Matériel

Les téléobjectifs (à focales fixes)

Cela fait pas mal de temps déjà que j’ai envie de vous proposer un article qui passerait en revue et comparerait les caractéristiques globales des téléobjectifs des différentes marques. Mais je dois dire qu’il m’a fallu envisager de revoir à la baisse mes ambitions initiales car l’ampleur de la tâche avait quelque chose de quelque peu pharaonique et parce que de toute façon, il m’aurait juste été impossible de vous présenter quelque chose de clair et de concis sur cette base là. Aujourd’hui, j’ai donc choisi de me « focaliser sur les focales fixes » dont la longueur de ladite focale serait supérieure ou égale à 300 mm. Pour le reste, je me suis attaché à essayer de comparer des caractéristiques liées au poids et à l’encombrement ainsi qu’au prix de ces plus ou moins gros engins pour voir s’il était possible de voir se dégager des tendances au milieu de la jungle de l’offre. J’ai donc essayé de reprendre les caractéristiques de toutes les focales fixes répondant aux critères énoncés ci-dessus actuellement présentes en catalogue chez les marques principales et j’ai mouliné tout ça afin de dessiner le graphe ci-dessous. Les prix sont donnés en dollars américains pour la simple et bonne raison qu’il était plus facile de trouver des sources de prix homogènes sur le marché américain . De toute façon à l’heure où j’écris ces lignes, la parité euro-dollar américain est presque de mise ce qui ne devrait pas trop perturber notre échelle de valeurs.

Dans ce graphe censé refléter à la fois l’encombrement, le poids et le prix de ces supers téléobjectifs à focale fixe, on voit se dessiner cinq gros paquets que je m’en vais commenter ci-dessous…

Petit comparatif de différentes focales fixes allant de 300 à 800 mm (Graphe Joris Bertrand)

Petit comparatif de différentes focales fixes allant de 300 à 800 mm (Graphe Joris Bertrand)

Si le graphe ne rend pas bien en .jpeg, vous pourrez en télécharger une version au format .pdf ici.

La classe des « 300 » mm à petite ouverture…

C’est souvent par là que commencent les photographes à petit budget (comme moi) qui veulent investir dans un téléobjectif à focale fixe de bonne qualité, mais à un coût maîtrisé qui ne leur permettra donc pas d’atteindre des longueurs de focales plus importantes ou des valeurs d’ouverture très grandes. Au demeurant, cette catégorie d’objectifs peut aussi intéresser ceux qui se doivent de photographier léger. Je crois l’avoir déjà dit, mais je suis intimement persuadé que quand bien même je deviendrais milliardaire, je conserverais toujours dans ma panoplie un 300 F/4 (et un multiplicateur de focale 1.4x), ne serait-ce que pour cet argument là. Vous pouvez toujours lire ou relire l’article dans lequel j’avais évoqué plus en détail les intérêts du 300 mm F/4. Dans les grandes lignes, cette catégorie offre des optiques d’un poids d’environ 1 kg pour une longueur de l’ordre de 20 cm et un diamètre allant de 8 à 9 cm (en gros, une bouteille d’eau d’un litre et demi) avec un coût par millimètre de focale s’étalant entre 3,50 US $ et 6,50 US $. A l’heure où j’écris ces lignes, seuls les gros, Canon et Nikon, ainsi que Pentax proposent des 300 mm F/4. Jusqu’à l’automne dernier, je pense que c’était Canon qui étaient les mieux placés dans ce segment là en proposant leur EF 300 mm F/4L IS USM (que je possède) en offrant ainsi la seule option stabilisée et le tout avec un des meilleurs rapport qualité-prix. Cela avait d’ailleurs été un des arguments forts qui m’avait fait pencher en faveur de Canon lorsque je m’étais lancé en photo. Mais la donne a quelque peu changé récemment. Depuis qu’ils ont sorti leur séduisant AF-S Nikkor 300 mm f/4 PF ED VR, je crois qu’on peut dire que Nikon a repris la position de premier de la classe en terme de performances bien que les modèles Canon et Pentax affichent un prix significativement inférieur et conservent donc un certain avantage si on considère encore et toujours le fameux rapport qualité-prix. Comme j’avais déjà eu l’occasion d’en parler à la fin d’un post précédent (et sur lequel vous pouvez vous risquer à un pronostic!), j’attends la réaction de Canon, et je souhaiterais voir apparaître un EF 300 mm F/4 DO IS USM (ou à défaut un EF 300 mm F/4 L IS USM II).

En queue de distribution de cette classe, on trouve deux optiques un peu atypiques. La première, le Samyang 300 mm F/6.3 UMC CS est un modèle d’un genre un peu particulier puisqu’il s’agit d’un objectif à miroir dont le fonctionnement tient plus du télescope que des autres téléobjectifs cités dans ce comparatif. Mais si j’ai choisi de l’inclure ici, c’est qu’il est disponible dans des montures des différentes marques (Canon, Fujifilm, Nikon, Olympus et Sony) et est en prime très bon marché. En plus de ça, il est extrêmement léger et compact. Bien sûr, il y a des contreparties à tout ça, notamment le fait que ce soit un objectif très basique sans autofocus, ni dispositif électronique de réglage du diaphragme, ni système de stabilisation. Il est aussi moins lumineux que les optiques proposées par la concurrence (F/6.3 à pleine ouverture). Toutes ces contreparties peuvent se transformer en sérieux handicaps en photo de sport ou de nature mais c’est une option qui peut être envisagée pour les plus petites bourses et/ou l’astrophotographie par exemple. En parallèle, Canon est la seule marque à proposer un 400 mm qui n’ouvre « qu’à » F/5.6 mais qui, à la vue de ses mensurations et de son prix, vient se ranger aux côtés des 300 mm F/4: l’EF 400 mm F/5.6L USM. Il n’est pas stabilisé mais possède semble t’il une très bonne qualité optique (n’a jamais été testé dans DXOmark, ce qui est bien dommage…) et reste pourvu d’un système de motorisation ultrasonique (USM). Bref, une focale fixe de 400 mm de très bonne facture et à moins de 1500 €, ça reste intéressant.

La classe des « 300 » mm à grande ouverture

Sans que je sois sûr d’être en mesure d’expliquer pourquoi, la classe des 300 mm F/2.8 est sans doute celle où la concurrence est la plus féroce car c’est la seule où la majorité des constructeurs se soit positionnés. En entrée de gamme, on retrouve Sigma avec une option « basique » mais intéressante en terme de compacité et de poids avec son APO 300 mm F/2.8 EX DG/HSM pour environ 11 $ US/mm. Viennent ensuite les modèles de Canon, Nikon et Sony qui se tiennent dans un mouchoir de poche niveau encombrement. Le Sony (300 mm F/2.8 G SSM II) est d’une courte tête le plus léger (2,340 kg contre 2,400 kg pour le Canon) mais de loin le plus onéreux (25 $ US/mm contre 19 et 20 pour le Nikon et le Canon respectivement) et le Nikon avec ses 2,9 kg est plus lourd que les deux autres, mais moins que le Zuiko Digital ED 300 mm f/2.8 (et ses 3,290 kg!). On a donc des optiques très lumineuses et d’excellente qualité, mais significativement plus volumineuses et chères que leurs petites sœurs de la classe des 300 F/4. Pour le reste, il est intéressant de remarquer ici que les optiques proposées par Canon (EF 400 mm F/2.8L IS II USM) et Nikon (AF-S Nikkor 300 mm f/2.8G ED VR II) restent proportionnellement moins chères (environ -20%) par rapport aux options Sony ou Zuiko.

A l’intérieur, ou à proximité de ce deuxième paquet, un Canon vient encore jouer les trouble-fête. En effet, la marque est la seule à proposer un 400 mm F/4 qui à l’instar de ce que faisait déjà le 400 mm F/5.6 dans la classe précédente, voit son EF 400 mm F/4 DO IS II USM s’intercaler dans la classe des 300 F/2.8 de par ses dimensions et son prix. Non loin de là, on trouve aussi le APO 500 mm F/4.5 EX DG/HSM de chez Sigma qui offre une alternative certes un peu moins lumineuse mais plus compacte et meilleur marché que les 500 mm F/4 proposés par Canon, Nikon et Sony.

La classe des 500 mm F/4

Je viens juste d’évoquer le cas du Sigma, il me reste donc à passer brièvement en revue des options proposées par Canon, Nikon, et Sony. Pour des photographes comme moi, le 500 mm F/4 reste une optique mythique car elle permet de shooter loin tout en restant relativement lumineuse. Malgré leur taille, on se tient probablement encore à la limite de ce qui doit pouvoir se manœuvrer à main levée avec l’équivalent d’un fin bidon de 6 litres pesant entre 3 et 4 kg. On arrive ici dans des objectifs qui commencent à couter le prix d’une petite bagnole avec un coût de revient au millimètre de focale de l’ordre de 17 ou 18 $ US/mm chez Canon (EF 500 mm F/4L IS II USM) ou Nikon (AF-S Nikkor 500 mm f/4G ED VR), mais qui s’envole littéralement à plus de 40 $ US (deux fois plus cher!) sur le Sony (Sony 500 mm F/4 G SSM)! On avait déjà commencé à entrevoir pourquoi avec les 300 mm F/2.8 mais on comprend de mieux en mieux pourquoi l’immense majorité des photographes animaliers et de sport travaillent en Canon ou en Nikon… Enfin Pentax propose également son Pentax HD DA 560 mm F/5.6 ED AW, d’un rapport qualité-prix plus attrayant (12,5 $ US/mm) avec une ouverture maximale certes un peu moins grande (F/5.6) mais une longueur de focale un peu plus élevée que ses concurrents directs.

La classe des 400 mm F/2.8

Les 400 mm F/2.8 ont des focales plus courtes que les 500 mm F/4 mais leurs dimensions sont souvent un peu plus conséquentes, ne serait-ce qu’en raison de la taille de leur « hublot » qui se doit de laisser rentrer beaucoup de lumière. Ce segment des 400 mm F/2.8, correspond à une chasse gardée de Canon (avec l’EF 400 mm F/2.8L IS II USM) et Nikon (avec l’AF-S Nikkor 400 mm f/2.8E FL ED VR) qui proposent deux superbes optiques dont les caractéristiques mesurées ici montrent que dans cette classe plus que partout ailleurs, les modèles mis en avant par les deux gros se tiennent dans un mouchoir de poche même si l’option Nikon est plus chère (avec 30 $ US/mm pour le Nikon contre 25 pour le Canon). Qu’est-ce que j’aimerais pouvoir me rendre au brame du cerf avec une optique de ce type…

Au delà des 400 mm F/2.8

Au delà des 400 mm F/2.8, aucune focale fixe ne sera plus aussi lumineuse. On entre dans le segment des 600 mm F/4 et autres 800 mm F/5.6 dont les dimensions sont très similaires. On se retrouve alors avec des tromblons de 50 cm de long dont le poids atteint et dépasse même parfois allègrement les 4 kg. Les longueurs de focale permettent une distance assez incroyable avec son sujet mais on se fait de moins en moins manœuvrant. Dans cette classe archi-dominée par Canon (avec ses EF 600 F/4L IS II USM et EF 800 F/5.6L IS USM) et Nikon (avec ses AF-S Nikkor 600 mm f/4G ED VR et AF-S Nikkor 800 mm f/5.6E FL ED VR), seul Sigma (et son APO 800 mm F/5.6 EX DG HSM) parvient à glisser un de ses modèles avec le mérite de l’afficher à un prix à quatre chiffres. Pour les autres, on flirte avec ou explose les 10 000 €…

Une image empruntée à lesnumeriques.com qui illustre bien les différences de gabarits entre les différentes focales fixes de chez Canon (le tout comparé au petit 18-55 du kit de base).

Une image empruntée à lesnumeriques.com qui illustre bien les différences de gabarits entre les différentes focales fixes de chez Canon (le tout comparé au petit 18-55 du kit de base).

Le mot de la fin…

Si on devait faire émerger quelques considérations de ce petit comparatif, on pourrait tout d’abord confirmer que Canon et Nikon ont, de loin les gammes les plus fournies en ce qui concerne les téléobjectifs à focale fixe. A ce petit jeu là, Canon possède même une certaine longueur d’avance en proposant des modèles inédits (e.g. 400 mm F/5.6 et 400 mm F/4). L’offre Pentax, Sony et Olympus est beaucoup plus fragmentaire et à l’exception de Pentax, les optiques Sony et Zuiko (Olympus) restent extrêmement chères par rapport à la concurrence. Dans ce segment là, ces marques ne peuvent que dans une certaine mesure s’appuyer sur les fabricants tiers dont le positionnement reste souvent anecdotique (e.g. Samyang) voir carrément inexistant à ce jour (e.g. Tamron). En fait, seul Sigma propose des focales fixes de 300, 500 et 800 millimètres dans différentes montures. Le problème avec ces alternatives c’est que bien souvent, la motorisation ultrasonique sera perdue sur les modèles Pentax et Sony. A ce jour, on voit donc que Canon et Nikon continuent largement de se tailler la part du lion sur ce marché. En comparant les modèles de ces deux marques deux à deux, il apparaît que les modèles Canon sont souvent un peu plus compacts, plus légers et moins chers que les Nikon. Au demeurant, Nikon a brillamment inversé la tendance sur l’entrée de gamme dans un passé très récent (avec son nouveau 300 F/4). Enfin, il est assez difficile de comparer la qualité optique de ces différents objectifs car tous ne peuvent souvent être évalués qu’en tandem avec des boîtiers d’une marque donnée. Une certitude cependant, presque toutes les optiques mentionnées dans cet article sont de facture très professionnelle, coûtent souvent plusieurs milliers d’euros et offrent de l’avis de tous, une qualité exceptionnelle. En ce qui me concerne, j’espère juste avoir l’occasion d’en tester quelques une prochainement pour m’en faire une idée plus précise… Et je vais plancher sur un article similaire sur les télézooms…

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