Matériel

DXOmark.com… Ses objectifs dans les moindres détails…

Dans un de mes précédents articles, je m’étais attelé à décrire la démarche d’utilisation de la base de donnée en ligne de DXOmark.com pour évaluer la qualité de ses objectifs, ou plutôt de ses combinaisons boitier-objectif. Afin de ne pas rendre complètement indigeste un article qui était déjà relativement long et technique, je m’étais limité à l’évocation du score global et du piqué (exprimé en P-Mpix). Mais dans la réalité, la base de données DXOmark permet d’aller bien plus loin encore dans l’étude très scientifique des performances de notre matériel. Aujourd’hui, je continuerai à mettre l’accent sur les objectifs et dans un prochain article, on passera aux capteurs. En plus du fameux piqué que tout le monde invoque, sans pour autant nécessairement savoir ce qu’il est censé représenter au final, il existe d’autres paramètres qui contribuent à la qualité optique de l’image délivrée via un objectif donné.

Ouverture et efficacité dans la transmission de la lumière: notion de F-stops et de T-stops

Pour essayer de bien saisir quelle est la différence entre F-stops et T-stops, prenons volontairement deux objectifs très similaires et de la même marque: le Canon EF 100 mm F/2.8 Macro USM et son successeur, l’EF 100 F/2.8L Macro IS USM. Tous deux possèdent une ouverture maximale de F/2.8. Cette grandeur correspond à un rapport (d’où la fraction F/??) qui signifie qu’à pleine ouverture (diaphragme ouvert à fond), le rapport entre la longueur focale (fixe et équivalente à l = 100 mm) et le diamètre de la pupille d’entrée (d) est tel l/d = 2,8 (ici, d est donc égal à un peu moins de 36 mm). On comprend mieux pourquoi pour ouvrir à une ouverture maximale similaire de F/2.8, un super télézoom tel qu’un 400 F/2.8 mm aura nécessairement un diamètre beaucoup plus important qu’un 100 mm F/2.8 (d se doit d’être de l’ordre de 143 mm quand l = 400 mm). F/?? est donc censé nous renseigner sur l’aptitude d’un objectif à laisser entrer plus ou moins de lumière mais bien que relativement intuitive, cette grandeur n’est que théorique et ne serait vraie que dans le meilleur des mondes. Dans la réalité, nous avons déjà vu que les rayons lumineux se doivent de traverser plusieurs éléments optiques. Aussi bons que soient les matériaux employés, la transmission de la lumière n’est jamais parfaite et il en résulte des déperditions plus ou moins importantes. T correspond en fait à un F empirique qui tient compte de ces biais. Ce facteur est donc plus réaliste mais aussi moins flatteur que F et c’est pour ça que nous avons souvent bien du mal à le trouver sur les documents commerciaux. Pour en revenir aux deux objectifs mentionnés au début de ce paragraphe, sachez que la version « non L » du Canon 100 mm macro possède une transmission de 3.6 T-stops contre 3.4 T-stops pour la version L. D’après DXO, ces objectifs ont donc des ouvertures efficaces (réelles) de « F/3.6 » et « F/3.4 » respectivement. Il faudrait tenter l’expérience pour en être certains mais je suppose que si on pouvait prendre exactement la même photo, avec le même boîtier, et les mêmes réglages mais en intervertissant juste les deux objectifs mentionnés ci-dessus, alors l’image délivrée par l’intermédiaire de la version « non L » du 100 mm F/2.8 macro de chez Canon, ou plutôt de son « 100 mm F/3.6 » serait légèrement plus sombre que l’autre. Dans l’absolu ce n’est pas un problème majeur mais il faut juste savoir que l’ouverture réelle d’un objectif (T) est toujours plus ou moins inférieure à celle mise en avant par les fabricants (F).

Comparaisons entre les deux 100 mm F/2.8 Macro de chez Canon dans DXOmark.com

Comparaison entre les deux 100 mm F/2.8 Macro de chez Canon dans DXOmark.com. En plus du score global et du piquet, on trouve un résumé des autres paramètres décrits dans cet article. Via les autres onglets, on pourra accéder à cette information pour toutes les valeurs d’ouverture (et toute les longueurs de focales s’il s’agit d’un zoom).

Distorsion, vignettage, et aberration chromatiques

Il faut également savoir que toutes les optiques ne délivrent jamais une image parfaite. La distorsion à tendance à déformer l’image en transformant de manière plus ou moins perceptibles les lignes droites en courbes et ce d’autant plus que l’objectif en question est le résultat de délicats compromis optiques. Par exemple, les zooms bas de gamme à forte amplitude y seront plus sujets qu’une bonne focale fixe de longueur intermédiaire. Dans DXOmark, la distorsion est exprimée en pourcentage de déformation. Le vignettage est quant à lui du au fait que la luminosité d’une optique est souvent meilleure au niveau de la partie centrale de l’objectif qu’en périphérie. Elle s’exprime donc en terme de valeur d’exposition perdue entre le centre et les coins de l’image. Pour finir, les aberrations chromatiques sont dues au fait que les verres employés réfractent de manière plus ou moins différemment les rayons de longueur d’ondes différentes qui composent le spectre lumineux. Ces décalages se traduisent par la présence de franges colorées violettes, bleues et rouges sur l’image et le décalage total est exprimé en millionième de millimètres (μm). Les aberrations chromatiques sont particulièrement visibles sous certaines conditions telles que les violents contrejours où elles se manifestent notamment au niveaux des contours.

Sur cette image, prise à 15 mm sur capteur APS-C, on voit apparaître la distorsion en barillet qui se traduit par un horizon légèrement bombé au centre et un peu de vignettage en grande partie du à l’emploi du filtre polarisant circulaire (Photo Joris Bertrand)

Sur cette image, prise à 15 mm sur capteur APS-C, on voit apparaître la distorsion en barillet qui se traduit par un horizon légèrement bombé au centre et un peu de vignettage en grande partie du à l’emploi du filtre polarisant circulaire (Photo Joris Bertrand)

Le mot de la fin…

Dans la mesure où, pour un objectif donné, les performances optiques varient suivant la focale et l’ouverture, DXO possèdent des onglets vous permettant d’accéder et éventuellement de comparer entre différents objectifs (trois modèles simultanément au maximum), le piqué (ou sharpness), la transmission, la distorsion, le vignettage ainsi que les aberrations chromatiques pour les différentes longueurs de focale (dans le cas de zooms) et ouvertures. Les résultats sont alors présentés sous la forme de graphiques que je trouve pour ma part plutôt faciles à déchiffrer. Encore une fois, et si vous n’êtes pas un acharné de la qualité optique ou un mordu de la technique, je ne peux que vous encourager à être raisonnables et à n’user du caractère informatif de cette base de données qu’avec parcimonie. Mais le point positif, c’est qu’on peut désormais effectuer tous nos tests comparatifs nous-même et depuis chez nous sans chercher à mettre en commun des revues de matériel trouvées par-ci par là en essayant d’en faire émerger un consensus. Et puis si la qualité optique d’un objectif est quelque chose de relativement important, il faut savoir que bon nombres de défauts se rattrapent relativement bien en post-production depuis l’avènement du numérique. En plus de cela, des logiciels tels que Lightroom ou les programmes propriétaires comme Digital Photo Professional (DPP) intègrent des profils de corrections des différents objectifs. Concrètement ces profils consistent en un algorithme qui a cartographié les défauts d’un objectif et va les compenser via un traitement de l’image a posteriori.

Au final et ceci étant associé à quelques autres ajustements il est tout de même relativement aisé de redonner un peu de peps a une image un peu « molle » qu’aurait délivré un objectif d’entrée de gamme en apprenant à développer ses fichiers à l’ordinateur. Je continue donc de penser que cette étape est formatrice, qu’elle permet d’économiser des centaines d’euros sur l’achat de matériel et qu’elle s’apparente à tout sauf à de la triche…

C’est la même image que la précédente mais le profil de correction de l’objectif du Canon EF-S 15-85 mm F/3.5-5.6 IS USM intégré à Lightroom a permis d’éliminer de manière appropriée les défauts de l’objectif (Photo Joris Bertrand)

C’est la même image que la précédente mais le profil de correction de l’objectif du Canon EF-S 15-85 mm F/3.5-5.6 IS USM intégré à Lightroom a permis d’éliminer de manière appropriée les défauts de l’objectif (Photo Joris Bertrand)

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2 réflexions sur “DXOmark.com… Ses objectifs dans les moindres détails…

  1. Pingback: Focale fixe vs. (super) télézoom: 300 mm F/4 ou 150-600 mm F/5-6.3 ?! | La Nature Des Images

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