Expériences photographique

L’affût à la mangeoire

J’ai commencé à écrire cet article à la fin de l’année 2016 mais j’ai un peu tardé à le finir pour diverses raisons. Je pensais avoir l’occasion d’étoffer un peu ma photothèque en profitant de quelques séances d’affut à la mangeoire dans le but de pouvoir plus richement illustrer mon propos. Mais ça n’a pas été le cas. Et puis il n’y a aucune honte à confesser que je ne suis de manière générale pas un grand fan de l’exercice. Pourtant, photographier à l’affût à la mangeoire est un formidable moyen pour progresser et obtenir sans gros efforts des résultats qui peuvent être bons, voire très bons. Ce que je vous propose aujourd’hui, c’est un petit retour d’expérience sur quelques séances d’affût à la mangeoire, qui même après plusieurs années, sont toujours gravées quelque part dans ma mémoire.

L’affût “fixe”: quelles précautions prendre?

En vous documentant à droite à gauche, vous pourrez sans doute lire qu’afin de s’assurer que nos sujets seront bien au rendez-vous le jour “j », il faut bien veiller à ne pas trop perturber les habitudes des oiseaux. On vous suggère donc de commencer à positionner votre affût des jours, voire des semaines à l’avance. Certains photographes vont même jusqu’à conseiller de laisser dépasser de l’affût, et ce, dès l’installation, le cul d’une bouteille en verre afin que la gent ailée des environs consente à se laisser épier par la lentille frontale de votre objectif lors de la véritable séance de prise de vue. Toutes ces précautions sont sans doute bonnes à prendre mais elles seront en réalité d’une utilité limitée avec l’avifaune de votre jardin. Certaines des photos illustrant cet article ont été effectuées depuis un affût « digne de ce nom »: une tente-affût Tragopan (ancienne version: la 2). Ceci dit, je ne l’avais installé que quelques minutes seulement avant la séance et après un petit moment d’hésitation, tout le monde, intrépides petites mésanges bleues en tête, n’a pas hésité à assurer la razzia quotidienne sur les graines de tournesol… Même le claquement du miroir ne semblait pas déranger les oiseaux outre mesure alors que j’étais pourtant très près: quasiment à la distance minimale de mise au point de l’EF 300 mm F/4L IS USM (soit environ 1,5 m). Sur l’image ci-dessous, la minuscule mésange est si proche que j’ai bien du mal à la faire tenir dans le cadre… C’est dans ces moments qu’on regrette un peu de ne pas avoir un télézoom qui puisse permettre de cadrer un peu plus large (comme un 70-200, un 100-400 ou un 150-600).

Opter pour une composition un minimum aérée en respectant la règle des tiers et sans couper son sujet relève parfois de la mission impossible (Photo Joris Bertrand)

Opter pour une composition un minimum aérée en respectant la règle des tiers et sans couper son sujet relève parfois de la mission impossible (Photo Joris Bertrand).

Bien sûr, tout cela ne signifie pas qu’on à le droit de faire n’importe quoi pour autant et il faut garder à l’esprit qu’un mouvement de panique fera brûler de précieuses calories aux oiseaux, en particulier lors d’une glaciale matinée d’hiver… Ne serait-ce que par défit personnel, photographions donc les oiseaux de notre jardin avec la même méticulosité qu’on pourrait témoigner au plus sauvage des galliformes de montagne.

Les affûts “à l’arrache”: tout ce qui casse la silhouette humaine peut faire office d’affût

Dans la mesure du possible, autant effectuer sa séance de prise de vue depuis un vrai affût. Mais si vous n’en possédez pas et que vous n’avez pas l’opportunité de vous en improviser un, rien n’est perdu. Sur l’ancienne réalisation ci-dessous, qui compte d’ailleurs parmi mes premières réussites en affût, ma planque était carrément de type « Renault Express (de couleur blanche…)”. Ce jour là, j’avais en effet utilisé la voiture de mon grand-père en guise de cachette. Je m’étais confortablement installé sur le siège (côté conducteur) en entrouvrant la vitre sur laquelle j’avais simplement disposé une serviette de toilette (bleue, si ma mémoire est exacte) pour dissimuler mes mouvements à l’intérieur de l’habitacle. Certes, c’était la voiture qui était habituellement stationnée à proximité de la mangeoire, mais je ne suis pas sûr que cet élément ait été déterminant. Ce que je veux dire par là, c’est que je pense que n’importe quel véhicule peut faire office de poste d’affût. Passez donc davantage de temps à positionner cet affût de façon judicieuse en pensant à la distance de vos sujets pour cadrer correctement selon votre matériel. Pensez aussi à l’esthétique de l’arrière-plan et prenez en compte la course du soleil pour faire en sorte d’avoir un éclairage adéquat lors de la séance de prise de vue. Si vous souhaitez obtenir un peu plus de détails sur les conditions de prises de vue de cette image, je vous renvois à l’image racontée que j’avais rédigé à son sujet.

Sitelle torchepot (Sitta europea) dans une attitude caractéristique (Photo Joris Bertrand)

Sitelle torchepot (Sitta europea) dans une attitude caractéristique (Photo Joris Bertrand)

Que la proximité ne fasse pas oublier l’esthétisme!

Vous avez à peu près toutes les chances pour que vos sujets soient au rendez-vous ce jour là, donc concentrez-vous sur tout le reste. D’abord, un petit shooting à la mangeoire sera généralement un bon entraînement pour les nerfs. Apprenons à ne pas déclencher de manière frénétique à chaque fois que ça s’agite dans le viseur. A la place, déclenchons avec parcimonie et attendons d’avoir un petit peu assuré la composition avant de le faire. Bien sûr, les petits oiseaux bougent vite et vous aurez pas mal de déchet, mais ce n’est pas grave. Trop déclencher c’est prendre le risque de vous retrouver avec pléthore d’images de qualité moyenne et toutes identiques les unes aux autres (ce qui a tendance à être décourageant lors de la phase de tri et de retouche). En plus de la composition, il faut travailler la mise au point et l’esthétique. A un enchevêtrement de branches, il faut donc préférer des arrières-plans plus aérés. Je ne dis pas que les branchages ne peuvent pas servir une composition mais pour que ça fonctionne, il faut soit que leur présence dans le cadre se limite à un perchoir, soit au contraire qu’ils occupent de façon homogène le cadre. Dans la réalité, on se retrouvera souvent avec une situation un peu entre-deux qui sera moins esthétique. On peut aussi mentionner que la présence de la mangeoire, d’un perchoir, ou pire, d’un filet de boule de graisse dans le cadre donnera bien souvent un rendu dégueulasse. A ce sujet, il faut croire que les fabricants de boules de graisses se sont ligués contre les photographes en proposant généralement des filets vert ou jaune bien flashy. Heureusement qu’il est possible d’atténuer tout ça en appliquant une désaturation de cette couleur dans un logiciel de retouche (comme je l’avais fait pour la photo présentée dans l’édito 2017).

L’éclairage fait aussi partie des ingrédients du succès. En général, les photos sur lesquelles le corps et plus particulièrement la tête de l’oiseau (surtout quand la lumière laisse apparaître un petit éclat dans l’oeil) permettent de bien mettre en valeur le sujet. Les conditions météorologiques et l’heure de la prise de vue seront donc des éléments à prendre en considération.

Enfin, qui dit composition et arrière-plan dit profondeur de champ. A priori on serait tentés de shooter tout à pleine ouverture pour voir notre sujet se détacher de son environnement. C’est une bonne idée mais c’est à double-tranchant. Dans mon cas, shooter à pleine ouverture avec un 300 mm F/4 à la distance minimale de mise au point revient à avoir une zone de netteté de l’ordre de 5 mm! Dans ces conditions, il est bien difficile d’assurer la mise au point sur le regard de l’animal… J’aurais donc pu tomber à F/5.6, voire F/8 pour étendre la profondeur de champ sans affecter le moins du monde la qualité du bokeh quitte à monter un peu en ISO. De la même manière, shooter au 1/1000 s ou plus rapide permettra de figer avec plus de réussite le mouvement des oiseaux.

La profondeur de champ est très courte, les détails de la mangeoire sont dans le cadre mais le bokeh estompe un peu le tout (Photo Joris Bertrand).

La profondeur de champ est très courte, les détails de la mangeoire sont dans le cadre mais le bokeh estompe un peu le tout dans ce portait de mésange charbonnière (Photo Joris Bertrand).

Voilà donc pour un petit témoignage que j’aurais peut-être l’occasion d’étayer avec d’autres images très bientôt. En attendant et si ce n’est pas déjà fait, n’hésitez pas vous aussi à profiter de la saison hivernale pour installer un coin mangeoire dans votre jardin et tenter l’expérience!

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