Expériences photographique

Personnalités animales (première partie)

Voilà pas mal de temps déjà que je voulais consacrer une paire de posts au portrait (animalier). Mais j’ai eu un peu de mal à me motiver pour me lancer dans la rédaction de ces articles car je ne savais pas trop sous quel angle introduire le sujet. C’est désormais chose faite depuis que j’ai eu l’occasion de m’essayer à une séance de portrait de mouettes bien particulière. Rien de bien excitant a priori, je vous l’accorde. En Australie comme ailleurs, ces animaux sont très répandus sur le littoral et ils ont souvent mauvaise réputation. Photographier des mouettes, c’est prendre le risque de vous faire railler par vos confrères photographes animaliers qui préfèreront au commun des laridés, des animaux plus farouches, et d’une manière générale, « plus nobles » à leurs yeux… Car si ces gens ne manquent pas d’imagination pour anoblir leur animal fétiche, quitte à tomber dans une affligeante banalité, peu seront enclins à s’enorgueillir d’avoir su capturer l’intimité de la princesse du reste de papier gras de fish & chips, de la reine du « crépissage » de pare-brise ou encore de la duchesse à la complainte éraillée… C’est là que le jugement des photographes animaliers risque d’ailleurs de rejoindre l’opinion générale: pourquoi aller photographier ces « rats volants » que sont les mouettes…

Avant toute chose, je précise que mon shooting n’avait absolument rien de prémédité. Ce jour là, nous avions prévu une balade côtière à l’écart de la foule et si j’avais emporté avec moi le téléobjectif, c’était plutôt pour me mettre du mérion ou du méliphage dans la lentille. Et puis à l’issue de notre randonnée, nous avons quand même pris le temps de se poser un petit moment à Manly, l’une des plages principales de Sydney. Cette plage est très fréquentée le week-end et le spot est très prisé des surfeurs. La première difficulté, consiste donc à avoir l’audace de dégainer son 300 mm F/4 au milieu d’une foule en maillot de bain sans avoir peur de passer pour un pervers solitaire. Bien sûr on peut faire du portrait avec des optiques plus discrètes, et dans une certaine mesure, plus appropriées pour l’exercice. Mais ce jour là, je n’avais que ça sous la main et je pouvais de toute façon compter sur ma compagne en guise de couverture (pour me prémunir contre le côté pervers). Cela étant dit, on avait quand même tendance à passer pour des gens « atypiques » avec nos gros godillots et notre panoplie de randonneur là où tout le monde avait l’air de préférer les tongs et des tenues plus légères. Et pour finir, l’occasion qui a fait le larron, c’était une petite bande de mouettes argentées (Larus novaehollandiae) qui se reposaient tout en faisant un brin de toilette à quelques mètres de nous.

Mettons nous en situation: petit plan d’ensemble pour dresser le tableau de ce que je viens de vous expliquer ci-dessus (Photo Joris Bertrand)

Mettons nous en situation: petit plan d’ensemble pour dresser le tableau de ce que je viens de vous expliquer ci-dessus (Photo Joris Bertrand)

Personnalité animale?

Je ne doute pas que les animaux puissent présenter une sorte d’humeur variable et une personnalité. Il existe une variabilité inter-individuelle qui fait que certains sujets sont plus ou moins farouches, plus ou moins agressifs entre eux… La principale difficulté pour le photographe, c’est d’arriver à retranscrire dans ses photos, ce qui pourrait passer pour l’expression d’une attitude qui nous évoque quelque chose de plus ou moins fort. Ce ressenti peut sans aucun problème passer la barrière des espèces. Ainsi, il n’est pas nécessaire de prouver que les expressions faciales et la gestuelle d’animaux qui nous sont assez proches (par exemple des chiens et des chats) ou encore des primates sauront susciter chez nous des émotions. On peut aussi naturellement penser que la communication passera moins efficacement quand on s’intéressera à des animaux qui nous sont moins apparentés, soit parce que les signaux de communications sont tout simplement trop différents de sorte que nous ne pouvons pas les capter, soit parce que nous les décryptons d’une manière qui nous semble cohérente, mais qui est potentiellement éloignée de la réalité. C’est un peu le cas chez les oiseaux pour lesquels il nous est impossible de capter un sourire ou de lire une émotion dans les fossettes du visage. Mais peut-on pour autant retranscrire, ou croire retranscrire des attitudes auxquelles on est sensibles?

Verdict

En fait, j’ai l’impression que oui, et ce quand bien même on ne cherche pas à tout prix à retranscrire le fruit d’une interaction explicite entre deux sujets. Chez les mouettes, je fais allusions aux sortes de parades d’intimidations, tête basculée en avant ou en arrière en poussant leur insupportable cri saccadé… Je vous propose donc une petite sélection d’image en mentionnant ce qu’elles m’ont évoqué…

Celle-ci a l’air de s’être levée de la patte gauche ce matin (Photo Joris Bertrand)

Celle-ci a l’air de s’être levée de la patte gauche ce matin (Photo Joris Bertrand)

Visiblement agacée par ma présence (Photo Joris Bertrand)

Visiblement agacée par ma présence (Photo Joris Bertrand)

Un peu pataude et avec un regard nigaud (Photo Joris Bertrand)

Un peu pataude et avec un regard nigaud (Photo Joris Bertrand)

Appliquée à la tâche… (Photo Joris Bertrand)

Appliquée à la tâche… (Photo Joris Bertrand)

"Hey! vous là-bas!” (Photo Joris Bertrand)

« Hey! vous là-bas!” (Photo Joris Bertrand)

Et une dernière pour la route, façon Flamenco (Photo Joris Bertrand)

Et une dernière pour la route, façon Flamenco (Photo Joris Bertrand)

Bilan

Au final, je me suis pris au jeu et j’ai vraiment passé un bon moment en compagnie de ces volatiles aux yeux maquillés. Techniquement parlant, il n’y a d’ailleurs pas de difficulté majeure à part le fait d’arriver à effectuer une mise au point précise. Utiliser une longue focale à grande ouverture avec un éloignement du sujet proche de la distance de mise au point minimale de l’objectif procure parfois un peu de déchet. Dans ces cas là, je n’hésite pas à débrayer l’autofocus pour pouvoir ajuster manuellement la mise au point exactement où je le veux. Sur des sujets aussi conciliants, ça ne pose généralement pas de problèmes.

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Une réflexion sur “Personnalités animales (première partie)

  1. Pingback: Personnalités animales (deuxième partie) | La Nature Des Images

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