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Hobart, petit bout de Tassie…

Il y a bien longtemps déjà que je savais pointer du doigt la Tasmanie sur une mappemonde. Je me souviens de ce petit bout de terre comme détaché, tout en bas en droite de la grande Australie. Sur l’atlas géant et adapté pour les enfants que je consultais souvent quand j’étais petit, une pomme figurait sur cette île qui à côté de l’Australie semblait si petite. Plus tard, j’ai comme beaucoup de monde entendu parlé du fameux diable de Tasmanie et de ses eucalyptus dont certains atteignent des hauteurs tout bonnement hallucinantes. La Tasmanie faisait donc partie des endroits où j’avais envie de poser les pieds, sans être sûr d’avoir un jour l’occasion que mon souhait se réalise. C’est désormais chose faite et même si le séjour y fût relativement bref, j’ai vraiment apprécié la virée qui reste à ce jour la plus australe de mon existence.

Un port de pêche, un ciel chargé, une ambiance authentique et une ville à taille humaine, voici Hobart (Photo Joris Bertrand)

Un port de pêche, un ciel chargé, une ambiance authentique et une ville à taille humaine, voici Hobart (Photo Joris Bertrand)

Jour 1: en arrivant sur Hobart…

D’après les australiens, Hobart, la capitale de la Tasmanie, serait une des villes les plus « européennes » du pays… Ils disent aussi ça de Melbourne, principalement parce que c’est une ville où il y a des cafés avec des terrasses… Je ne préférais donc pas me faire d’idées préconçues avant que l’avion ne touche terre et je crois avoir bien fait. La première chose sur laquelle je me plantais, c’était sur le climat. Dans mon imaginaire, la Tasmanie était à l’Australie ce que l’Irlande ou l’Écosse seraient à l’Europe. Or, Hobart serait la capitale d’état la plus sèche du pays après Adélaïde (qui est à proximité du désert) et ça, c’est déjà assez perceptible depuis les airs. On survole des forêts, mitées de grandes étendues pâturées sur laquelle l’herbe jaunâtre semble pâtir du manque de précipitations. C’est au milieu de ces étendues steppiques qui m’évoquent le causse Méjean que l’avion se pose et nous débarque dans une petite aérogare. Si la Tasmanie mise beaucoup sur le tourisme, elle n’est pas encore en mesure de devenir victime de son succès, et c’est probablement tant mieux. D’ailleurs, les gens sont d’une décontraction encore plus impressionnantes que les australiens du continent. C’est dire…

Sur le pont d’un des vieux voiliers amarré dans le port d’Hobart (Photo Joris Bertrand)

Sur le pont d’un des vieux voiliers amarré dans le port d’Hobart (Photo Joris Bertrand)

Après un rapide trajet en navette, on franchit l’embouchure de la rivière Derwent, le long de laquelle s’étend sans entrave la ville depuis la mer et jusqu’au pied des montagnes. Arrivés en ville, on pose les bagages à l’auberge puis on se rend sur le port pour un premier breakfast: des œufs au bacon, poached (pochés) ou scrumbled (brouillés) sur des toasts. En dépit de son front de mer un peu hétéroclite, Hobart m’évoque bien une ville de la vieille Europe. Il y a ces bâtiments anciens en pierre et ces vieux gréements à l’amarre sous un ciel chargé. Moi qui de par mon vécu n’ai jamais été marin, je me sens bien dans les ports. Une fois le brunch terminé, on erre d’abord sur les quais. Ici les restaurants se nomment The Whaler (le baleinier) ou encore The Drunken Amiral (l’amiral ivre). Juste ça, ça fait un petit peu pirate. On se replonge quelques deux-cents ans en arrière et on s’imagine des bagnards s’épuisant à la tâche, des matelots bourrés et tout ce qui va avec. J’ai lu sur le Lonely Planet qu’il fut un temps où il y avait tant de baleines qui remontaient en chantant le cours de la large Derwent River que les habitants d’Hobart se plaignaient de ne pas pouvoir fermer l’œil…

Les anciennes infrastructures portuaires se sont converties en galeries d’art et autres magasins un peu chics (Photo Joris Bertrand)

Les anciennes infrastructures portuaires se sont converties en galeries d’art et autres magasins un peu chics (Photo Joris Bertrand)

Après avoir traversé la fameuse Salamanca Place, on gravit quelque marches jusqu’à Battery Point, un vieux quartier traditionnel de la ville où se côtoient tantôt des cottages « so british », tantôt des demeures coloniales, tantôt des maisons plus modestes en bois, dans un style plus typique de ce qui se fait ailleurs en Australie. Le soir, on se délecte de fish & chips, de burgers au saumon et on commence une dégustation en règles de bières et de cidres locaux.

Une des bâtisses ancienne typique de Battery Point, quartier historique d’Hobart (Photo Joris Bertrand)

Une des bâtisses anciennes typiques de Battery Point, quartier historique d’Hobart (Photo Joris Bertrand)

Jour 2: Bruny Island…

Le deuxième jour, on a met le cap sur Bruny Island, du nom d’une personnalité française célèbre. C’est le monsieur à qui Louis XVI avait commandé de monter une expédition pour partir à la recherche d’un autre explorateur de l’époque, La Pérouse, duquel on était sans nouvelles. Pour s’y rendre, on a pris un bus, un ferry puis à nouveau un bus avant de longer une partie des côtes avec un autre petit bateau. D’un côté, j’étais un peu déçu de ne pas avoir pu m’arrêter plus souvent pour prendre le temps de faire plus de photos des paysages de l’île tant ils étaient somptueux de simplicité et encensés par la lumière perçante d’un ciel de traîne. Les latitudes y sont des plus australes mais l’eau y est d’un bleu, à peine imaginable dans les plus tropicaux des lagons.

Voici à quel point l’eau est bleue sur Bruny Island (Photo Joris Bertrand)

Voici à quel point l’eau est bleue sur Bruny Island (Photo Joris Bertrand)

Là sur les rochers, les otaries à fourrures se pavanent pendant qu’en regardant vers le large, on voit les fous tailler leur route et peut-être plus loin encore, les albatros. Sur le retour, une troupe de dauphins nous accorde un petit peu de rêve en narguant toutes les lentilles braquées sur eux, de part et d’autre de l’embarcation.

Une vie de phoque… (Photo Joris Bertrand)

Une vie de phoque… (Photo Joris Bertrand)

Le soir en rentrant sur Hobart, on déguste des breuvages qu’on avait volontairement gardés pour les jours suivants. La distillerie Lark produit une sorte de gin, de la vodka et bien sûr du whisky. Je ne suis pas connaisseur des deux premiers élixirs mais les whiskies méritaient vraiment le détour. J’en profite, car compte-tenu de leur volume de production annuel, la bouteille n’est déjà pas donnée sur place. Ils exportent un petit peu vers le reste de l’Australie, mais j’imagine que leurs produits sont beaucoup moins abordables en France…

Depuis, l’intérieur de la distillerie Lark (Photo Joris Bertrand)

Depuis, l’intérieur de la distillerie Lark (Photo Joris Bertrand)

Jour 3: Bizarreries locale…

Le troisième jour est l’occasion de l’écarter un peu de la ville. Nous mettons le cap vers le Bonorong Wildlife Sanctuary pour découvrir la faune locale. Habituellement, je n’aime pas trop publier de photographies montrant des animaux en captivité. Mais je me permets de déroger un peu à ma règle dans la mesure où cette réserve naturelle a pour mission de soigner des animaux indigènes dans le but de les relâcher un jour dans leur milieu naturel. Cet endroit constitue donc l’occasion d’observer des animaux endémiques de la Tasmanie tels que le quoll, le pademelon, le bettong et bien évidemment le fameux diable de Tasmanie. En plus de ces bestioles dont les noms exotiques vous sont peut-être inconnus, il est aussi possible de côtoyer des animaux « à poche » plus conventionnels tels que des kangourous, des wombats ou encore des koalas.

Taz… En vrai! (Photo Joris Bertrand)

Taz… En vrai! (Photo Joris Bertrand)

Affichée ça et là, on trouve également une image en Noir & Blanc dont la mauvaise qualité suggère qu’elle est ancienne. C’est une photo du Thylacine, cet animal ressemblant grossièrement à un loup, dont l’arrière train est rayé, un peu comme un tigre et qui pourtant était un marsupial comme la plupart de ses proches cousins, les autres mammifères australiens. Il pourrait évoquer une créature des temps anciens, mais le dernier spécimen s’est en fait éteint non loin d’ici, au zoo d’Hobart, en 1936. S’il y a bien quelques mammifères placentaires indigènes en Australie, la quasi-totalité sont donc des marsupiaux (et possèdent une poche) à l’exception… de ceux qui pondent des œufs… Et je dois dire que cet amoureux des bêtes que je suis a ressenti un brin d’émotion quand il s’est retrouvé en face de ce genre de bizarrerie qu’est l’échidné… Tout recouvert de piquants, il pourrait rappeler un porc-épic, ou à la grande rigueur un hérisson. Pourtant ces deux derniers animaux nous sont plus apparentés que nous ne le sommes tous de l’échidné, lointain cousin de tous les autres mammifères vivant encore sur cette terre (à l’exception de l’ornithorynque).

Bête à poils qui pond des oeufs (Photo Joris Bertrand)

Bête à poils qui pond des oeufs (Photo Joris Bertrand)

Mais arrêtons ici l’exposé d’S.V.T. pour se concentrer vers une autre bizarrerie de la capitale tasmanienne: le Mona. Ce musée d’art contemporain dont la thématique consiste dans les grandes lignes à mettre à l’honneur le sexe et la mort correspond à un délire de milliardaire qui n’a pas lésiné sur les moyens pour mettre sur pied son projet. Juste pour ça, ce musée mérite d’être visité. On s’y rend sur une sorte de bateau à la décoration type camouflage militaire un peu psychédélique et comportant un bar. On arrive dans cet énorme édifice en grande partie souterrain qu’est le musée, et on peut déambuler dans ce labyrinthe, lui aussi comportant un bar. Le soir, on regagne la cité et on se régale une fois de plus des produits de la mer.

Le bateau permettant de s’y rendre est un peu à l’image du reste du musée… Bizarre (Photo Joris Bertrand)

Le bateau permettant de s’y rendre est un peu à l’image du reste du musée… Bizarre (Photo Joris Bertrand)

Jour 4: Au Mont Wellington: une vue à couper le souffle mais un vent à décorner les bœufs…

Le dernier jour, nous nous rendons au Mont Wellington (ou Kunayi) qui domine l’agglomération du haut de ses 1271 mètres. En haut, la vue sur la baie très découpée d’Hobart est à couper le souffle. Mais un vent qui a tout ce qu’on pourrait qualifier d’antarctique nous incite à écouter nos contemplations. Les quelques centaines de mètres de dénivelé négatif qui nous attendent sont équivalent à un voyage latitudinal de plusieurs milliers de kilomètres. En à peine deux heures de marche, on passe d’une sorte de toundra à une lande arbustive avant de regagner une forêt d’abord sèche puis de plus en plus luxuriante jusqu’à évoquer des sortes de jungles jurassiques pleines de fougères arborescentes. L’après-midi sera l’occasion de quelques dernières flâneries en ville avant de regagner l’aéroport pour rentrer sur Sydney.

Vers le sommet du Mt Wellington (Photo Joris Bertrand)

Vers le sommet du Mt Wellington (Photo Joris Bertrand)

Hobart est donc, à n’en point douter une des, si ce n’est, la ville la plus « européenne » d’Australie. Tout y est à la fois dépaysant mais en demeurant à taille humaine et nous y avons donc passé un séjour très agréable. Pourvu que ce petit coin de bout du monde conserve lui aussi le plus longtemps possible cette quiétude qu’il mérite tout en sachant trouver le juste milieu entre développement touristique et durabilité. C’est visiblement à ça que les tasmaniens aspirent, et ils semblent mettre tout en œuvre pour y arriver. Cette ville du bout du monde est des plus accueillantes et gagne vraiment à être connue. D’ailleurs si l’Aurora Australis, imposant brise-glace, n’était pas là amarré dans le port, la douceur de vivre qui semble émaner d’Hobart nous ferait presque oublier que ce port fait partie des dernières bases arrières sur lesquelles la civilisation peut compter avant de franchir la porte des quarantièmes rugissants et des cinquantièmes hurlants qui mènent jusqu’à l’Antarctique, là-bas, plein Sud…

L’Aurora australis, dans le port d’Hobart (Photo Joris Bertrand)

L’Aurora australis, dans le port d’Hobart (Photo Joris Bertrand)

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3 réflexions sur “Hobart, petit bout de Tassie…

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