximum mais certains logiciels dont ceux spécifiquement dédiés à la photo HDR tel Photomatix permettent l’emploi de davantage d’images. Il faut donc trouver le bon compromis entre extension de la plage dynamique étendue et rendu qui nous convient. De ceux que j’ai pu tester, Lightroom, permet de faire de la HDR simplement en s’occupant lui même de s’occuper de gérer les paramètres de fusion. En fait, l’utilisateur a juste à s’occuper de l’intensité de la correction des « effets fantômes » (voir la fameuse mouette sur mon article de la semaine dernière). Dans DPP (je n’ai pu recourir qu’à la version 3), le programme assemble d’emblée les trois vues puis vous propose différents préréglages et curseurs pour affiner le rendu final. J’ai bien sûr choisi le préréglage « Art éclatant » pour être sûr d’obtenir un rendu des plus flashy qui soit! Allez vite chercher une bassine, car une telle plage dynamique risque de vous donner la nausée. L’autre point négatif de DPP c’est qu’il ne corrige pas les effets fantômes… Or le ferry sur la droite de la scène a continué à avancer entre les trois images…

Voici le rendu “Made In Lightroom” de mon traitement HDR issu de la fusion des trois images précédentes. On se croirait un petit peu dans le monde des Playmobil mais ça passe encore, en tout cas comparé au rendu de l’image ci-dessous… (Photo Joris Bertrand)

Voici le rendu “Made In Lightroom” de mon traitement HDR issu de la fusion des trois images précédentes. On se croirait un petit peu dans le monde des Playmobil mais ça passe encore, en tout cas comparé au rendu de l’image ci-dessous… (Photo Joris Bertrand)

 

Et voilà le rendu “Made in DPP”… La surface de l’eau est moins “luisante” mais le ciel se pare de teintes qui virent presque au violet psychédélique par endroit. Vous pourrez aussi noter le joli phénomène de "ghostting" sur le bateau (Photo Joris Bertrand)

Et voilà le rendu “Made in DPP”… La surface de l’eau est moins “luisante” mais le ciel se pare de teintes qui virent presque au violet psychédélique par endroit. Vous pourrez aussi noter le joli phénomène de « ghostting » sur le bateau (Photo Joris Bertrand)

Le mot de la fin…

La photo HDR permet  d’étendre la plage dynamique d’une image et pourrait donc, à première vue être considérée comme un nouveau standard à envisager systématiquement dès la prise de vue lorsque cela s’y prête. Dans les faits, cette technique est en fait un petit peu lourde à mettre en place. Si elle peut se révéler utile pour des scènes plutôt statiques, elle deviendra très vite inefficace pour les sujets en mouvements. Il faut privilégier les traitements HDR à partir d’images qui auront été réalisées sur trépied. Bien sûr, il y a bien des algorithmes permettant d’aligner a posteriori des images qui auraient été réalisées à main levée, mais je suppose qu’ils ont leurs limites. Il en est de même pour les options de corrections des « effets fantômes ». Si entre vos trois prises de vues, le sujet à eu le temps de traverser la scène et quitter le cadre, on est probablement assez peu avancé si ce n’est pour tenter quelque chose d’un peu créatif. L’autre limite plus subjective des images HDR, c’est leur rendu qui demeure à mon goût très souvent trop artificiel. Bien sûr, ça doit être tout un art de magnifier une scène au moyen d’un traitement HDR sans que ce travail de post-production soit manifeste. Cela dit, je trouve qu’une bonne connaissance des techniques et de son matériel couplé à un travail de post-production d’ajustement de l’exposition plus conventionnel permet déjà de se sortir d’à peu près toutes les situations. Pour conclure, je dirais simplement qu’en ce qui me concerne, la photo HDR ca restera probablement « oui, avec modération » même si je vais essayer de prendre plus souvent des images en bracketing (avec plusieurs expositions). Cela laisserait la possibilité d’effectuer a posteriori un traitement HDR si l’envie nous prenait de magnifier la plage dynamique d’un panorama paysager ou d’une scène intérieur-extérieur. Mais au pire, on est toujours à tant de faire du pseudo-HDR en développant en post-production des fichiers sur et sous-exposés à partir d’un unique fichier .raw, puis appliquer un traitement HDR par la suite. Ce n’est pas une méthode très orthodoxe et elle s’accompagne forcement d’une dégradation de la qualité de l’image (surtout lorsqu’on surexpose) mais ça fonctionne et ça peut dépanner…

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3 réflexions sur “Un autre éclairage sur le HDR… (Partie 2)

  1. Pingback: DXOmark.com… Son capteur… | La Nature Des Images

  2. Bel article, avec un très bel exposé et explications. C’est vrai que le HDR c’est pas mal pour rattrapé des photo ou a la prise de vue on sait que le boiter aura du mal car il ne possède pas la même plage dynamique que notre oeil. J’aime bien l’utiliser pour l’urbex notamment cela me permet au passage de dramatiser la scène.
    Il existe le plugin de Nik software spécifique au HDR qui permet de supprimer les images fantômes et il est super agréable d’utilisation.(il s’intègre à LR et PS)

    Aimé par 1 personne

    • Salut Sophie. Merci pour ton retour. Oui, je crois que je vais tenter le coup “HDR” plus souvent. Ce week-end, j’ai essayé de “bracketer » sur des levers de soleil en montagne pour avoir à la fois du détail dans le ciel et dans le paysage. On va voir ce que ça donne. Merci pour le conseil sur le plugin HDR. Je me mets à peine à LR, donc je ne m’y connais encore que très peu en plugins.

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