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Ces photos qui ne représentent rien…

L’autre jour, en parcourant ma photothèque, je me suis fait la réflexion qu’il était assez peu fréquent que mes photos ne comportent aucun sujet clairement identifiable, à l’exception de mes photos de paysages, et encore… J’ai donc remonté chronologiquement ma galerie personnelle en vue de constituer une petite collection de ce type d’images. Mais avant de vous la présenter, j’ai essayé de retracer les causes de cette habitude photographique personnelle. Car si pour des raisons évidentes, beaucoup de photographes ont toujours un sujet identifiable sur chacune de leur photos, beaucoup savent également se laisser aller, en tout cas mieux que moi, à des compositions plus abstraites mettant en avant des formes et des textures. Parmi ces gens là, on trouve en premier lieu les macrophotographes, même amateurs.

La macro et moi…

J’aime bien la macro et j’ai un objectif dédié à ça qui est relativement performant, mais je franchis pourtant rarement le rapport 0.5:1, à part quand c’est pour m’amuser à quelques expériences inédites. Souvenez-vous par exemple de mes posts sur la macro dans la nature (ici), dans mon appartement (ici), ou sur l’utilisation d’une combinaison pancake/grand-angle (ici) ou 50 mm (ici) couplé à une ou plusieurs bagues allonges. Vous pouvez aussi lire ou relire les articles que j’avais rédigé sur la macro si d’aventure l’expression « rapport 1:1 » ne vous évoquait pas grand-chose (ici et ici). J’ai toujours envie de me mettre plus sérieusement à la macro. Pourtant, le temps passe sans que je m’y emploie vraiment. Ainsi, c’est sans doute un des domaines de la photographie dans lequel j’ai le moins progressé. La macro est sans doute une discipline trop techniquement contraignante et par conséquent, moins exaltante pour l’impatient que je suis que ne le sont d’autres types de pratiques photographiques. Ensuite, j’ai du mal à être pleinement enthousiaste vis-à-vis de la macro parce que je suis peut-être très classique et que j’ai besoin d’un sujet dans mes photos pour me sentir un peu artiste. Passer du temps dans la réalisation d’images abstraites, la lentille frontale collée au décor, ne me stimule donc pas tant que ça. Je n’associe pas macro à absence de sujet pour autant mais force est de constater que c’est une discipline de choix pour explorer des pistes abstraites. Par exemple, certains photographes réalisent des livres entiers qui ne comportent que des photos d’écorce d’arbre, et en plus, c’est beau, alors que j’aurais du mal, ne serait-ce que de me lancer dans une telle entreprise. Alors d’où vient cette obsession persistante de faire apparaître un sujet sur l’immense majorité de mes images?

Quand le novice de la photo animalière apprend à « dézoomer »…

C’est sans doute le résultat de mon intérêt certain pour la photo animalière qui m’a historiquement poussé, et me pousse encore, à intégrer un sujet dans chacune de mes compositions. Pourtant, il me paraît intéressant de nuancer un peu cette quête de l’omniprésence du sujet. Au fur et à mesure de sa progression, le photographe animalier apprend à dézoomer et à adopter de manière plus décomplexée des cadrages plus larges. C’est par exemple ce que j’ai essayé de faire ici, ici, ici, ou encore ici. La première raison que je vois à cela, c’est tout simplement que le photographe apprend à mieux composer. Il n’hésite pas à décentrer son sujet, à considérer l’environnement de celui-ci comme une deuxième composante primordiale pour l’harmonie de la photo. Les compositions sont donc souvent de plus en plus aérées et font la part belle à un sujet, certes, mais dans un environnement qui lui est propre. Dans le même temps, le photographe comprend que la proximité avec son sujet n’est donc pas nécessairement un gage de réussite pour toutes les raisons mentionnées ci-dessus. En dépit de notre instinct de « petit chasseur » qui nous pousse à nous approcher toujours au plus près de l’animal sauvage, on relativise donc avec moins de difficulté, l’existence de distances réalistes auxquelles il sera bénéfique de travailler compte-tenu des focales que possèdent la plupart des photographes amateurs (jusqu’à 300 mm?) avant que son sujet ne prenne la poudre d’escampette. La photo de mon renard prenant la fuite dans la campagne aveyronnaise en est un bon exemple (ici). En ce qui me concerne, c’est vraiment une progression que j’ai ressenti et je pense que je n’aurais pas appris à composer mes images aussi consciemment si j’avais d’entrée de jeu pu compter sur un 150-600 mm, comme ça aurait pu être le cas si je débutais aujourd’hui en animalier. Malgré cela, l’envie d’aller toujours au plus près de mon sujet est tenace et je suis persuadé qu’elle persisterait, quand bien même je me verrais offrir une focale de 500 ou un 600 mm bien lumineuse…

Quand le photographe de paysage apprend à ré-intégrer des sujets…

Le sentiment général est un peu opposé en photographie de paysage (au sens large). Longtemps, j’ai privilégié des paysages épurés sur lesquels ne devaient apparaître qu’un minimum d’indices de présence humaine (par exemple, ici, ici, ici ou encore ici). Aujourd’hui, c’est toujours ce que je recherche dans la plupart des cas, mais je crois être devenu bien moins extrémiste en la matière. En effet, la présence d’un sujet humain au milieu d’un paysage grandiose n’est pas systématiquement à considérer comme une vulgaire souillure car cette personne a probablement une bonne raison d’être là, dans le cadre, à ce moment bien précis. Si je suis toujours trop pudique pour faire apparaître clairement les expressions faciales d’un inconnu, ou de quelqu’un qui me soit familier sur une photo que j’envisage de partager, j’ai de moins en moins de mal à faire apparaître en ombre chinoise, de dos, ou avec un léger filé, les acteurs naturels de la scène (par exemple ici, ici, ici, ou ici). Souvent, ça enrichit la photo en terme de signification plus que ça ne la gâche. Et puis bien sûr, j’ai mis l’emphase sur les sujets humains mais le terme sujet ne doit en rien exclure les objets qui se détacheraient de la composition et seraient là, à la fois pour attirer le regard et donner son sens à une photo. A ce titre, l’utilisation d’un grand-angle est un très bon moyen de jouer sur les différents plans et travailler sur cette relation sujet/décor.

 Et les photos « sans sujet » dans tout ça?

En résumé, le titre de cet article n’a aucun sens car ce n’est certainement pas parce qu’une photo ne représente rien de concret qu’elle n’évoque rien. Mais ce titre un peu provocateur était un moyen comme un autre de susciter quelques interrogations et éventuellement une réaction chez mes lecteurs potentiels. Passé ma petite dissertation sur l’importance ou non d’avoir un sujet bien identifiable dans ses photos, je vous propose sans plus tarder une petite série. Toutes ces photos ont été prises comme ça au fil de l’eau au cours de l’année écoulée et témoignent de petits moments où, contrairement à mes habitudes, je me suis en quelques sortes, délibérément « focalisé » sur une absence de sujet…

Ridules dans le sable boueux d’une mangrove sur une plage du Tropical North Queensland (Photo Joris Bertrand)

Ridules dans le sable boueux d’une mangrove sur une plage du Tropical North Queensland (Photo Joris Bertrand)

Détail d’une rampe métallique, juste après l’averse (Photo Joris Bertrand)

Détail d’une rampe métallique, juste après l’averse (Photo Joris Bertrand)

Vitraux au plafond de la National Gallery of Victoria, Melbourne, Australie (Photo Joris Bertrand)

Vitraux au plafond de la National Gallery of Victoria, Melbourne, Australie (Photo Joris Bertrand)

Pavage naturel, dans le Parc National de Kuring Gai, Nouvelle-Galles du Sud, Australie (Photo Joris Bertrand)

Pavage naturel, dans le Parc National de Kuring Gai, Nouvelle-Galles du Sud, Australie (Photo Joris Bertrand)

Traces laissées par une larve de papillon sur l’écorce d’un Eucalyptus dans le Parc National de Kuring Gai, Nouvelle-Galles du Sud, Australie (Photo Joris Bertrand)

Traces laissées par une larve de papillon sur l’écorce d’un Eucalyptus dans le Parc National de Kuring Gai, Nouvelle-Galles du Sud, Australie (Photo Joris Bertrand)

Formes circulaires dans la roche du bord de mer, Parc National de Kuring Gai, Nouvelle-Galles du Sud Australie (Photo Joris Bertrand)

Formes circulaires dans la roche du bord de mer, Parc National de Kuring Gai, Nouvelle-Galles du Sud Australie (Photo Joris Bertrand)

Détails de la toiture de l’Opéra de Sydney (Photo Joris Bertrand)

Détails de la toiture de l’Opéra de Sydney (Photo Joris Bertrand)

Décorations de Noël, au Queen Victoria Building, Sydney, Australie (Photo Joris Bertrand)

Décorations de Noël, au Queen Victoria Building, Sydney, Australie (Photo Joris Bertrand)

Reliques d’arbres brûlés au milieu d’une forêt régénérée en Tasmanie (Photo Joris Bertrand)

Reliques d’arbres brûlés au milieu d’une forêt régénérée en Tasmanie (Photo Joris Bertrand)

Section transversale d’un tronc de fougère arborescente (Photo Joris Bertrand)

Section transversale d’un tronc de fougère arborescente (Photo Joris Bertrand)

Avant que le ciel se déchaine, sur la plage de Manly, région de Sydney (Photo Joris Bertrand)

Avant que le ciel se déchaine, sur la plage de Manly, région de Sydney (Photo Joris Bertrand)

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