Expériences photographique

L’affût à la mangeoire

J’ai commencé à écrire cet article à la fin de l’année 2016 mais j’ai un peu tardé à le finir pour diverses raisons. Je pensais avoir l’occasion d’étoffer un peu ma photothèque en profitant de quelques séances d’affut à la mangeoire dans le but de pouvoir plus richement illustrer mon propos. Mais ça n’a pas été le cas. Et puis il n’y a aucune honte à confesser que je ne suis de manière générale pas un grand fan de l’exercice. Pourtant, photographier à l’affût à la mangeoire est un formidable moyen pour progresser et obtenir sans gros efforts des résultats qui peuvent être bons, voire très bons. Ce que je vous propose aujourd’hui, c’est un petit retour d’expérience sur quelques séances d’affût à la mangeoire, qui même après plusieurs années, sont toujours gravées quelque part dans ma mémoire.

L’affût “fixe”: quelles précautions prendre?

En vous documentant à droite à gauche, vous pourrez sans doute lire qu’afin de s’assurer que nos sujets seront bien au rendez-vous le jour “j », il faut bien veiller à ne pas trop perturber les habitudes des oiseaux. On vous suggère donc de commencer à positionner votre affût des jours, voire des semaines à l’avance. Certains photographes vont même jusqu’à conseiller de laisser dépasser de l’affût, et ce, dès l’installation, le cul d’une bouteille en verre afin que la gent ailée des environs consente à se laisser épier par la lentille frontale de votre objectif lors de la véritable séance de prise de vue. Toutes ces précautions sont sans doute bonnes à prendre mais elles seront en réalité d’une utilité limitée avec l’avifaune de votre jardin. Certaines des photos illustrant cet article ont été effectuées depuis un affût « digne de ce nom »: une tente-affût Tragopan (ancienne version: la 2). Ceci dit, je ne l’avais installé que quelques minutes seulement avant la séance et après un petit moment d’hésitation, tout le monde, intrépides petites mésanges bleues en tête, n’a pas hésité à assurer la razzia quotidienne sur les graines de tournesol… Même le claquement du miroir ne semblait pas déranger les oiseaux outre mesure alors que j’étais pourtant très près: quasiment à la distance minimale de mise au point de l’EF 300 mm F/4L IS USM (soit environ 1,5 m). Sur l’image ci-dessous, la minuscule mésange est si proche que j’ai bien du mal à la faire tenir dans le cadre… C’est dans ces moments qu’on regrette un peu de ne pas avoir un télézoom qui puisse permettre de cadrer un peu plus large (comme un 70-200, un 100-400 ou un 150-600).

Opter pour une composition un minimum aérée en respectant la règle des tiers et sans couper son sujet relève parfois de la mission impossible (Photo Joris Bertrand)

Opter pour une composition un minimum aérée en respectant la règle des tiers et sans couper son sujet relève parfois de la mission impossible (Photo Joris Bertrand).

Bien sûr, tout cela ne signifie pas qu’on à le droit de faire n’importe quoi pour autant et il faut garder à l’esprit qu’un mouvement de panique fera brûler de précieuses calories aux oiseaux, en particulier lors d’une glaciale matinée d’hiver… Ne serait-ce que par défit personnel, photographions donc les oiseaux de notre jardin avec la même méticulosité qu’on pourrait témoigner au plus sauvage des galliformes de montagne.

Les affûts “à l’arrache”: tout ce qui casse la silhouette humaine peut faire office d’affût

Dans la mesure du possible, autant effectuer sa séance de prise de vue depuis un vrai affût. Mais si vous n’en possédez pas et que vous n’avez pas l’opportunité de vous en improviser un, rien n’est perdu. Sur l’ancienne réalisation ci-dessous, qui compte d’ailleurs parmi mes premières réussites en affût, ma planque était carrément de type « Renault Express (de couleur blanche…)”. Ce jour là, j’avais en effet utilisé la voiture de mon grand-père en guise de cachette. Je m’étais confortablement installé sur le siège (côté conducteur) en entrouvrant la vitre sur laquelle j’avais simplement disposé une serviette de toilette (bleue, si ma mémoire est exacte) pour dissimuler mes mouvements à l’intérieur de l’habitacle. Certes, c’était la voiture qui était habituellement stationnée à proximité de la mangeoire, mais je ne suis pas sûr que cet élément ait été déterminant. Ce que je veux dire par là, c’est que je pense que n’importe quel véhicule peut faire office de poste d’affût. Passez donc davantage de temps à positionner cet affût de façon judicieuse en pensant à la distance de vos sujets pour cadrer correctement selon votre matériel. Pensez aussi à l’esthétique de l’arrière-plan et prenez en compte la course du soleil pour faire en sorte d’avoir un éclairage adéquat lors de la séance de prise de vue. Si vous souhaitez obtenir un peu plus de détails sur les conditions de prises de vue de cette image, je vous renvois à l’image racontée que j’avais rédigé à son sujet.

Sitelle torchepot (Sitta europea) dans une attitude caractéristique (Photo Joris Bertrand)

Sitelle torchepot (Sitta europea) dans une attitude caractéristique (Photo Joris Bertrand)

Que la proximité ne fasse pas oublier l’esthétisme!

Vous avez à peu près toutes les chances pour que vos sujets soient au rendez-vous ce jour là, donc concentrez-vous sur tout le reste. D’abord, un petit shooting à la mangeoire sera généralement un bon entraînement pour les nerfs. Apprenons à ne pas déclencher de manière frénétique à chaque fois que ça s’agite dans le viseur. A la place, déclenchons avec parcimonie et attendons d’avoir un petit peu assuré la composition avant de le faire. Bien sûr, les petits oiseaux bougent vite et vous aurez pas mal de déchet, mais ce n’est pas grave. Trop déclencher c’est prendre le risque de vous retrouver avec pléthore d’images de qualité moyenne et toutes identiques les unes aux autres (ce qui a tendance à être décourageant lors de la phase de tri et de retouche). En plus de la composition, il faut travailler la mise au point et l’esthétique. A un enchevêtrement de branches, il faut donc préférer des arrières-plans plus aérés. Je ne dis pas que les branchages ne peuvent pas servir une composition mais pour que ça fonctionne, il faut soit que leur présence dans le cadre se limite à un perchoir, soit au contraire qu’ils occupent de façon homogène le cadre. Dans la réalité, on se retrouvera souvent avec une situation un peu entre-deux qui sera moins esthétique. On peut aussi mentionner que la présence de la mangeoire, d’un perchoir, ou pire, d’un filet de boule de graisse dans le cadre donnera bien souvent un rendu dégueulasse. A ce sujet, il faut croire que les fabricants de boules de graisses se sont ligués contre les photographes en proposant généralement des filets vert ou jaune bien flashy. Heureusement qu’il est possible d’atténuer tout ça en appliquant une désaturation de cette couleur dans un logiciel de retouche (comme je l’avais fait pour la photo présentée dans l’édito 2017).

L’éclairage fait aussi partie des ingrédients du succès. En général, les photos sur lesquelles le corps et plus particulièrement la tête de l’oiseau (surtout quand la lumière laisse apparaître un petit éclat dans l’oeil) permettent de bien mettre en valeur le sujet. Les conditions météorologiques et l’heure de la prise de vue seront donc des éléments à prendre en considération.

Enfin, qui dit composition et arrière-plan dit profondeur de champ. A priori on serait tentés de shooter tout à pleine ouverture pour voir notre sujet se détacher de son environnement. C’est une bonne idée mais c’est à double-tranchant. Dans mon cas, shooter à pleine ouverture avec un 300 mm F/4 à la distance minimale de mise au point revient à avoir une zone de netteté de l’ordre de 5 mm! Dans ces conditions, il est bien difficile d’assurer la mise au point sur le regard de l’animal… J’aurais donc pu tomber à F/5.6, voire F/8 pour étendre la profondeur de champ sans affecter le moins du monde la qualité du bokeh quitte à monter un peu en ISO. De la même manière, shooter au 1/1000 s ou plus rapide permettra de figer avec plus de réussite le mouvement des oiseaux.

La profondeur de champ est très courte, les détails de la mangeoire sont dans le cadre mais le bokeh estompe un peu le tout (Photo Joris Bertrand).

La profondeur de champ est très courte, les détails de la mangeoire sont dans le cadre mais le bokeh estompe un peu le tout dans ce portait de mésange charbonnière (Photo Joris Bertrand).

Voilà donc pour un petit témoignage que j’aurais peut-être l’occasion d’étayer avec d’autres images très bientôt. En attendant et si ce n’est pas déjà fait, n’hésitez pas vous aussi à profiter de la saison hivernale pour installer un coin mangeoire dans votre jardin et tenter l’expérience!

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Personnalités animales (deuxième partie)

Au mois de mai, j’avais consacré un premier article à un travail photographique visant à retranscrire des « personnalités animales ». Pour résumer, il en faut (parfois) peu pour être heureux… Ce jour là, j’avais passé de longues minutes à m’amuser à réaliser des portraits de mouettes sur une plage noire de monde, ou presque. Aujourd’hui, j’envisage de pousser un petit peu plus loin dans la recherche d’exemple, mais pour ce faire, il fallait d’abord que j’aille un peu fouiner dans ma photothèque. J’ai décidé de me focaliser sur deux types de modèles: les reptiles et les mammifères et une fois n’est pas coutume, toutes les images servant à illustrer cet article ont été prises sur des animaux en captivité (au Taronga Zoo de Sydney et au Zoo de Taipei). Les parcs zoologiques proposent des opportunités intéressantes pour apprendre à travailler ses portraits animaliers. Pensez-donc à ne pas simplement vous contenter de prendre votre Smartphone la prochaine fois que vous irez au zoo!

Chez les reptiles: qu’on cherche à faire sourire ou à faire peur, c’est plus une attitude qu’un trait de personnalité qu’on cherche à figer…

Les reptiles et autres amphibiens présentent souvent des attitudes qui nous font réagir sans nécessairement éveiller aucun sentiment d’empathie en nous pour autan. De ce que j’ai pu trouver en parcourant ma photothèque, je me rends compte que les reptiles et les amphibiens arborent souvent de bonnes bouilles qui prêtent à sourire là où les serpents éveillent en nous un sentiment de crainte, en faisant sans doute appel à un instinct ancestral bien ancré… Un petit air hautain, une grande bouche pleine de dents ou un air sournois, jugez plutôt…

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Chez les mammifères: on cherche à retranscrire des expressions qui nous évoquent quelques chose…

Koala prenant son très monotone repas (Photo Joris Bertrand).

Koala prenant son très monotone repas (Photo Joris Bertrand).

Chez les mammifères en général, on se retrouve en face d’attitudes qu’on sait directement interpréter, même chez les marsupiaux qui nous sont pourtant les moins directement apparentés. Une bouche béante, une tête penchée, un clin d’œil suffisent bien souvent à établir le premier contact et susciter un sentiment d’empathie.

 

Chez les primates en particulier, on fait même face à un éventail inédit d’attitudes que nous avons tout simplement envie de qualifier d’humaine. Bien souvent d’ailleurs les postures et les expressions faciales nous mettent mal à l’aise, et c’est tout particulièrement le cas chez les grands singes avec qui nous sommes les plus apparentés. Il m’est même personnellement déjà arrivé d’avoir dans un premier temps ajusté un Orang Outang au travers de l’oculaire avant de me raviser et de baisser l’appareil photo tant le regard que j’avais en face de moi était poignant et m’évoquait une sorte de détresse qu’aurait sans doute pu exprimer un être humain, injustement détenu.

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Faute de temps, je n’ai pas pu creuser davantage et je ne me suis par exemple pas replongé dans les exemples aviaires. Peut-être que je me repencherai prochainement sur ce sujet. En attendant, n’hésitez pas à faire part de vos expériences personnelles en la matière dans les commentaires!

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Revoir les Grands Causses (Partie 2)

Initialement, j’avais réservé ce titre au deuxième volet d’un premier article que j’avais rédigé lors d’un bref retour dans ma région d’origine à l’automne 2015. Mais en fait, je n’ai jamais pris le temps de boucler la série à ce moment là. Ca sera désormais chose faite, quelques six mois plus tard.

Les Grands Causses au printemps (Photo Joris Bertrand)

Les Grands Causses au printemps (Photo Joris Bertrand)

Autant lors de ma précédente venue, la nature entrait peu à peu en dormance, autant cette fois-ci, je retrouve les Grands Causses au beau milieu de leur explosion de vie annuelle. Cette année, l’arrivée du printemps aura été tardive et la saison aura été particulièrement fraîche et pluvieuse. Les paysages s’affichent comme une matrice verdoyante agrémentée d’une mosaïque florale colorée et abondante. L’herbe y est haute et quand le soleil donne, une impressionnante diversité d’insectes s’active en visitant une après l’autre, les milliers, que dis-je, les millions de corolles. Tout cela sans compter sur les impressionnantes densités d’Ophrys, qui se prennent pour des insectes et des autres orchidées qui depuis toujours me fascinent.

Un des nombreux butineurs de la friche (Photo Joris Bertrand)

Un des nombreux butineurs de la friche (Photo Joris Bertrand)

Partout où l’on sait prendre le temps de regarder attentivement, il est possible de surprendre les habitants des lieux. Au bord du chemin, les lapins détalent. Là dans la luzerne, émerge la silhouette d’un chevreuil et un peu plus loin, dans un près récemment fauchés, les renards parcourent inlassablement les andins se figeant soudainement avant de tenter d’assommer les rongeurs tapis dans la paille à l’issu d’un bond en avant. Au loin au dessus des friches, les busards virevoltent et les faucons crécerelles jouent les colibris géants. Un couple de circaètes parade avant de reprendre leur vol tranquille au dessus des coteaux arides. Et puis il y tout ce qui ne se voit pas forcement mais s’entend. Le feu s’artifice auditif est tel qu’il faut me faut parfois quelques instants pour associer les chants d’oiseaux, pour la plupart pas entendus depuis plus de deux ans au chanteur mystère. Alouettes lulu et des champs, rossignol et rouge-gorge, chardonneret élégant, linotte mélodieuse, serin cini, pouillot de Bonelli, bruants zizis et proyers, merle noir et grive musicienne… Cachées dans les buissons, quelques discrètes fauvettes méditerranéennes émettent leur cliquetis pendant qu’une pie-grièche écorcheur fait de même avec son nasillement avant de s’exhiber au sommet d’un prunelier. On discerne aussi par moment les chuintements légers des roitelets. Au loin, les répétitions du coucou semblent rythmer l’ensemble de la symphonie de la fin du mois de mai.

Renard sillonnant son territoire (Photo Joris Bertrand)

Renard sillonnant son territoire (Photo Joris Bertrand)

Un matin en déjeunant, je souriais en lisant l’édito du dernier Image & Nature qui résume pas mal l’état d’esprit dans lequel je suis à chaque fois que je retrouve ma région après des mois d’absence. Dans ce hors-série sur les jumelles, il est question de savoir parfois laisser le matériel photo à la maison pour profiter de ce que la nature a à nous offrir autrement qu’avec la finalité de sortir de belles images. C’est souvent une question que je me pose. Est-ce que je n’en profiterais pas plus si je laissais parfois le matériel photo à la maison en me contentant du simple matériel d’observation? Si je suis tout à fait d’accord sur le fait que les jumelles sont indispensables pour identifier formellement un oiseau ou décrypter en temps réel le comportement d’un plus gros mammifère lors d’une approche, je n’arrive tout simplement pas à ne pas faire suivre en parallèle un sac contenant au minimum mon boîtier, le téléobjectif et son multiplicateur de focale, l’objectif macro et un zoom grand angle. Les filets de camouflage, la tenue commando et autres poires de talc pour savoir d’où vient le vent m’apparaissent par contre comme totalement superflus dans ces conditions. De simples précautions consistant par exemple à ne pas porter de vêtements dont la couleur est plus claire que le sol ou à éviter les produits parfumés de la salle de bain avant la sortie suffisent bien souvent à approcher un renard ou un chevreuil à quelques mètres si les conditions sont réunies. La seule chose sur laquelle il n’est pas possible lésiner c’est d’être capable de se mettre à plat ventre dans l’herbe détrempée de rosée…

Cette année, les lapins sont plus nombreux (Photo Joris Bertrand)

Cette année, les lapins sont plus nombreux (Photo Joris Bertrand)

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Personnalités animales (première partie)

Voilà pas mal de temps déjà que je voulais consacrer une paire de posts au portrait (animalier). Mais j’ai eu un peu de mal à me motiver pour me lancer dans la rédaction de ces articles car je ne savais pas trop sous quel angle introduire le sujet. C’est désormais chose faite depuis que j’ai eu l’occasion de m’essayer à une séance de portrait de mouettes bien particulière. Rien de bien excitant a priori, je vous l’accorde. En Australie comme ailleurs, ces animaux sont très répandus sur le littoral et ils ont souvent mauvaise réputation. Photographier des mouettes, c’est prendre le risque de vous faire railler par vos confrères photographes animaliers qui préfèreront au commun des laridés, des animaux plus farouches, et d’une manière générale, « plus nobles » à leurs yeux… Car si ces gens ne manquent pas d’imagination pour anoblir leur animal fétiche, quitte à tomber dans une affligeante banalité, peu seront enclins à s’enorgueillir d’avoir su capturer l’intimité de la princesse du reste de papier gras de fish & chips, de la reine du « crépissage » de pare-brise ou encore de la duchesse à la complainte éraillée… C’est là que le jugement des photographes animaliers risque d’ailleurs de rejoindre l’opinion générale: pourquoi aller photographier ces « rats volants » que sont les mouettes…

Avant toute chose, je précise que mon shooting n’avait absolument rien de prémédité. Ce jour là, nous avions prévu une balade côtière à l’écart de la foule et si j’avais emporté avec moi le téléobjectif, c’était plutôt pour me mettre du mérion ou du méliphage dans la lentille. Et puis à l’issue de notre randonnée, nous avons quand même pris le temps de se poser un petit moment à Manly, l’une des plages principales de Sydney. Cette plage est très fréquentée le week-end et le spot est très prisé des surfeurs. La première difficulté, consiste donc à avoir l’audace de dégainer son 300 mm F/4 au milieu d’une foule en maillot de bain sans avoir peur de passer pour un pervers solitaire. Bien sûr on peut faire du portrait avec des optiques plus discrètes, et dans une certaine mesure, plus appropriées pour l’exercice. Mais ce jour là, je n’avais que ça sous la main et je pouvais de toute façon compter sur ma compagne en guise de couverture (pour me prémunir contre le côté pervers). Cela étant dit, on avait quand même tendance à passer pour des gens « atypiques » avec nos gros godillots et notre panoplie de randonneur là où tout le monde avait l’air de préférer les tongs et des tenues plus légères. Et pour finir, l’occasion qui a fait le larron, c’était une petite bande de mouettes argentées (Larus novaehollandiae) qui se reposaient tout en faisant un brin de toilette à quelques mètres de nous.

Mettons nous en situation: petit plan d’ensemble pour dresser le tableau de ce que je viens de vous expliquer ci-dessus (Photo Joris Bertrand)

Mettons nous en situation: petit plan d’ensemble pour dresser le tableau de ce que je viens de vous expliquer ci-dessus (Photo Joris Bertrand)

Personnalité animale?

Je ne doute pas que les animaux puissent présenter une sorte d’humeur variable et une personnalité. Il existe une variabilité inter-individuelle qui fait que certains sujets sont plus ou moins farouches, plus ou moins agressifs entre eux… La principale difficulté pour le photographe, c’est d’arriver à retranscrire dans ses photos, ce qui pourrait passer pour l’expression d’une attitude qui nous évoque quelque chose de plus ou moins fort. Ce ressenti peut sans aucun problème passer la barrière des espèces. Ainsi, il n’est pas nécessaire de prouver que les expressions faciales et la gestuelle d’animaux qui nous sont assez proches (par exemple des chiens et des chats) ou encore des primates sauront susciter chez nous des émotions. On peut aussi naturellement penser que la communication passera moins efficacement quand on s’intéressera à des animaux qui nous sont moins apparentés, soit parce que les signaux de communications sont tout simplement trop différents de sorte que nous ne pouvons pas les capter, soit parce que nous les décryptons d’une manière qui nous semble cohérente, mais qui est potentiellement éloignée de la réalité. C’est un peu le cas chez les oiseaux pour lesquels il nous est impossible de capter un sourire ou de lire une émotion dans les fossettes du visage. Mais peut-on pour autant retranscrire, ou croire retranscrire des attitudes auxquelles on est sensibles?

Verdict

En fait, j’ai l’impression que oui, et ce quand bien même on ne cherche pas à tout prix à retranscrire le fruit d’une interaction explicite entre deux sujets. Chez les mouettes, je fais allusions aux sortes de parades d’intimidations, tête basculée en avant ou en arrière en poussant leur insupportable cri saccadé… Je vous propose donc une petite sélection d’image en mentionnant ce qu’elles m’ont évoqué…

Celle-ci a l’air de s’être levée de la patte gauche ce matin (Photo Joris Bertrand)

Celle-ci a l’air de s’être levée de la patte gauche ce matin (Photo Joris Bertrand)

Visiblement agacée par ma présence (Photo Joris Bertrand)

Visiblement agacée par ma présence (Photo Joris Bertrand)

Un peu pataude et avec un regard nigaud (Photo Joris Bertrand)

Un peu pataude et avec un regard nigaud (Photo Joris Bertrand)

Appliquée à la tâche… (Photo Joris Bertrand)

Appliquée à la tâche… (Photo Joris Bertrand)

"Hey! vous là-bas!” (Photo Joris Bertrand)

« Hey! vous là-bas!” (Photo Joris Bertrand)

Et une dernière pour la route, façon Flamenco (Photo Joris Bertrand)

Et une dernière pour la route, façon Flamenco (Photo Joris Bertrand)

Bilan

Au final, je me suis pris au jeu et j’ai vraiment passé un bon moment en compagnie de ces volatiles aux yeux maquillés. Techniquement parlant, il n’y a d’ailleurs pas de difficulté majeure à part le fait d’arriver à effectuer une mise au point précise. Utiliser une longue focale à grande ouverture avec un éloignement du sujet proche de la distance de mise au point minimale de l’objectif procure parfois un peu de déchet. Dans ces cas là, je n’hésite pas à débrayer l’autofocus pour pouvoir ajuster manuellement la mise au point exactement où je le veux. Sur des sujets aussi conciliants, ça ne pose généralement pas de problèmes.

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Session grand-angle à l’opéra de Sydney…

Cette semaine, pas d’article à rallonge mais une petite série de photos en Noir & Blanc pour évoquer une de mes premières sorties avec mon ultra-grand-angle: le Tokina AT-X 11-16 mm F/2.8 Pro-II DX. Bien sûr, je partagerai sans doute avec vous un test un petit peu plus poussé une fois que je crois que je me serai fait une idée plus précise de la bestiole. En attendant, ma première impression (qui est d’après ce que l’on dit, souvent la bonne) est positive. Bien sûr, shooter à 11 mm dans un environnement urbain et en plein milieu de l’après midi peut s’avérer délicat pour arriver à ne pas intégrer malgré nous d’éléments parasites dans le cadre. J’ai aussi déjà pu remarquer que cet objectif était effectivement très sujet au flare. Je ne peux pas dire que je n’avais pas été prévenu, mais c’est vrai qu’il faut vraiment être vigilant à ne pas shooter en direction du soleil à moins qu’obtenir un effet de flare de la mort soit quelque chose de voulu. Je n’ai pas vraiment eu le temps de jouer avec différents plans, évaluer correctement la profondeur de champ à pleine ouverture et d’essayer l’objectif dans un environnement peu lumineux. Mais une chose est bien sûre, la différence entre ces 11 mm et les 15 mm de mon zoom transtandard sont bien perceptibles et je suis sûr que ce large champ de vision sera du plus bel effet en photographie de paysage…

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De profil… (Photo Joris Bertrand)

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De face… (Photo Joris Bertrand)

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Luminaire… (Photo Joris Bertrand)

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Reflets… (Photo Joris Bertrand)

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Vue d’ensemble… (Photo Joris Bertrand)

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« Bye bye Taïwan… »

A la prise de vue…

Aujourd’hui, j’innove, et ce ne sera pas une, ni deux, ni trois mais bien 390 images (sans le bonus) que je vais vous raconter! Mais rassurez vous tout de suite, vous n’aurez pas à vous coltiner le visionnage d’une galerie de quelques centaines de photos. Non, en fait, je voudrais plutôt partager avec vous mes impressions suite à mon premier essai en time-lapse. Comme quoi, même après des années de pratique photographique, on peut encore et toujours découvrir de nouvelles techniques. Pour rendre une dernière fois hommage à Taïwan, j’ai donc décidé d’utiliser cette technique pour essayer de rendre compte du dynamisme du quartier dans lequel j’ai vécu pendant un an et demi. Le résultat est encore perfectible mais j’ai été pas mal emballé par le procédé. Il permet en effet de retranscrire le mouvement là où il n’est pas toujours assez rapide pour être apprécié à sa juste valeur par notre perception humaine. Et dans le cadre d’une jungle urbaine comme Taipei, ça peut très vite donner le vertige… Ici, je me suis essayé à capturer ce moment où la canicule diurne laisse peu à peu place à la nuit. L’ambiance nocturne est toujours chaude, certes, mais l’absence de soleil rend la balade agréable, ou en tout cas plus supportable. Du coup, la ville ne s’endort pas et bien au contraire. Elle allume ses lumières et les gens quittent la fraicheur toute relative des intérieurs climatisés pour s’aérer un petit peu l’esprit. En ce qui me concerne en tout cas, ça me fait travailler ma patience et ça m’aura par la même occasion appris comment créer une chaîne Youtube sur laquelle je posterai mes time-lapse. N’hésitez pas à vous y abonner si vous souhaitez ne pas en rater une miette.

Le matériel…

Pour réaliser ce time-lapse, j’ai utilisé mon boîtier réflex (un Canon EOS 70D), mon zoom transtandard (un Canon EF-S 15-85 mm F/3.5-5.6 IS USM), le tout monté sur mon trépied de voyage (un Manfrotto Befree). Bien qu’il soit tout à fait envisageable de réaliser un time-lapse de façon « artisanale » en chronométrant le temps entre chaque pose avant de déclencher manuellement (ce qui doit quand même être un peu chiant…), j’ai pour l’occasion essayé ma nouvelle télécommande intervallomètre: Phottix Aion. Cette télécommande est relativement sophistiquée et permet de commander votre appareil sans fil, à une distance de 60 mètres (selon le fabriquant). Dans le cadre de la réalisation de ce time-lapse, je me suis contenté de l’utiliser avec fil (sans le récepteur) et il faut dire qu’une télécommande intervallomètre plus simple (et meilleur marché) aurait également très bien pu faire l’affaire. Pour le reste, il faut simplement s’armer de patience car c’est au total environ 1h20 de prise de vue qu’il m’aura fallu pour engranger près de 400 photos nécessaires à la réalisation de la première séquence de ce time-lapse.

Les réglages…

Comme je m’attendais à ce que la luminosité décroisse de manière relativement progressive, j’ai fait le choix de régler mon boîtier en mode priorité à l’ouverture (Av, chez Canon) avec le diaphragme assez ouvert (à F/4). Je laissais donc le soin à l’appareil de mesurer l’exposition et recalculer le temps de pose sur chaque photo (il a été compris entre 1/125 s au début et 0,3 s à la fin). En ce qui concerne la sensibilité ISO, j’avais a priori choisi le mode « ISO Auto » de l’appareil en lui contraignant une plage allant de 100 à 800 ISO pour éviter que le bruit électronique ne devienne trop perceptible, quitte à voir les temps de pose s’allonger. Mais j’ai oublié de valider correctement ces réglages de sensibilité et je vous raconterai donc ce qui s’est réellement passé dans le paragraphe ci-après consacré à mes erreurs… Pour le reste, j’ai désactivé l’autofocus et effectué manuellement ma mise au point au niveau du premier tiers de l’image en m’aidant du mode Live View et en n’hésitant pas à utiliser la fonction zoom de l’écran LCD pour être plus précis. En effet, on n’a pas besoin que l’appareil cherche systématiquement à refaire la mise au point entre chaque image, d’autant que l’autofocus risque de patiner à la tombée de la nuit. J’ai également pensé à désactiver la stabilisation qui est inutile quand l’appareil est sur trépied. Tant qu’on en est à parler de tout ça, j’ai utilisé le niveau intégré de mon boîtier pour me mettre d’équerre (sur le plan horizontal). Dernier point, j’ai utilisé le mode de mesure évaluative pour calculer l’exposition (c’est le mode par défaut). En ce qui concerne l’intervallomètre, je l’ai simplement paramétré de sorte qu’il prenne une image toutes les 10 s jusqu’à ce que je décide de l’arrêter (sans nombre de poses maximal fixé). Une fois n’est pas coutume, j’ai shooté en .jpeg pour être sûr de pouvoir accumuler des centaines d’images, même sur une carte mémoire SD d’une capacité de 16 Go. Le seul autre paramètre que j’ai fixé dès la prise de vue, c’est la balance des blancs que j’ai réglé en mode Nuageux (environ 6000 K) pour éviter qu’il y ait d’écart d’une vue à l’autre. Une fois qu’on s’est assuré que la batterie est bien chargée à bloc et qu’elle ne nous lâchera pas durant la séance, c’est parti!

En post-production

N’étant pas un acharné du montage vidéo, tant pour des raisons de compétences que pour des raisons de patience, j’ai délibérément voulu commencer par faire simple. J’ai donc importé l’ensemble de mes images dans Lightroom. De là, j’ai appliqué des corrections à l’objectif de manière manuelle. J’ai donc corrigé les perspectives de sorte que les lignes verticales soient bien verticales et j’ai aussi rectifié la distorsion. Par la suite, j’ai ajusté le cadrage en optant pour un format 16:9 (type cinéma). Puis, j’ai appliqué des corrections assez basiques (contraste, clarté, vibrance et saturation) avant d’exporter mes images dans un dossier. La vidéo time-lapse a été encodée dans un utilitaire gratuit: Time Lapse Assembler (pour Mac) au moyen du codec h.264 à une fréquence de 24 im/s. Il y avait donc au départ 390 images prises en 1h20 pour une séquence finale de seulement 390/24 soit environ 16 s ! Que dire de plus si ce n’est que la vidéo a été enregistrée avec une taille de 1920 pixels sur le grand côté: la résolution Full HD. On note un léger phénomène de scintillement (ou flicker) qui est du au fait que l’appareil recalculait l’exposition pour chaque image. Ce phénomène peut visiblement se corriger efficacement a posteriori dans des logiciels plus sophistiqués tels LRTimelapse 4. Cela-dit, ce programme m’a aussi l’air un petit peu plus élaboré et j’ai préféré commencer en douceur avant de me frotter à davantage de difficulté quitte à ce que le résultat soit potentiellement moins bon que ce qu’il aurait pu être.

Les erreurs du débutant…

La première erreur que j’ai commis tient plus à une contrainte matérielle qu’à une véritable erreur humaine. En effet, bien que j’aie utilisé mon zoom à sa focale la plus courte (15 mm), le champ couvert n’était pas encore assez large à mon goût pour saisir l’ensemble de la scène que je voulais montrer. Ca a été d’autant plus le cas que j’ai perdu une partie de l’image une fois que j’ai corrigé les perspectives et la distorsion de l’objectif dans Lightroom. On perd encore un petit peu plus de l’image une fois qu’on choisi d’adopter un format 16:9 plus adapté à un affichage vidéo. Au final, il n’y a donc pas de solution miracle à tout ça si ce n’est d’opter pour un ultra grand angle (au risque de perdre également une partie de l’image après correction des défauts optiques) ou travailler sur capteur plein format (ce qui permet d’emblée de couvrir un angle de champ plus important à focale équivalente). Quand c’est possible, on peut donc conseiller de cadrer un petit peu plus large que nécessaire à la prise de vue pour pouvoir se permettre de rogner sans états d’âme en post-production.

La deuxième erreur un peu bête (mais heureusement sans trop de conséquences) que j’ai fait, c’est d’avoir oublié de régler mon appareil sur le mode « ISO Auto » que j’avais pourtant pensé à paramétrer. La première partie de ce time-lapse a donc été réalisée à une sensibilité fixe de 200 ISO. Quand la luminosité a commencé à baisser, j’ai été alerté par la vitesse un peu trop lente des claquements de l’appareil. J’ai choisi de rectifier ma bêtise en cours de route en passant en mode « ISO Auto ». L’appareil est alors immédiatement monté à 800 ISO et j’ai eu peur que ça se voit sur le résultat. Au final, il n’y a rien eu de perceptible à ce niveau là, et c’est tant mieux…

La troisième erreur que j’ai fait, c’est de ne pas avoir pensé à désactiver la fonction de réduction du bruit en exposition longue! Si votre boîtier est équipé de cette option, pensez-y car c’est un conseil qu’on ne trouve que rarement sur les différents tutoriels… Sur la fin du time-lapse, les temps de poses devenaient plus longs qu’1/10 s. A chaque fois que l’appareil prenait une image, il appliquait la fonction de réduction du bruit ce qui décalait la prise de vue suivante. Au final, et même si ce n’est encore une fois pas flagrant à l’image, les dernières images de la première séquence de ce time-lapse n’ont donc pas été prises toutes les 10 s (mais toutes les 20 s…).

Les séquences bonus!

J’ai tellement été intéressé par cette première expérience que j’ai décidé de descendre de chez moi et poursuivre l’aventure en disposant mon trépied un petit peu partout dans mon quartier. Au final, l’assemblage final est composé 1334 images dont la prise de vue à occupé mes soirées pendant presque une semaine. La vidéo finale fait un petit peu plus d’une 1 min 30. J’aurais bien aimé que certaines séquences soient plus longues et avec des vues prises avec un intervalle plus court. J’avais cru bien faire en activant le pré-relevage du miroir avant la prise de vue pour limiter autant que faire se peut, les micro-vibrations… Le souci c’est que dans ces conditions, à chaque fois que l’intervallomètre envoyait une impulsion au boîtier, celui-ci relevait son miroir à la première et prenait une photo à la deuxième. Du coup, ce soir là, je n’ai pris qu’une photo sur deux et je ne m’en suis hélas rendu compte qu’en rentrant à la maison. Encore une erreur de débutant qui ne se reproduira pas… Je vous donne donc rendez-vous pour une nouvelle vidéo en time-lapse dès que possible.

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Expériences photographique

Un autre éclairage sur le HDR… (Partie 2)

L’art de la photographie, autrement dit celui de peindre ou d’écrire avec la lumière consiste largement à savoir mettre en adéquation la contrainte technique de l’exposition avec nos attentes en matière d’esthétique. Parfois, on va mettre à profit un contrejour ou jouer sur le clair-obscur pour mieux mettre en valeur des contrastes et des formes. Mais de manière plus conventionnelle et en tout cas lorsque l’on cherche à retranscrire une image fidèle à la réalité, on va s’atteler à trouver, avec ou sans l’aide de son appareil, la combinaison du triangle d’exposition la plus appropriée (ouverture du diaphragme, vitesse d’obturation, sensibilité ISO). Cela revient à faire rentrer la plus juste quantité de lumière possible pour obtenir des ombres qui ne soient pas trop bouchées, des hautes lumières pas trop cramées, et un histogramme homogène et plutôt bien étalé sur l’ensemble de la plage dynamique pour une scène couvrant une palette de couleurs variée. S’il incombe au photographe de faire les bons compromis, nous avons également vu la semaine dernière que les appareils photos étaient de toute façon techniquement limités. Pour une scène présentant de forts écarts de luminosité, il ne faut donc pas espérer obtenir d’emblée une image conforme à celle que perçoit l’œil humain. On a donc entrevu qu’il était possible d’utiliser dès la prise de vue des subterfuges pour atténuer les écarts de luminosité atteignant le capteur, par l’emploi de filtres gradués gris neutres ou directement en utilisant un mode HDR intégré à l’appareil. Ce dernier va permettre de prendre une série de photos différemment exposées et se charger lui même de les fusionner en une image composite à plage dynamique étendue. Aujourd’hui, j’envisage de m’attarder un peu plus sur certaines de ces méthodes qui permettent d’essayer d’obtenir un résultat similaire, mais de retour à la maison, devant son ordinateur.

Pour cette image j’ai utilisé la mesure matricielle sans compensation d’exposition (réglage par défaut). Si on se fie à l’histogramme, la cellule de l’appareil a plutôt bien fait son boulot même si à l’oeil, ça aurait mérité de voir exposés un peu plus la surface de l’eau et les parties ombragées sous le pont (Photo Joris Bertrand)

Pour cette image, j’ai utilisé la mesure matricielle sans compensation d’exposition (réglage par défaut). Si on se fie à l’histogramme, la cellule de l’appareil a plutôt bien fait son boulot même si à l’oeil, on aurait sans doute aimé voir  la surface de l’eau et les parties ombragées sous le pont un peu plus exposées. Je peux corriger ça en travaillant spécifiquement sur les tons foncés, en appliquant un filtre dégradé pour surexposer la partie basse de l’image, en peignant les parties ombragées du pont à l’aide d’une brosse ou… en créant une image HDR (Photo Joris Bertrand)

La, ou plutôt les retouche(s) de l’exposition

La première méthode revient à ajuster l’exposition en post-production (une fonctionnalité disponible même sur les programmes les plus basiques de traitement d’image). La manière la plus simple mais aussi la moins subtile pour faire ça consiste à jouer sur le curseur du même nom (exposition) pour sous-exposer ou surexposer indifféremment l’ensemble des pixels d’une image donnée. Cette méthode fonctionne de manière satisfaisante pour rattraper une erreur plus ou moins grossière de la mesure de l’exposition par la cellule de l’appareil dans une situation naturellement piégeuse pour elle. Mais si le photographe avait déjà fait en sorte d’aiguiller correctement son appareil au moment de la prise de vue, par exemple en utilisant le mode de mesure d’exposition adéquat et/ou le cas échéant en appliquant de la compensation d’exposition, alors jouer sur le curseur d’exposition ne permettra probablement pas de rattraper complètement les défauts. Il faut donc jouer de manière plus subtile en éditant de manière appropriée et différenciée certaines parties de l’image. Pour ce faire, on peut soit appliquer des ajustements spécifiques sur tels ou tels tons de l’image (clairs, moyens, foncés) soit appliquer des retouches localisées par le biais de certains outils tels que les brosses d’ajustement, soit les deux… Pas mal de logiciels, même assez basiques, permettent d’appliquer des ajustements différents aux tons clairs et aux tons foncés. C’est par exemple le cas de Digital Photo Professional, iPhoto, ou Photos. En revanche, la mise à disposition d’outils d’ajustements tels que les brosses ne concernent souvent que des logiciels plus sophistiqués tels que Lightroom ou Photoshop. Mais ces brosses permettront par exemple d’aller peindre finement un ciel trop lumineux pour en abaisser l’exposition ou au contraire aller déboucher les ombres sur un premier plan.

C’est la même scène que tout à l’heure mais sous-exposée d’1 I.L. Le temps de pose diminue, les couleurs du ciel sont plus saturées mais les parties qui était déjà ombragées sur l’image précédentes deviennent carrément sous-exposées (Photo Joris Bertrand)

C’est la même scène que ci-dessus, mais sous-exposée d’1 I.L. Le temps de pose diminue, les couleurs du ciel sont plus saturées et on obtient un joli modelé sur les nuages mais les parties qui étaient déjà ombragées sur l’image précédente deviennent carrément sous-exposées ici (Photo Joris Bertrand)

Il est à noter que certains logiciels tels que Lightroom implémentent même des filtres gradués qui permettent de simuler en post-production des filtres gradués gris neutres. Je connaissais leur existence pour en avoir déjà vu des applications lors de tutoriels vidéo que j’avais eu l’occasion de visionner sur Internet, mais je dois dire que j’ai été bluffé par le résultat depuis que je les utilise moi même. C’est très efficace pour redonner du modelé à un ciel chargé qui apparaissait jusqu’alors cramé, ou pour rendre sa belle couleur bleue à un ciel apparaissant exagérément voilé par le rendu de l’appareil. Depuis la dernière version (6 ou CC) on peut même conjuguer à façon, l’action des filtres (gradués et radiaux) à celle de la brosse d’ajustement pour que le rendu soit encore plus fin. Pour moi, c’est une avancée incroyable par rapport à ma période DPP!

Et pour finir, voici la même scène mais cette fois-ci surexposée d’1 I.L. Le rendu sur la surface de l’eau devient satisfaisant mais c’est maintenant le ciel qui devient presque cramé et prend un aspect blanchâtre (Photo Joris Bertrand)

Et pour finir, voici la même scène mais cette fois-ci surexposée d’1 I.L. Le temps de pose augmente, le rendu sur la surface de l’eau devient satisfaisant mais c’est maintenant le ciel qui devient presque cramé et prend un aspect blanchâtre (Photo Joris Bertrand)

Produire une image HDR en post production

L’alternative à tout ça c’est de s’adonner directement à la HDR en post-production. Le seul prérequis consiste cependant à être rentré de sa séance photo avec plusieurs vues exposées différemment de la scène pour laquelle on souhaite réaliser un traitement HDR. Tous les logiciels permettant de faire un traitement HDR ne se valent pas. Par exemple, la version 3 de DPP permettait de combiner un maximum de trois images alors que la fonctionnalité HDR n’était plus disponible sur la première mouture de DPP 4. Il semblerait cependant que Canon soit en train de rattraper le coup avec une nouvelle version: la 4.2.31. Lightroom 6 (ou CC) autorise quant à lui la fusion de 5 images maximum mais certains logiciels dont ceux spécifiquement dédiés à la photo HDR tel Photomatix permettent l’emploi de davantage d’images. Il faut donc trouver le bon compromis entre extension de la plage dynamique étendue et rendu qui nous convient. De ceux que j’ai pu tester, Lightroom, permet de faire de la HDR simplement en s’occupant lui même de s’occuper de gérer les paramètres de fusion. En fait, l’utilisateur a juste à s’occuper de l’intensité de la correction des « effets fantômes » (voir la fameuse mouette sur mon article de la semaine dernière). Dans DPP (je n’ai pu recourir qu’à la version 3), le programme assemble d’emblée les trois vues puis vous propose différents préréglages et curseurs pour affiner le rendu final. J’ai bien sûr choisi le préréglage « Art éclatant » pour être sûr d’obtenir un rendu des plus flashy qui soit! Allez vite chercher une bassine, car une telle plage dynamique risque de vous donner la nausée. L’autre point négatif de DPP c’est qu’il ne corrige pas les effets fantômes… Or le ferry sur la droite de la scène a continué à avancer entre les trois images…

Voici le rendu “Made In Lightroom” de mon traitement HDR issu de la fusion des trois images précédentes. On se croirait un petit peu dans le monde des Playmobil mais ça passe encore, en tout cas comparé au rendu de l’image ci-dessous… (Photo Joris Bertrand)

Voici le rendu “Made In Lightroom” de mon traitement HDR issu de la fusion des trois images précédentes. On se croirait un petit peu dans le monde des Playmobil mais ça passe encore, en tout cas comparé au rendu de l’image ci-dessous… (Photo Joris Bertrand)

 

Et voilà le rendu “Made in DPP”… La surface de l’eau est moins “luisante” mais le ciel se pare de teintes qui virent presque au violet psychédélique par endroit. Vous pourrez aussi noter le joli phénomène de "ghostting" sur le bateau (Photo Joris Bertrand)

Et voilà le rendu “Made in DPP”… La surface de l’eau est moins “luisante” mais le ciel se pare de teintes qui virent presque au violet psychédélique par endroit. Vous pourrez aussi noter le joli phénomène de « ghostting » sur le bateau (Photo Joris Bertrand)

Le mot de la fin…

La photo HDR permet  d’étendre la plage dynamique d’une image et pourrait donc, à première vue être considérée comme un nouveau standard à envisager systématiquement dès la prise de vue lorsque cela s’y prête. Dans les faits, cette technique est en fait un petit peu lourde à mettre en place. Si elle peut se révéler utile pour des scènes plutôt statiques, elle deviendra très vite inefficace pour les sujets en mouvements. Il faut privilégier les traitements HDR à partir d’images qui auront été réalisées sur trépied. Bien sûr, il y a bien des algorithmes permettant d’aligner a posteriori des images qui auraient été réalisées à main levée, mais je suppose qu’ils ont leurs limites. Il en est de même pour les options de corrections des « effets fantômes ». Si entre vos trois prises de vues, le sujet à eu le temps de traverser la scène et quitter le cadre, on est probablement assez peu avancé si ce n’est pour tenter quelque chose d’un peu créatif. L’autre limite plus subjective des images HDR, c’est leur rendu qui demeure à mon goût très souvent trop artificiel. Bien sûr, ça doit être tout un art de magnifier une scène au moyen d’un traitement HDR sans que ce travail de post-production soit manifeste. Cela dit, je trouve qu’une bonne connaissance des techniques et de son matériel couplé à un travail de post-production d’ajustement de l’exposition plus conventionnel permet déjà de se sortir d’à peu près toutes les situations. Pour conclure, je dirais simplement qu’en ce qui me concerne, la photo HDR ca restera probablement « oui, avec modération » même si je vais essayer de prendre plus souvent des images en bracketing (avec plusieurs expositions). Cela laisserait la possibilité d’effectuer a posteriori un traitement HDR si l’envie nous prenait de magnifier la plage dynamique d’un panorama paysager ou d’une scène intérieur-extérieur. Mais au pire, on est toujours à tant de faire du pseudo-HDR en développant en post-production des fichiers sur et sous-exposés à partir d’un unique fichier .raw, puis appliquer un traitement HDR par la suite. Ce n’est pas une méthode très orthodoxe et elle s’accompagne forcement d’une dégradation de la qualité de l’image (surtout lorsqu’on surexpose) mais ça fonctionne et ça peut dépanner…

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