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The Thorsborne Trail (Hinchinbrook Island, Queensland, Australie)

Cette semaine, je vous propose d’enfiler les chaussures de marche, de veiller à glisser absolument tout ce dont on a besoin dans un grand sac à dos, et de mettre le cap sur l’île d’Hinchinbrook, dans la partie tropicale du Nord du Queensland. Un sentier de randonnée, le Thorsborne Trail, chemine à travers l’île sur une longueur totale de 32 km et dévoile une bonne partie de ce que cette région de l’Australie a à offrir de plus intact en terme d’environnement naturel. Bien qu’assez peu éloignée du continent (si tant est que l’Australie en soit un), Hinchinbrook Island est inhabitée et ne présente presque aucune trace de présence humaine, si ce n’est un ponton, quelques infrastructures sommaires pour assurer le bivouac et un sentier discrètement mais convenablement balisé. Notre escapade avait été préparée à l’avance dans la mesure où il est impossible de se rendre sur place à l’improviste. D’abord parce que dans un souci de préservation de la quiétude des lieux, les autorités n’autorisent pas la présence simultanée de plus de 43 personnes pouvant passer la nuit sur place. Cela nécessite donc un petit peu d’organisation. Il faut planifier son itinéraire, s’enregistrer en ligne sur le site Internet des parcs nationaux australiens et s’acquitter du paiement d’une somme modique de l’ordre de 5 $ AUS par nuit et par personne. Il faut également convenir à l’avance avec une société accréditée de votre acheminement sur place (et de votre retour) et ce service vous coutera une somme beaucoup moins modique de l’ordre de 100 $ AUS par traversée et par personne… Il faut enfin vous assurer de ne rien oublier qui puisse vous manquer une fois sur place car vous ne trouverez là-bas aucune facilité pouvant permettre de pallier à votre négligence. Il vous incombe donc d’emporter avec vous tout votre équipement en prévoyant notamment les vivres (et un répulsif insectifuge efficace…).

Hinchinbrook Island, vue de la côte (Joris Bertrand).

Hinchinbrook Island, vue de la côte (Joris Bertrand).

Généralement les randonneurs effectuent les 32 km du Thorsborne Trail sur trois ou quatre jours. Nous avions choisi de le faire en quatre jours pour découper le tout en étapes plus courtes (de moins de 10 km) et avoir ainsi plus de temps pour profiter de l’endroit qui s’annonçait paradisiaque. Pour le reste, nous nous y sommes rendu mi-août, ce qui correspond à la fin de la saison sèche « hivernale ». Avec le recul, c’était une bonne idée car nous n’avons pas eu une goutte de pluie et la plupart des creeks qu’il est visiblement parfois délicat de franchir en temps normal étaient tous à sec ou presque. En fait, nous n’avons jamais eu à quitter une seule fois nos chaussures pour traverser à gué ce qui est relativement rare sur cet itinéraire. Le dernier point qu’il convenait de prendre en compte, c’est qu’il faut veiller à traverser les creeks qui doivent l’être au niveau de leur embouchure à marée basse. En effet, il est fortement déconseillé de tenter de les franchir quand le niveau de l’eau dépasse celui de la ceinture car vous devenez ainsi vulnérable face aux des crocodiles… Si ça peut rassurer les plus inquiets, nous n’avons pas vu un seul crocodile sur l’île de tout le séjour, et pourtant nous avons bien cherché… Je m’en vais donc maintenant vous compter l’histoire de notre périple en agrémentant mon récit d’une petite sélection de photos. Que vous envisagiez ou non de marcher à votre tour sur le Thorsborne Trail, j’espère ainsi partager avec vous ce que j’ai pu immortaliser des plus beaux de ces paysages lors de notre éphémère passage.

Jour 1: Ramsay Bay à Little Ramsay Bay

Le premier jour, nous quittons la petite ville de Cardwell de bonne heure à bord d’une sorte de zodiac pouvant assez confortablement accueillir une douzaine de personnes. L’embarcation s’échappe à faible allure d’une marina bordée de maisons pour millionnaires. Puis, elle sillonne pendant environ une heure les eaux troubles et peu profondes du détroit. On se rapproche de l’île montagneuse avant de la contourner et de pénétrer une dense mangrove au bout de laquelle se trouve un ponton. Une fois débarqués sur l’île, le zodiac repart et nous rejoignons la plage de Ramsay Bay, point de départ de la randonnée. C’est le moment d’ajuster les réglages de nos sacs à dos un peu surchargés, de quitter les polaires, de sortir les lunettes de soleil et se tartiner de crème solaire.

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Ramsay Bay, point de départ de la randonnée (Photo Joris Bertrand).

Au bout de la plage, le sentier monte sur la droite et serpente à travers une forêt dense où à peu près tout nous est inconnu, des chants d’oiseaux à l’allure des plantes qui semblent tout droit sorties de Jurassic Park. Sur cette portion, une bifurcation sur la droite vous invite à laisser votre chargement sur le bord du sentier et gravir Nina Peak (312 m) pour avoir une vue imprenable sur la façade Est de l’île. Mais ma compagne traînant encore des résidus d’états grippaux des jours précédents, nous préférons économiser nos forces et tracer notre route.

Un sous-bois typique de la randonnée et un passage aménagé dans un tronc d’arbre à terre (Photo Joris Bertrand).

Un sous-bois typique de la randonnée et un passage aménagé dans un tronc d’arbre à terre (Photo Joris Bertrand).

Peu après, on regagne la plage à Nina Bay. C’est l’occasion pour nous de faire une petite pause et d’observer les premiers portiques et autres food boxes (sortes de coffres en métal) mis à disposition des randonneurs sur les aires de bivouac. En effet, l’île est notamment habitée par des sortes de rats kangourous indigènes dont la dentition permet de creuser de parfaits trous bien circulaires dans les noix de coco. Il faut donc veiller à ce que la nourriture soit hors de leur portée car il va de soi qu’aucune toile de tente ou de sac à dos ne pourrait résister à leurs petites dents.

Quand le sable blanc fait place au galets rose à Boulder Bay (Photo Joris Bertrand).

Quand le sable blanc fait place au galets roses à Boulder Bay (Photo Joris Bertrand).

Le sentier se poursuit et du sable blanc de Nina Bay, on arrive sur une plage de gros galets roses à Boulder Bay. C’est un terrain assez ludique car il faut parfois poser les mains pour franchir certains petits escarpements rocheux. En plus de ça, le paysage offre une palette de couleurs splendides. C’est l’endroit que nous choisissons pour pique-niquer sur la plage et faire une petite sieste réparatrice. L’étape du jour se termine deux heures plus tard sur une plage de sable blanc à Little Ramsay Bay. L’aire de camping se situe dans un sous-bois à deux pas de la plage et non loin d’une sorte de lagune alimentée par un creek dont le débit en cette saison n’est vraiment pas très impressionnant. Après avoir installé le campement, il ne faut pas hésiter à sauter de rocher en rocher pour remonter le cours d’eau jusqu’à trouver un flot d’eau courante afin de se ravitailler. Nous préférons glisser quelques pastilles purifiantes dans les gourdes et autres poches à eau même si cette précaution n’est d’après d’autres randonneurs croisés sur le sentier, pas de rigueur. En me baladant sur la plage, je me fais houspiller par un œdicnème des récifs visiblement très territorial. Je fais en sorte de contourner l’oiseau en gardant mes distances pour ne pas lui occasionner de stress superflu.

Little Ramsay Bay, sa lagune et au fond les plus hauts sommets de l’île (Photo Joris Bertrand).

Little Ramsay Bay, sa lagune et au fond les plus hauts sommets de l’île (Photo Joris Bertrand).

Jour 2: Little Ramsay Bay à Zoe Beach

Le lendemain matin, départ à la première heure de Little Ramsay Bay en direction de Zoe Beach pour la plus longue étape de notre périple. Le paysage est d’abord assez similaire à celui de la veille avec une alternance entre sable blanc et galets. Puis le sentier fait un crochet à l’intérieur des terres où on passe successivement par des forêts assez denses puis des milieux un peu plus ouverts. Cette zone est aussi censée être assez marécageuse et le franchissement de certains creeks peut, d’après ce que nous avions pu lire sur Internet, parfois poser quelques petits problèmes. Mais comme je l’avais déjà dit plus haut, les conditions étaient relativement sèches lors de notre séjour. Nous avons pique-niqué sur les berges de Little Fan Palm Creek.

Peu après Little Ramsay Bay, point de départ de l’étape la plus longue de la randonnée (Photo Joris Bertrand).

Peu après Little Ramsay Bay, point de départ de l’étape la plus longue de la randonnée (Photo Joris Bertrand).

La longueur de l’étape finit un petit peu par peser au propre comme au figuré… En ce qui me concerne, le sac affichait un poids de quelques 23 kilos ce qui est à la limite du supportable. Comme la veille, l’étape se termine sur une plage et l’aire de bivouac se situe non loin de South Zoe Creek. Nous avions lu que la partie la plus proche du cours d’eau a été condamnée pour des problèmes de cohabitation avec des voisins un peu gênants: les crocodiles. Nous choisissons de monter notre guitoune de l’autre côté. Une fois le campement installé, il reste un petit quart d’heure de marche pour atteindre les magnifiques chutes de Zoe Falls, se ravitailler en eau, et si le cœur vous en dit, piquer une petite tête. Le soir, on se fait la popote mais on ne s’attardera pas à l’extérieur. C’est de loin le coin où nous avons été le plus enquiquinés par les moustiques et autres petites mouches piqueuses: les sand flies. En guise de dessert, des compagnons de fortune nous offrent un peu de noix de coco qu’ils ont ramassé sur le chemin. Vu la peine qu’ils ont eu à l’ouvrir, nous avons consenti à leur donner en échange un peu de fouet catalan acheté à Sydney et que nous avons pu acheminer jusqu’ici. La nuit, notre sommeil sera troublé par de petits mammifères en maraude, mais rien de bien grave. C’est même un peu amusant d’apercevoir dans le faisceau de la lampe, une petite boule de poil s’éloignant en bondissant comme un kangourou miniature.

Les eaux limpides de Zoe Falls (Photo Joris Bertrand).

Les eaux limpides de Zoe Falls (Photo Joris Bertrand).

Jour 3: Zoe Beach à Mulligan Falls

A chaque jour son défi. L’étape de la veille était la plus longue de la randonnée et celle d’aujourd’hui passera par le point culminant de notre escapade. Peu après Zoe Falls la route s’élève d’abord brutalement. Puis la pente s’adoucit et suit le cours d’un creek jusqu’à un col à proximité du Diamantina Mount (955 m). Là, on peut observer quelques plantes carnivores. Le milieu se fait plus aride et la végétation ressemble plus à une sorte de garigue. D’ailleurs, les arbres portent les stigmates des incendies du passé. Dans ce milieu, nous croisons une famille de mérion ravissants, un splendide petit oiseau endémique de cette région de l’Australie.

Le toît de la randonnée (Photo Joris Bertrand).

Le toît de la randonnée (Photo Joris Bertrand).

Nous laissons sur notre gauche le sentier menant à Sunken Reef Bay et poursuivons notre descente jusqu’à l’aire de bivouac de Mulligan Falls que nous atteignons pour le déjeuner. Là, on passera l’après-midi à profiter des chutes se déversant dans une piscine naturelle aux eaux limpides.

Mulligan Falls (Photo Joris Bertrand)

Mulligan Falls (Photo Joris Bertrand)

Jour 4: Mulligan Falls à George Point

Le dernier jour, nous faisons en sorte de partir aux aurores pour être sûr de pouvoir franchir Mulligan Creek à marée basse. Après une bonne demi-heure à marcher dans la pénombre de la forêt, nous atteignons une dernière fois la plage.

Le “redoutable” Mulligan Creek, qu’il fallait à tout prix franchir à marée basse… (Photo Joris Bertrand)

Le “redoutable” Mulligan Creek, qu’il fallait à tout prix franchir à marée basse… (Photo Joris Bertrand)

La fin de balade consiste en une ligne droite un peu monotone sur une plage s’étendant à perte de vue. Pour éviter de trop se fatiguer à marcher dans le sable, nous nous rapprochons de l’eau à la limite des vagues pour profiter du substrat le plus dur possible. Le Thorsborne Trail se termine à George Point, que nous atteignons avec un peu d’avance sur le rendez-vous fixé avec le skipper. Nous avons le temps de ressortir le réchaud du sac pour nous préparer un café avant l’arrivée du bateau qui accostera sur la plage vers 10 heures du matin. Puis, l’embarcation contournera l’île par l’Ouest pour nous ramener jusqu’à Cardwell. On voit défiler les kilomètres de mangroves bordant cette île montagneuse qui culmine au Mont Bowen (1121 m), affichant fièrement sa silhouette pointue.

Arbres morts et ombres chinoises sur la fin du parcours (Photo Joris Bertrand).

Arbres morts et ombres chinoises sur la fin du parcours (Photo Joris Bertrand).

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