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Les agences photos: retour d’expérience personnel…

Petite mise en contexte…

Je suis d’un tempérament prudent, du genre à prendre du temps afin de peser le pour et le contre avant de me lancer. Mon activité de photographe ne déroge pas à la règle et j’ai d’ailleurs l’impression que ce tempérament est trahi par nombre de petits détails tout au long de mon flux de travail. Par exemple, cela va de pair avec un petit côté réservé qui fait que je n’arrive toujours pas à pousser l’audace jusqu’à photographier des gens qui me sont inconnus alors que c’est un exercice auquel se livrent beaucoup de photographes, même amateurs. J’ai aussi un petit côté perfectionniste que j’ai déjà évoqué à quelques reprises et qui fait que je déclenche relativement peu quand je suis en situation. Je ne partage qu’une petite partie de ces clichés. Un léger manque de confiance en moi fait aussi qu’il m’a fallu bien du temps avant de me décider à montrer mes images à tout le monde. Au final, j’ai tout de même fini par le faire puisque je vais jusqu’à tenir un blog… Ces quelques lignes ne dénotent rien d’extraordinaire et je suis d’ailleurs sûr que beaucoup de photographes qui me lisent pourront très probablement se retrouver dans mon analyse. En fait, là où je voulais en venir avec ce petit paragraphe introductif, c’est au fait que cela faisait quelques temps déjà que j’avais envie de voir si je ne pouvais pas essayer de faire un petit quelque chose en plus pour voir mon travail de photographe plus largement diffusé. Tout naturellement, j’ai pensé que les agences photo pourraient me permettre d’aller plus loin. J’ai donc pris mon courage à deux mains, et je me suis lancé.

Premiers retours…

En soumettant un portfolio à la première des deux agences avec lesquelles j’avais décidé de tenter ma chance, je savais d’entrée de jeu que je plaçais la barre très haut. En effet, cette agence est très réputée au point que c’est à ma connaissance la plus réputée si on se restreint à la photo de nature au sens large. Beaucoup des photographes que j’admire travaillent avec celle-ci et j’étais donc tout à fait conscient que mon travail n’égalait pas le leur, aussi bien en qualité qu’en quantité. J’ai quand même soumis une sélection personnelle de photos et j’ai reçu deux réponses différentes en l’espace de quelques jours. Ce qui est curieux, c’est que ces deux retours émanaient de la même personne mais au bout du compte, cela ne changeait pas grand chose car elles étaient toutes les deux négatives:

« Bonjour, Merci pour votre envoi d’images; les sujets traités sont intéressants, mais nous travaillons déjà avec de nombreux photographes qui nous fournissent des photographies relativement proches des vôtres et nous ne souhaitons pas diversifier nos sources sur ces thèmes. Je regrette de ne pouvoir donner pour l’instant une suite favorable à votre proposition. Cordialement. (…) »

et quatre jours plus tard:

« Bonjour, Merci pour votre envoi d’images. Votre travail est intéressant, mais il me semble que sa qualité générale est encore un peu insuffisante pour en envisager une utilisation professionnelle dans notre agence. Je regrette de ne pouvoir donner une suite favorable à votre proposition. Cordialement, (…) »

Bien sûr, ces deux retours étaient pleins de diplomatie mais ils témoignaient dans le même temps d’un indiscutable professionnalisme de la part de l’agence en question qui a eu le mérite de respecter les délais annoncés et surtout, d’avoir la politesse de fournir une réponse, même négative. J’ai même trouvé ça suffisamment encourageant pour avoir envie de proposer mon travail à une deuxième agence dans la foulée.

Cette deuxième agence est un peu moins réputée que la première. Son site Internet est aussi beaucoup moins attrayant et je dois dire que je le trouve même esthétiquement un peu moyen pour un site d’agence photo… Cela étant dit, j’aimais bien l’idée de pouvoir travailler avec une structure peut-être plus à taille humaine. Je partais également plus confiant car en toute honnêteté, je croyais aussi que la qualité de mon travail de photographe était tout à fait à la hauteur des exigences de l’agence. Autant pour la première, la qualité était assez impressionnante, autant pour la seconde, je pouvais constater un manque flagrant d’homogénéité entre photographes et au sein même des portfolios des différentes artistes.

J’ai donc tenté ma chance en respectant une fois de plus scrupuleusement le cahier des charges (que vous pourrez trouver sur le site Internet de chaque agence). Après une semaine, on me demande une deuxième sélection de photos! Fort de ce premier retour encourageant, je m’exécute mais en dépit d’un mail accusant réception de mon envoi, je n’obtiens aucune réponse par la suite. Plus d’un mois passe et je me permets de relancer poliment en demandant où en est ma candidature. En retour, je n’obtiens qu’un laconique:

« bonjour, oui, nous ne pensons pas réussir à commercialiser vos photos. »

A l’heure du bilan…

Passé la déception couplée à ce que je ressens comme un manque de professionnalisme, cette « petite claque » m’aura avant tout permis de réaliser que malgré ma démarche, je n’avais en réalité pas vraiment envie de « commercialiser » mes photos. Bien sûr, j’aurais été honoré de voir leur utilisation rémunérée de même que j’aurais été comblé de les voir distribuées sur différents supports. Une agence photo est sans doute une vitrine de premier choix pour tout photographe et le fait de ne serait-ce qu’arrondir ses fins de mois avec ses photos peut au moins justifier certaines dépenses matérielles ou différents frais inhérents à leur réalisation. D’un autre côté, cette expérience m’a aussi permis de me rappeler qu’en tant que photographe amateur, j’ai le privilège de ne pas avoir à vivre de la photo. C’est donc un passe-temps (certes dévorant). A chaque fois que je déclenche, je tiens à continuer à le faire pour moi avant de penser que je suis en train de le faire à la demande de quelqu’un d’autre. Au final, cette petite déconvenue m’aura donc donné envie de continuer à m’améliorer en tant que photographe tout en restant le principal acteur de la diffusion de mon travail (comme ça a toujours été le cas jusqu’alors). Bien sûr, le développement de mon activité se fera sans doute moins vite et ira probablement moins loin, mais je le ferai à mon rythme et sans pression particulière.

Continuer à avancer…

A court terme, j’envisage d’enfin développer un site Internet digne de ce nom en guise de vitrine personnelle. Tout le reste (sollicitation de la presse papier, alimentation de banques d’images en ligne ou participation à des concours) se fera au fur et à mesure, en fonction du temps et de l’énergie que j’ai à accorder à ces différentes tâches. Et puis s’il est bien un des aspects de mon travail de photographe qui connait déjà un succès, certes tout à fait relatif, mais toujours grandissant, c’est bien mon blog, la Nature des Images, que vous êtes en train de lire. A ce propos, je crois pouvoir dire que la clé pour rester motivé et garder à la fois son envie de bien faire et sa cadence de publication, c’est justement de faire quelque chose qui nous plaise à nous en pouvant espérer que se faisant, ça plaira à d’autres. Ainsi, sur Internet peut-être encore plus que partout ailleurs, j’ai l’impression que créer du contenu pour faire du trafic avant de chercher à se faire plaisir est quelque chose qui peu certes fonctionner, mais rarement sur le long terme… Je vais donc appliquer la même philosophie à la photo d’une manière plus générale. Lors du prochain article du samedi, la Nature des Images fêtera pile poil ses deux ans d’existence. Ca sera comme l’an passé, l’occasion d’un petit bilan et d’imaginer les projets futurs.

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Ce que « Mère Nature » nous susurre à l’oreille, la permaculture et les aspirations « antispécistes »…

Ceux qui me suivent régulièrement savent que je n’ai pas pour habitude d’utiliser mon blog en tant que tribune pour exprimer des idées qui ne sont pas en lien avec ma passion pour la photographie. En plus de la vulgarisation de ma propre recherche, il m’est cependant arrivé de faire quelques exceptions quand on assassine les dessinateurs de mon adolescence au nom d’un dieu ou lorsqu’on attaque en fourbe une des rares idoles de mon enfance qu’aura été le commandant Cousteau. Mais récemment, pas mal d’anecdotes sont venus agacer l’écologue-écologiste que je suis devenu, à la fois professionnel du domaine en tant que scientifique et sympathisant ou militant pour tout ce qui touche de manière plus générale à la cause.

Force est de constater que certains, motivés par des raisons très différentes, dépensent une énergie considérable à tenter de faire prendre une mayonnaise aux saveurs « mystico-écolo » quand il s’agit de s’exprimer sur l’environnement. D’un côté, il y a toujours ceux qui croient, et veulent faire croire que le fonctionnement de la nature ne peut qu’être appréhendé que via une dimension spirituelle, voire mystique qui vient, à un moment ou à un autre, prendre le relais d’une connaissance scientifique insuffisante. Ces idées ont toujours existées, et existeront toujours. Ce qui a plus récemment pris de l’importance me semble plus en lien avec l’évolution de la société et l’avènement de la diffusion en masse de l’information via Internet et les différents médias numériques. On trouve ainsi pas mal de pseudo-scientifiques qui n’ont jamais été autant en mesure de s’adresser à un public si vaste. Face à eux, de véritables scientifiques pourraient également tirer partie de cette situation en reprenant en main leur communication. Or, la communauté scientifique semble souvent dépassée, ou juste désintéressée par l’enjeu. Beaucoup de scientifiques se mettent eux même hors-jeu en préférant se réfugier au sommet de leur tour d’ivoire, se désengageant de toute responsabilité socio-politique, tout en continuant à réclamer de l’argent (en général public) pour continuer leur activité de recherche sans entrave. Dans le même temps, certains professionnels de l’environnement jouent la carte de la communication mais ne voient pas de problème majeur à utiliser cette fameuse enveloppe spirituelle, voire mystique (la même que celle employée par les charlatans) pour faire passer des messages, eux tout à fait rationnels et se voulant scientifiques, au plus grand nombre. A ce compte-là, on est en droit de se demander si le remède n’est pas pire encore que le mal. C’est à tout ça que je voulais réfléchir avec vous en rapportant aujourd’hui et en commentant trois cas particuliers dont j’ai récemment fait l’expérience.

Grand-mère feuillage

Grand-mère feuillage, l’âme d’une vieille peau possédant plein d’heures de vol au compteur qui a été incrustée dans un arbre dans le dessin animé Pocahontas de Disney.

« Mère Nature » nous parle… Et ce n’est pas pour de rire…

L’élément déclencheur de la rédaction de ce billet aura été mon visionnage sur les réseaux sociaux d’une vidéo qu’on pourrait qualifier de « virale » dans mes cercles de connaissances. La respectable ONG, Conservation International a fait appel à des célébrités pour assurer les voix off d’une série de clips vidéo intitulée « La nature nous parle » (Nature is speaking). Cette campagne est censée nous montrer à quel point notre planète est belle et en quoi nos activités anthropiques la perturbe. Le casting est assez impressionnant et compte notamment de véritables stars telles que Julia Roberts, Harisson Ford, Kevin Spacey, Reese Witherspoon, Edward Norton, Robert Redford ou encore Penelope Cruz. Pour la version française, « Mère Nature » avait la voix de Sophie Marceau, et c’est cette vidéo là que j’ai visionné. Sur le fond, je n’ai pas de raison de penser que cette campagne n’est pas pleine de bonnes intentions et je crois qu’il n’y a d’ailleurs pas grand chose à redire sur la rigueur du message, du moins sur le fond. Le discours consiste à dire que quoi qu’il arrive, la nature se remettra sous une forme ou sous une autre de tout ce que l’Homme pourra lui infliger mais que l’être humain, lui, ne saura s’accommoder de conditions environnementales qui deviendraient trop différentes de celles qui lui ont permis de prospérer. C’est donc en pensant à sa propre survie que l’humanité doit envisager la sauvegarde de la biodiversité car nous en faisons partie intégrante et nous en dépendons. D’un autre côté, on nous répète une fois de plus, tout un tas de choses que je crois que le grand public a fini par assimiler depuis plusieurs années. Ce n’est pas grave en soi, mais il ne faudrait pas que ça tende à lasser la fraction de la population qui n’est déjà pas très réceptive au message écologiste… La Terre a une histoire veille de plus de quatre milliards d’années et la biodiversité qui s’y est développée a connu des crises majeures d’extinction en sachant que nous pourrions être en train de vivre la sixième… Contrairement à ce qui se passe avec les climato-sceptiques, peu de gens jouissant d’une certaine couverture médiatique se risquent à nier publiquement l’érosion de la biodiversité (à part peut-être ceux qui commentent l’état actuel des stocks de poissons dans les océans…). C’est juste parce que ces personnes ont d’autres intérêts plus personnels qui leurs paraissent prioritaires et ne veulent donc pas mesurer les conséquences de leurs actes ou de ceux qui les financent.

Ici, ce qui m’a choqué tient donc plutôt de la forme du message et a trait à des aspects d’ordre plus philosophique. En effet, le premier visionnage du clip m’a un peu évoqué les passages les plus féériques de Pocahontas. Et justement, faire parler les arbres n’a en soi rien de très grave, tant qu’on reste dans un dessin animé de Disney (ou dans quelque chose du même acabit). Pourquoi donc avoir fait le choix de personnifier la nature en sorte de mère nourricière douée de conscience (et de parole) plutôt que de rapporter le même discours en employant la voie passive?! Cette « Gaïa », super-organisme à la fois bienveillant mais intransigeant menace de nous affamer ou de nous asphyxier, et ce, très bientôt si on continue de mal se comporter. Dans ce clip en effet, la Terre est en quelque sorte élevée au rang de divinité miséricordieuse. Ce qui est à l’origine un message simple et rigoureux se voit donc édulcoré dans une enveloppe que j’ai envie de qualifier de molle, polluée d’une teinte irrationnelle. Certains répondront que c’est parce que le message se transmet ainsi de manière plus efficace quand il est romancé, voire spiritualisé… En ce qui me concerne, ça me fait le même effet que quand je me force à lire Pierre Rabhi… Bien sûr, il est philosophiquement confortable d’imaginer la planète comme une mère fragile qui nous nourrit plutôt que comme un cailloux recouvert d’un mince terreau plus ou moins fertile qu’on (sur)exploite. Dans le même temps, je trouve que considérer la Terre de la sorte a pour conséquence de considérablement affaiblir la portée du message et je m’inquiète du fait que cela semble devenir une norme qui n’interpelle plus grand monde. En raisonnant ainsi, ne fait on pas le premier pas vers la passivité et la lâcheté en acceptant que nous ne sommes de toute façon pas individuellement responsables de ce qui pourrait nous apparaître alors comme une destinée inexorable face à laquelle on n’aurait rien d’autre à faire que d’espérer un apaisement du courroux d’une puissance sur laquelle nous avons aucun moyen d’action?

La permaculture: un noyau qui croule sous le bon sens, souvent enveloppé d’une enveloppe pour laquelle c’est beaucoup moins le cas…

Le second sujet qui m’a fait comprendre qu’il y avait parfois des incohérences notables entre le fond et la forme de la question « écologique » et la façon suivant laquelle certaines personnes veulent l’envisager, c’est la permaculture. Il y a quelque temps, j’ai assisté, ici en Australie, à une conférence qui était donnée par une de ses pratiquantes assidues (et visiblement reconnue). Elle était d’ailleurs tellement passionnée par le sujet qu’elle est devenue consultante professionnelle en la matière. En gros, si vous êtes disposés à vous assurer ses services, l’intervenante designe (de manière intelligente (?!)…) votre jardin afin qu’il soit en cohérence avec les préceptes de sa pratique. L’idée de base de la permaculture, c’est de mettre à profit de façon durable, son environnement local immédiat afin d’en obtenir ressources (naturelles) et bien-être. Plus concrètement, cela consiste par exemple en un aménagement harmonieux de son jardin de sorte que les plantes comestibles y poussent et qu’elles vous soient accessibles par ordre d’importance relative. Dans les faits, c’est aussi ce que font de manière intuitive mes grands-parents dans leur potager depuis des années. Mais selon une démarche similaire à celle qui voudrait requalifier d' »ayurvédique » un peu tout ce qui porte la mention « remède de grand-mère”, cet ensemble de pratiques se basant en grande partie sur le bon sens le plus élémentaire nous a ce jour là été introduit sous la forme d’une soupe confuse assortie d’un (sacré) brin de spiritualité (majoritairement orientale). Au passage, j’ai toujours été amusé de voir à quel point ce qui touche à la spiritualité orientale a le don de passer pour intelligent et digne de respect dans nos sociétés occidentales modernes alors qu’il en est de même avec ce qui touche à la « spiritualité » occidentale, et notamment chrétienne, au sein de la nouvelle bourgeoisie taïwanaise…

Le concept de permaculture a été formalisé par des australiens qui ont par la même occasion un peu intellectuellement voulu « privatiser » l’ensemble des bonnes pratiques au jardin. Ce jour là, le public était quasi-exclusivement composé de scientifiques et notamment d’écologues dont beaucoup sont assez sensibilisés à l’agro-écologie. En filigrane, on sentait qu’il était suggéré aux scientifiques de s’inspirer davantage d’un concept formalisé dans les années 70 plutôt que de s’obstiner avec une agronomie plus classique, vieillissante et probablement dépassée. On pouvait donc ressentir une certaine tension dans la salle, entre une intervenante d’une apparente bonne foi mais déconnectée de la réalité et engluée dans une idéologie personnelle dérangeante, face à une communauté scientifique fermée et condescendante dont pas mal de représentants préféraient quitter la salle au fur et à mesure de l’exposé plutôt que de prendre la peine d’assister à la conférence jusqu’au bout et d’engager la discussion. L’agro-écologie est une science et pourrait sous bien des aspects se recouper avec « sa » permaculture (sans le côté mystique et quelques autres petits détails). Mais alors que les scientifiques auraient sans doute du, et pu adopter une attitude pédagogique mais ferme, ils ont plutôt choisi le mépris face à un discours manquant d’objectivité et de rigueur. J’ai moi même été berné car si j’avais déjà quelques idées vagues de ce qu’était la permaculture, je l’avais a priori associé à une sorte d’agro-écologie pour hippies irrémédiablement accompagnée de cette même enveloppe mystique. Cette intervention n’avait d’ailleurs fait que confirmer mes préjugés et ce n’est qu’en me documentant après coup, que j’ai pu vérifier que la permaculture est, dans ses fondements, moins idéologique et plus proche de l’agro-écologie que la manière dont elle nous avait été présentée ce jour là.

Antispécisme?

Le dernier point sur lequel je souhaitais réagir, je l’ai entraperçu à « Nuit Debout », place de la République, à Paris. Je ne m’y suis pas rendu en personne pour la simple et bonne raison que nous résidons en Australie, mais nous avons installé cette petite révolution qu’est l’application Périscope. Pour le meilleur et pour le pire, l’information circule plus vite que jamais et la contestation sociale se dématérialise… N’en déplaise à nos élus de l’opposition, à l’autre bout du monde, on peut très bien se rendre à « Nuit Debout » le jour et se lever pour partir bosser la nuit… Un jour, nous avons par exemple suivi avec curiosité une interview de militants antispécistes.

A première vue, nous avons eu du mal à comprendre en quoi les antispécistes se démarquaient des végétaliens. Mais leurs revendications sont en fait plus ambitieuses. Leur crédo, c’est d’abolir la barrière entre espèces de sorte que tous les animaux aient droit au même respect que les hommes. Ils prônaient donc un arrêt total de l’élevage et la consommation de viande, de même que des œufs ou encore de miel… Si je ne peux qu’admirer une telle capacité d’abnégation, le biologiste que je suis voudrait également pointer du doigt quelques incohérences dans cette vision. Premièrement, un « antispéciste » digne de ce nom devrait probablement appliquer sa conception du monde à l’ensemble de la biodiversité, et pas seulement aux espèces animales (parmi lesquelles il inclut a priori l’Homme). L’antispécisme deviendrait alors problématique car on ne pourrait plus « exploiter » les végétaux non plus. C’est là que le bât blesse car sur quelle base peut-on établir que les végétaux ne souffrent pas non plus des mauvais traitement que leurs infligent les Hommes? Et on se frotte alors à un autre problème de ce raisonnement car abolir l’exploitation de certaines espèces par les autres impose aussi de s’opposer à la prédation ou encore à l’herbivorie dans tout le règne animal. Le lion n’aurait-il donc plus le droit de manger la gazelle? Bien sûr, le lion n’a pas le choix alors que l’Homme, omnivore, peut devenir végétarien, voire végétalien. Car lui, il a l’intelligence de s’appliquer ce genre de mode de vie. Et c’est un petit peu là que j’ai tendance à penser que le serpent se mord la queue. Car en se voulant l’égal des autres espèces (enfin juste des autres animaux…) l’homme impose à son environnement, une vision anthropo-centrée à l’extrême dans laquelle il continue à dicter sa loi, de manière quasi-divine, s’étant désormais auto-persuadé de la bienveillance de sa supériorité.

Bilan: que ce soit en tant que science ou en tant que cause, l’écologie nécessite plus de pragmatisme que de mysticisme…

Les trois exemples mentionnés ci-dessus sont assez symptomatiques de la façon dont l’être humain envisage parfois l’écologie (en tant que science et en tant que cause), même quand il croit la considérer avec bienveillance. Premièrement, même les ONG les plus sérieuses n’ont toujours pas intégré qu’il serait plus rigoureux d’utiliser la voix passive plutôt que de tendre le micro à « grand-mère feuillage », ou plutôt « Mère Nature ». Cela n’empêche en rien de continuer à montrer en quoi la nature est belle (et d’user de tous les superlatifs, images somptueuses et autres musiques grandioses pour en attester). Deuxièmement, même une pratique a priori compatible avec une centaine rigueur éthique et scientifique peut-être passablement entachée par une idéologie à la fois subjective et peu rigoureuse de la personne qui la présente et ça, c’est nuisible pour le crédit de l’écologie en tant que science et en tant que cause. Troisièmement, adopter des modes de vie même drastiques ne fait probablement jamais de nous des gens irréprochables et risque de toute façon de décourager l’évolution de la pensée et des actes du plus grand nombre. Le simple fait de s’interroger est déjà un signe d’action et vouloir en son âme et conscience changer ses pratiques en tant que jardinier ou ne serait-ce que réduire sa consommation de viande en fait partie. Mais faire son auto-critique et voir émerger ses propres contradictions, c’est hélas sans doute de ça que les individus ont peur. Est-ce là que la dimension spirituelle pourrait avoir une quelconque utilité? Personnellement, je crois que ni la préservation de l’environnement, ni l’agriculture (quelque soit l’échelle à laquelle on la pratique), ni la conception philosophique qu’on occupe en tant qu’espèce au sein de la biodiversité n’ont en tout cas besoin de mysticisme. C’est à ce niveau sans doute que les scientifiques du domaine et autres professionnels de l’environnement se doivent donc d’être exemplaires. Il serait juste irresponsable de les voir se mettre en marge de la société en arguant que la nature est de doute façon trop complexe pour devoir être expliquée au commun des mortels. D’un autre côté, je suis exaspéré de voir que certains engagent des moyens considérables pour communiquer en employant un vocabulaire proche de celui des incompétents, voire des charlatans qui ont tout à gagner de voir l’emploi de la spiritualité comme un ciment malsain entre la réalité et l’idéologie et utilisent tout ce qui touche de près ou de loin à l’écologie pour arriver à leurs fins.

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Ces photos qui ne représentent rien…

L’autre jour, en parcourant ma photothèque, je me suis fait la réflexion qu’il était assez peu fréquent que mes photos ne comportent aucun sujet clairement identifiable, à l’exception de mes photos de paysages, et encore… J’ai donc remonté chronologiquement ma galerie personnelle en vue de constituer une petite collection de ce type d’images. Mais avant de vous la présenter, j’ai essayé de retracer les causes de cette habitude photographique personnelle. Car si pour des raisons évidentes, beaucoup de photographes ont toujours un sujet identifiable sur chacune de leur photos, beaucoup savent également se laisser aller, en tout cas mieux que moi, à des compositions plus abstraites mettant en avant des formes et des textures. Parmi ces gens là, on trouve en premier lieu les macrophotographes, même amateurs.

La macro et moi…

J’aime bien la macro et j’ai un objectif dédié à ça qui est relativement performant, mais je franchis pourtant rarement le rapport 0.5:1, à part quand c’est pour m’amuser à quelques expériences inédites. Souvenez-vous par exemple de mes posts sur la macro dans la nature (ici), dans mon appartement (ici), ou sur l’utilisation d’une combinaison pancake/grand-angle (ici) ou 50 mm (ici) couplé à une ou plusieurs bagues allonges. Vous pouvez aussi lire ou relire les articles que j’avais rédigé sur la macro si d’aventure l’expression « rapport 1:1 » ne vous évoquait pas grand-chose (ici et ici). J’ai toujours envie de me mettre plus sérieusement à la macro. Pourtant, le temps passe sans que je m’y emploie vraiment. Ainsi, c’est sans doute un des domaines de la photographie dans lequel j’ai le moins progressé. La macro est sans doute une discipline trop techniquement contraignante et par conséquent, moins exaltante pour l’impatient que je suis que ne le sont d’autres types de pratiques photographiques. Ensuite, j’ai du mal à être pleinement enthousiaste vis-à-vis de la macro parce que je suis peut-être très classique et que j’ai besoin d’un sujet dans mes photos pour me sentir un peu artiste. Passer du temps dans la réalisation d’images abstraites, la lentille frontale collée au décor, ne me stimule donc pas tant que ça. Je n’associe pas macro à absence de sujet pour autant mais force est de constater que c’est une discipline de choix pour explorer des pistes abstraites. Par exemple, certains photographes réalisent des livres entiers qui ne comportent que des photos d’écorce d’arbre, et en plus, c’est beau, alors que j’aurais du mal, ne serait-ce que de me lancer dans une telle entreprise. Alors d’où vient cette obsession persistante de faire apparaître un sujet sur l’immense majorité de mes images?

Quand le novice de la photo animalière apprend à « dézoomer »…

C’est sans doute le résultat de mon intérêt certain pour la photo animalière qui m’a historiquement poussé, et me pousse encore, à intégrer un sujet dans chacune de mes compositions. Pourtant, il me paraît intéressant de nuancer un peu cette quête de l’omniprésence du sujet. Au fur et à mesure de sa progression, le photographe animalier apprend à dézoomer et à adopter de manière plus décomplexée des cadrages plus larges. C’est par exemple ce que j’ai essayé de faire ici, ici, ici, ou encore ici. La première raison que je vois à cela, c’est tout simplement que le photographe apprend à mieux composer. Il n’hésite pas à décentrer son sujet, à considérer l’environnement de celui-ci comme une deuxième composante primordiale pour l’harmonie de la photo. Les compositions sont donc souvent de plus en plus aérées et font la part belle à un sujet, certes, mais dans un environnement qui lui est propre. Dans le même temps, le photographe comprend que la proximité avec son sujet n’est donc pas nécessairement un gage de réussite pour toutes les raisons mentionnées ci-dessus. En dépit de notre instinct de « petit chasseur » qui nous pousse à nous approcher toujours au plus près de l’animal sauvage, on relativise donc avec moins de difficulté, l’existence de distances réalistes auxquelles il sera bénéfique de travailler compte-tenu des focales que possèdent la plupart des photographes amateurs (jusqu’à 300 mm?) avant que son sujet ne prenne la poudre d’escampette. La photo de mon renard prenant la fuite dans la campagne aveyronnaise en est un bon exemple (ici). En ce qui me concerne, c’est vraiment une progression que j’ai ressenti et je pense que je n’aurais pas appris à composer mes images aussi consciemment si j’avais d’entrée de jeu pu compter sur un 150-600 mm, comme ça aurait pu être le cas si je débutais aujourd’hui en animalier. Malgré cela, l’envie d’aller toujours au plus près de mon sujet est tenace et je suis persuadé qu’elle persisterait, quand bien même je me verrais offrir une focale de 500 ou un 600 mm bien lumineuse…

Quand le photographe de paysage apprend à ré-intégrer des sujets…

Le sentiment général est un peu opposé en photographie de paysage (au sens large). Longtemps, j’ai privilégié des paysages épurés sur lesquels ne devaient apparaître qu’un minimum d’indices de présence humaine (par exemple, ici, ici, ici ou encore ici). Aujourd’hui, c’est toujours ce que je recherche dans la plupart des cas, mais je crois être devenu bien moins extrémiste en la matière. En effet, la présence d’un sujet humain au milieu d’un paysage grandiose n’est pas systématiquement à considérer comme une vulgaire souillure car cette personne a probablement une bonne raison d’être là, dans le cadre, à ce moment bien précis. Si je suis toujours trop pudique pour faire apparaître clairement les expressions faciales d’un inconnu, ou de quelqu’un qui me soit familier sur une photo que j’envisage de partager, j’ai de moins en moins de mal à faire apparaître en ombre chinoise, de dos, ou avec un léger filé, les acteurs naturels de la scène (par exemple ici, ici, ici, ou ici). Souvent, ça enrichit la photo en terme de signification plus que ça ne la gâche. Et puis bien sûr, j’ai mis l’emphase sur les sujets humains mais le terme sujet ne doit en rien exclure les objets qui se détacheraient de la composition et seraient là, à la fois pour attirer le regard et donner son sens à une photo. A ce titre, l’utilisation d’un grand-angle est un très bon moyen de jouer sur les différents plans et travailler sur cette relation sujet/décor.

 Et les photos « sans sujet » dans tout ça?

En résumé, le titre de cet article n’a aucun sens car ce n’est certainement pas parce qu’une photo ne représente rien de concret qu’elle n’évoque rien. Mais ce titre un peu provocateur était un moyen comme un autre de susciter quelques interrogations et éventuellement une réaction chez mes lecteurs potentiels. Passé ma petite dissertation sur l’importance ou non d’avoir un sujet bien identifiable dans ses photos, je vous propose sans plus tarder une petite série. Toutes ces photos ont été prises comme ça au fil de l’eau au cours de l’année écoulée et témoignent de petits moments où, contrairement à mes habitudes, je me suis en quelques sortes, délibérément « focalisé » sur une absence de sujet…

Ridules dans le sable boueux d’une mangrove sur une plage du Tropical North Queensland (Photo Joris Bertrand)

Ridules dans le sable boueux d’une mangrove sur une plage du Tropical North Queensland (Photo Joris Bertrand)

Détail d’une rampe métallique, juste après l’averse (Photo Joris Bertrand)

Détail d’une rampe métallique, juste après l’averse (Photo Joris Bertrand)

Vitraux au plafond de la National Gallery of Victoria, Melbourne, Australie (Photo Joris Bertrand)

Vitraux au plafond de la National Gallery of Victoria, Melbourne, Australie (Photo Joris Bertrand)

Pavage naturel, dans le Parc National de Kuring Gai, Nouvelle-Galles du Sud, Australie (Photo Joris Bertrand)

Pavage naturel, dans le Parc National de Kuring Gai, Nouvelle-Galles du Sud, Australie (Photo Joris Bertrand)

Traces laissées par une larve de papillon sur l’écorce d’un Eucalyptus dans le Parc National de Kuring Gai, Nouvelle-Galles du Sud, Australie (Photo Joris Bertrand)

Traces laissées par une larve de papillon sur l’écorce d’un Eucalyptus dans le Parc National de Kuring Gai, Nouvelle-Galles du Sud, Australie (Photo Joris Bertrand)

Formes circulaires dans la roche du bord de mer, Parc National de Kuring Gai, Nouvelle-Galles du Sud Australie (Photo Joris Bertrand)

Formes circulaires dans la roche du bord de mer, Parc National de Kuring Gai, Nouvelle-Galles du Sud Australie (Photo Joris Bertrand)

Détails de la toiture de l’Opéra de Sydney (Photo Joris Bertrand)

Détails de la toiture de l’Opéra de Sydney (Photo Joris Bertrand)

Décorations de Noël, au Queen Victoria Building, Sydney, Australie (Photo Joris Bertrand)

Décorations de Noël, au Queen Victoria Building, Sydney, Australie (Photo Joris Bertrand)

Reliques d’arbres brûlés au milieu d’une forêt régénérée en Tasmanie (Photo Joris Bertrand)

Reliques d’arbres brûlés au milieu d’une forêt régénérée en Tasmanie (Photo Joris Bertrand)

Section transversale d’un tronc de fougère arborescente (Photo Joris Bertrand)

Section transversale d’un tronc de fougère arborescente (Photo Joris Bertrand)

Avant que le ciel se déchaine, sur la plage de Manly, région de Sydney (Photo Joris Bertrand)

Avant que le ciel se déchaine, sur la plage de Manly, région de Sydney (Photo Joris Bertrand)

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Le mode ISO auto, avec ou sans ?

Les automatismes?! C’est le mal!!! C’est bien connu… Voilà une idée que les photographes bien-pensants, quelque soit leur niveau d’expertise, essayent bien souvent de faire germer dans la tête de leurs congénères moins expérimentés. Cela part souvent d’un bon sentiment car effectivement, apprendre à se sortir du mode tout-automatique et dans une moindre mesure des modes semi-automatiques permet d’apprendre à gérer soi même les principaux paramètres de prise de vue que sont la vitesse d’obturation et l’ouverture. Cela permet donc de laisser libre cours à notre créativité. Là où le mode tout-automatique va amener à adapter le couple vitesse-diaphragme à la luminosité ambiante pour délivrer une photo bien exposée, un réglage manuel de ces paramètres va permettre de personnaliser davantage la prise de vue. Au photographe donc de décider de laisser ou non filer le temps de pose et de jouer avec la profondeur de champ. Mais ces évidences ayant été énoncées, est-il vraiment souhaitable de s’affranchir totalement des automatismes, juste pour la noblesse de la photographie?

Le mode priorité à l’ouverture, c’est la vie…

C’est à ce moment là qu’il convient de faire une distinction entre les puristes et des photographes, peut-être un petit peu plus pragmatiques auxquels j’appartiens. En ce qui me concerne, une écrasante majorité de mes images sont prises en mode priorité à l’ouverture (Av, chez Canon), un mode semi-automatique. Pour les lecteurs les moins expérimentés, rappelons simplement que c’est le mode qui permet de choisir la valeur d’ouverture du diaphragme compte-tenu de la luminosité ambiante et/ou, de la profondeur de champ recherchée. Ensuite, c’est l’électronique embarquée du boîtier qui se charge de déterminer la vitesse d’obturation permettant d’obtenir une photo bien exposée dans ces conditions. C’est un mode particulièrement bien adapté à la photo naturaliste où on cherche la plupart du temps à shooter avec une grande ouverture pour bénéficier d’un maximum de lumière et tenter de figer un sujet avec une profondeur de champ plutôt courte (pour le voir se détacher de l’arrière-plan). Mais ce mode semi-automatique est également adapté à bien d’autres situations et on peut dire sans trop se mouiller que c’est en fait le mode qui est plébiscité par la plupart des photographes confirmés et experts, quelque soient leurs habitudes photographiques. En fait, le mode priorité vitesse (Tv, chez Canon) ne me sert que dans des situations bien particulières dans lesquelles je veux forcer la vitesse d’obturation soit à être très rapide (par exemple 1/2000 s, pour figer le vol d’une hirondelle) soit à être relativement lente (par exemple 1/40 s, pour créer un effet de filé voulu). En fait, je n’utilise le mode manuel que dans des situations bien particulières qui nécessitent vraiment de débrayer totalement les automatismes telles que certaines prises de vue au flash. Ma conclusion à tout ça, c’est qu’il faut être en mesure de savoir suffisamment s’affranchir des automatismes pour que ceux-ci ne viennent pas à brider notre créativité sans pour autant être stupides et perdre en réactivité quand ces mêmes automatismes pourraient nous assister dans la prise de vue et nous permettre ainsi de mieux réussir nos photos.

Un temps de pose ultra-rapide de 1/8000 s (à F/2 et 320 ISO) pour figer le mouvement des pales (Photo Joris Bertrand)

Un temps de pose ultra-rapide de 1/8000 s (à F/2 et 320 ISO) pour figer le mouvement des pales (Photo Joris Bertrand)

Un temps de pose plus lent pour un effet de filé de 1/20 s (à F/22 et 100 ISO) (Photo Joris Bertrand)

Un temps de pose plus lent pour un effet de filé de 1/20 s (à F/22 et 100 ISO) (Photo Joris Bertrand)

Et le mode ISO automatique dans tout ça?

C’est un peu avec cette philosophie que j’aborde le mode ISO automatique. Tout d’abord, il faut préciser que je suis déjà un vieux de la vieille et que je ne possédais pas cette option sur mon ancien boîtier, le Canon EOS 400D. Contrairement aux autres paramètres de prise de vue qu’on peut faire varier dans tout les sens selon les résultats escomptés, il est une constante avec la sensibilité ISO: on cherche toujours à la maintenir aussi basse que possible. En effet, augmenter la sensibilité permettra d’amplifier le signal en boostant ainsi artificiellement la luminosité de nos photos, mais cela se fera toujours au détriment de la qualité d’image. Cela est de moins en moins un problème car les boîtiers actuels gèrent de mieux en mieux la montée en ISO mais l’EOS 400D commençait déjà à être mauvais dès 800 ISO. Il fallait donc trouver manuellement le compromis qui permettait de garder judicieusement une qualité d’image correcte tout en permettant d’avoir une sensibilité permettant d’obtenir des photos nettes compte-tenu de la luminosité ambiante. La fonction ISO automatique que j’ai découvert avec bonheur sur l’EOS 70D, permet de s’affranchir de faire soi même cette opération. Personnellement, je trouve que ça marche pas mal. En effet, l’appareil ne cherche pas à systématiquement faire péter les ISO lorsque ce n’est pas nécessaire. En revanche, il sait intelligemment adapter la sensibilité ISO à la focale employée pour faire en sorte que vos photos aient toutes les chances d’être nettes. Et c’est bien appréciable que dans le feu de l’action, le boîtier augmente la sensibilité sans que vous ailliez à vous en occuper. Pour éviter une qualité d’image trop dégradée, il m’arrive cependant couramment de borner la valeur maximale à ne pas dépasser à 6400 voire 3200 ISO. Lorsque j’ai le temps d’effectuer posément ma prise de vue, je n’hésite bien sûr pas non plus à débrayer cet automatisme pour ajuster à ma guise la sensibilité. Mais lorsque qu’on veut être à la fois spontané et réactif, je pense qu’il ne faut pas hésiter à utiliser cette fonction. Si je suis bien persuadé d’une chose, c’est que ce mode m’a permis de réussir bien plus de photos que ce qu’il m’en a fait jeter à la corbeille à cause d’une qualité d’image pas assez satisfaisante… Qu’en est-il pour vous? Est-ce un réglage que vous utilisez couramment?

Une photo prise à 6400 ISO et en mode iso auto… Typiquement le genre d’image prise en sous-bois que j’aurais pu rater sans cette fonction (Photo Joris Bertrand)

Une photo prise à 6400 ISO et en mode iso auto… Typiquement le genre d’image prise en sous-bois que j’aurais pu rater sans cette fonction (Photo Joris Bertrand)

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Revoir les Grands Causses (Partie 1)

Souvent, j’aimerais parler davantage de la région des Grands Causses. Car même si j’ai trimballé ma carcasse sous bien d’autres longitudes et latitudes au cours de ces dernières années, c’est toujours au pied du Larzac que je finis par revenir. Cette fois-ci, ce n’est que pour un temps et ce n’est d’ailleurs pas forcement à la période la plus propice pour la photo nature. Pourtant, parcourir ces grands espaces a quelque chose d’apaisant et je sillonne à nouveau avec beaucoup de plaisir des itinéraires, pour la plupart tracés par moi seul et que j’avais délaissé depuis presque deux ans maintenant. La motivation première de l’écriture de cet article consiste en fait à se questionner sur la façon qu’on a d’appréhender, avec un œil de photographe, des lieux qu’on connaît par cœur, mais qu’on n’avait pas retrouvé depuis un certain temps.

Le bocage de l’avant-causse, une vallée, une montagne, une autre vallée… (Photo Joris Bertrand)

Le bocage de l’avant-causse, une vallée, une montagne, une autre vallée… (Photo Joris Bertrand)

En fait, je crois qu’il y a plusieurs phases dans la façon dont un photographe (naturaliste ou pas) s’approprie son environnement. Il y a tout d’abord la phase dans laquelle on découvre les lieux avec un œil novice. C’est souvent une étape assez exaltante puisqu’elle nous offre des situations de prise de vue inédites. Durant cette période, on a souvent tendance à déclencher plus qu’en temps normal car c’est en procédant par essais et erreurs qu’on se créera ses repères créatifs. Dans cette relative boulimie photographique, il n’est pas rare que le pire côtoie en effet le meilleur. Mais si on fait le bilan, je crois que cette phase d’expérimentation fait la part belle à la créativité et il n’est pas rare de sortir de très bonnes images des les premiers shoots, ce qu’on pourra en partie attribuer à une possible « chance du débutant ».

L’envol de la buse variable dans la brume du matin (Photo Joris Bertrand).

L’envol de la buse variable dans la brume du matin (Photo Joris Bertrand)

Puis, débute une phase souvent un petit peu plus frustrante au cours de laquelle on devient plus exigeant à la fois avec soi même mais aussi avec les conditions de prise de vue. A titre personnel, je ne compte même plus le nombre de fois où je me suis levé aux aurores pour parcourir la campagne pendant des heures, charriant mon matériel, avant de retourner à la maison sans avoir même pris la peine de déclencher ne serait-ce qu’une seule fois. Mais il y a des jours où la faune se fait discrète, d’autres où les lumières ne nous paraissent pas assez esthétiques pour illuminer des paysages qui mériteraient d’être mieux mis en valeur pour être immortalisés. Enfin, il y a des jours où soit on manque d’inspiration, soit on a tout simplement envie de prendre l’air avant même de penser à photographier. C’est ce qui m’arrivait très souvent. L’appareil reste dans le sac à dos, près à figer une observation naturaliste ou une lumière hors du commun, tout en sachant qu’un témoignage photographique ne serait alors qu’une sorte de cerise sur le gâteau d’un petit moment de bonheur.

La pleine lune s’efface derrière la crête arborée (Photo Joris Bertrand)

La pleine lune s’efface derrière la crête arborée (Photo Joris Bertrand)

Pour finir, il y a une sorte de phase qui, bien qu’elle vienne après les deux précédentes, se trouve quelque part entre les deux en terme de sensation. C’est celle que je crois avoir eu l’occasion d’expérimenter depuis mon récent et éphémère retour en France. On connaît les lieux comme notre poche et on a suffisamment d’expérience pour y reconnaître les conditions qui sortent de l’ordinaire. Dans le même temps, il y a toutes ces choses que l’on redécouvre avec des yeux d’enfant (ou en tout cas de débutant). Cette semaine, j’ai emprunté à nouveaux certains des itinéraires que j’ai parcouru des dizaines, peut-être même des centaines de fois. Il y a bien des choses qui n’ont pas changé et dans le même temps il y en a tant que j’ai revécu comme aux premiers jours.

Echarpe de nuages dans la lueur du petit matin (Photo Joris Bertrand)

Echarpe de nuages dans la lueur du petit matin (Photo Joris Bertrand)

De manière très terre à terre, j’ai d’abord été surpris par le froid qui paralyse les lèvres et finit par engourdir le cerveau. Je suis à présent convaincu que deux ans passés à proximité des tropiques suffisent largement à désadapter un organisme aux températures négatives. D’ailleurs, est-ce le froid lui même ou l’absence de pratique, mais les chants et les cris d’oiseaux qui me paraissaient autrefois si familiers s’accompagnent désormais d’un temps de latence de quelques secondes avant que les connexions se fassent. C’est un peu comme une langue étrangère qu’on ne pratique plus et pour laquelle le vocabulaire demanderait parfois quelques instants avant de refaire surface. Et puis il y a tout le reste… J’avais presque oublié la beauté d’un vieux noyer tortueux, au milieu du bocage, de la mer de nuage enveloppant les vallées d’une brume épaisse pendant que les causses voient déjà émerger leurs surfaces vallonnées recevant ainsi la lumière dorée et rasante du petit matin. Dans ces paysages qui se tiennent à coup sûr un peu plus à l’écart de la folie des hommes que les endroits que j’ai l’habitude de fréquenter depuis, la faune est pourtant excessivement craintive. Ici, une belle photo d’oiseau ou de mammifère se mérite souvent au terme d’une approche qui n’a rien à envier à une scène de chasse préhistorique.

Renard roux en maraude, au petit matin (Photo Joris Bertrand)

Renard roux en maraude, au petit matin (Photo Joris Bertrand)

Aux aguets les chevreuils… (Photo Joris Bertrand)

Aux aguets le chevreuil… (Photo Joris Bertrand)

Pourtant, dans ce milieu qui paraît immuable, des choses continuent de changer. Les catastrophiques inondations de l’année dernière ont complètement remodelé le cours des rivières et des ruisseaux, les frelons asiatiques ont continué à progresser et j’ai pu repérer pour la première fois des nids sur ma commune d’origine. Sur le Larzac, les loups sont très probablement de retour et je continue à scruter le ciel pour apercevoir pour la première fois le vol gracieux du gypaète sur mes terres… A coup sûr, je n’aurai probablement pas le temps de mettre tout ça dans la boîte en une paire de jours. Mais cela laisse déjà présager de superbes sessions futures et ça me plaît, d’autant que l’expérience photographique acquise lors de mes voyages me permet aussi, je le ressens, d’arriver avec un regard plus mûr pour appréhender l’esthétique des scènes que j’ai sous les yeux. En attendant que la Nature Des Images redevienne, je l’espère, un petit peu plus « Nature », je remercie une fois de plus tous ses lecteurs assidus ou plus occasionnels.

Les inondations de l’année dernière ont laissé de profondes marques (Photo Joris Bertrand).

Les inondations de l’année dernière ont laissé de profondes marques (Photo Joris Bertrand)

Les frelons asiatiques continuent leur expansion (Photo Joris Bertrand).

Les frelons asiatiques continuent leur expansion (Photo Joris Bertrand)

 

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J’ai regardé à nouveau le « naïvement dégueulasse » Monde du silence…

CousteauHier à Taipei, c’était typhon « Chan-Hom » au programme: classes et bureaux fermés pour la journée. Suite à la polémique récente autour du documentaire du commandant Cousteau (et de Louis Malle) réalisé en 1956, j’ai eu envie de visionner à nouveau Le monde du silence. La dernière fois que j’avais du le voir, je devais encore être un mouflet. Comment allais-je percevoir aujourd’hui ce documentaire que certains ont qualifié de « naïvement dégueulasse »? Pourquoi le gamin que j’étais au début des années quatre-vingt dix n’y avait pas vu la cruauté récemment rapportée par les moralisateurs du vingt-et-unième siècle? En quoi mon regard à t’il potentiellement changé? Après tout, j’ai sans doute acquis un minimum de légitimité pour m’exprimer à ce sujet, moi qui ai souvent préféré les documentaires de Cousteau aux dessins animés ce qui a sans doute grandement contribué à susciter chez moi la vocation de faire de la recherche en biologie, et de devenir, de fil en aiguille, un petit peu océanographe…

Qu’est-ce qui est manifestement obsolète?

Dès les premières secondes du documentaire, la voix off se doit de préciser que les plongeurs qui évoluent par cinquante mètres de fond sont munis de « scaphandres autonomes à air comprimé » et sont complètement « délivrés de la pesanteur ». Cette description qui pourrait sans doute paraître complètement superflue aujourd’hui est déjà révélatrice d’à quel point le simple fait de montrer cela était quelque chose d’inédit à l’époque. Le documentaire dans son ensemble regorge de petites phrases du genre: « Les dauphins ne sont pas des poissons mais des mammifères, assez proches du chien. », un autre élément que n’importe qui est en mesure de savoir aujourd’hui. Mais là encore il convient de replacer la phrase dans son contexte historique: on était en 1956 (mes parents n’étaient pas encore nés…). Dans la même verve, Cousteau croit bon d’expliquer quelle est la différence entre une baleine et un cachalot. Le niveau se corse un petit peu mais de nos jours encore, beaucoup de gens sont désormais capables d’au moins distinguer une baleine d’un cachalot sans nécessairement pouvoir énumérer les critères permettant de les différencier. La première chose qu’il convient donc de bien intégrer avant de pouvoir prétendre se risquer à formuler la moindre critique sur ce documentaire, c’est que tout était nouveau dans ce film ou presque à l’époque de sa première diffusion. Les images réalisées par quelques soixante-quinze mètres de fond étaient les plus profondes jamais tournées par des plongeurs jusqu’alors et l’équipage exhibait avec fierté l’instrumentation dernier cri de la Calypso même si celle-ci pourrait bien sûr prêter à sourire aujourd’hui. Et puis, le public connaissait encore si peu la mer… Alors, non monsieur Mordillat, ce n’est probablement pas parce que Cousteau emploie les termes de « barre à droite » et « barre à gauche » qu’il ne connaissait pas son bâbord et son tribord, mais peut-être simplement parce que Le Monde du silence était le premier documentaire de ce genre à s’adresser à tous, marins ou pas.

Cousteau et ses « sbires » dans tout ça?

Bien sûr qu’il agace le commandant. Il a quelque chose de très militaire. On le sent fier voire arrogant, directif voire autoritaire et en apparence omniscient face à son équipage musclé mais comme un peu limité intellectuellement par rapport à lui. Mais peut-on vraiment lui reprocher d’incarner son rôle de l’époque? Pour le vieux papi sympathique au bonnet rouge et à la voix fatiguée qui philosophe sur le pont supérieur de la Calypso en regardant tanguer la ligne d’horizon, il faudra revenir une paire de décennies plus tard mon cher Gérard… Le mauvais jeu d’acteur de chacun des membres d’équipage les crispent au point qu’ils n’arrivent même pas à endosser leur propre rôle avec un degré de spontanéité acceptable (à part peut-être le chien dont j’ai oublié le nom et « Jojo le mérou »). Leurs expressions face-caméra sont figées telles celles des sujets sur les photos d’antan. Comme quand les gens savaient qu’il fallait être sérieux car on ne pouvait pas se permettre le luxe de prendre le risque de rater la pose. Regardons-les plonger… Mais où sont donc leurs superbes combinaisons argentées à liseré noir: celles du temps de l’Alcyone?! Ils n’ont même pas encore les combinaisons noires à liseré jaune qui m’ont fait rêver toute mon enfance. Non! ils sont tellement amateurs qu’ils ne portent que de vulgaires moule-bites… Même moi, je dois avouer que j’ai été un peu désappointé face à un tel spectacle…

« Le naïvement dégueulasse », venons-en aux faits…

Alors c’est vrai qu’il y a des trucs qui m’ont plus ou moins titillés pendant près d’une heure et demie… D’abord et avec le recul, je crois qu’on peut dire qu’il y a beaucoup de choses dans ce documentaire qui pourraient apparaître aujourd’hui comme relativement molles (regardez un vieux Dysney, ça fait pareil…). Filmer des dizaines de dauphins jouant au niveau de l’étrave pendant d’interminables minutes, ça n’impressionne plus grand monde. Mais pour avoir eu la chance de vivre ce genre de scène en vrai, je comprends tout de même qu’ils aient eu l’envie de le montrer à une époque à laquelle c’était sans doute beaucoup moins répandu que ça des images de dauphins sautant hors de l’eau. Il en est un peu de même pour la découverte de l’épave ou des moments de vie à bord affectée par la houle puis par une chaleur caniculaire… Ensuite il y a ce que je qualifierais de maladresses. On voit par exemples les membres d’équipage remonter quantité de langoustes, et pas pour la science… C’est peut-être naïf dans le sens où ils ne s’en cachent pas mais ça a le don d’être montré en toute franchise. Il y a sans doute toujours des plaisanciers et des membres de missions scientifiques qui profitent de leurs escapades en mer pour récolter des échantillons et, de temps en temps, se faire un petit festin. Il y a aussi toujours des gens qui tournent des documentaires mais qui sélectionnent peut-être de manière plus judicieuses les parties à couper au montage qu’avant. C’est un peu ce qui se passe au fameux moment où ils heurtent un cachalot adulte et qu’un petit se fait lacérer par les pales de l’hélice de la Calypso avant qu’ils se doivent de l’achever d’une balle dans la tête alors que les requins tentent tant bien que mal de s’occuper de sa dépouille. On peut penser que Cousteau et son équipage ont manqué de vigilance, mais ce qui leur vaut un « procès » aujourd’hui c’est d’avoir eu le malheur de tout montrer. De la à croire qu’il n’y a plus eu aucune collision entre un navire et une baleine ou un cachalot depuis 1955…

Même dans le film, Cousteau et ses hommes ne sont pas fiers de ce qui se passe. Ils déplorent la collision avec le cachalot et font même part de leur émotion en entendant les cris de détresse de l’animal agonisant et assisté par ses congénères. Ils semblent également regretter d’avoir à casser des coraux à coup de marteau ou d’avoir à faire péter un bout de récif corallien à la dynamite pour en faire l’inventaire. Ils le font « pour la science » et ils le font surtout à une époque à laquelle même les scientifiques travaillant sur la mer n’avaient pas encore bien conscience que leur terrain d’étude était fragile… Pour arrêter l’hypocrisie et les raccourcis abusifs, il me paraît aussi utile de préciser que de nos jours encore, certains scientifiques continuent de prélever, des bouts de coraux, quelques poissons « pour la science » mais les dégâts qu’ils occasionnent restent insignifiants par rapport à des activités lucratives, en premier lieu desquelles la pêche, même non-industrielle.

Il y a bien aussi des trucs qui apparaissent comme complètement inutiles comme lorsqu’ils s’accrochent aux tortues marines, montent sur les tortues terrestres géantes, nourrissent les poussins d’oiseaux marins au nid ou s’amusent à apprivoiser les occupants d’un récif entier en leur filant à bouffer tous les jours. Mais en fait, je dois dire que le seul moment qui m’a pour ainsi dire un peu choqué, c’est effectivement ce massacre immoral et totalement gratuit des requins venant se nourrir de feu le bébé cachalot… Cousteau et ses hommes exterminent ces requins comme de la vermine en invoquant une « haine ancestrale » de tous les marins du monde qui « détestent les requins ». C’est nul, bien sûr, mais encore une fois, on est en 1955. Paradoxalement c’est ce qui choque le plus dans ce documentaire mais c’est aussi la chose qui a probablement la moins évolué depuis. En 2015, on s’offusque presque unanimement de ce comportement barbare mais ne fait-on pas preuve de la même haine vengeresse sur la côte Ouest de La Réunion où plus près de la maison de la radio, avec les loups dans les montagnes de notre cher hexagone? Il y a peut-être des gens qui nous regarderont avec condescendance d’ici soixante ans en arguant probablement que nous étions « naïvement dégueulasses ».

Ce qui est vraiment « dégueulasse », mais pas si « naïvement » que ça…

Quand on n’est pas assez talentueux pour laisser une marque indélébile dans l’histoire, on est toujours à temps de critiquer l’œuvre d’autrui pour tenter de braquer les projecteurs sur soi… Ce qui est un peu regrettable c’est que les médias soient capables de donner sans discernement une tribune à ces gens là au point qu’une interprétation aussi simpliste et malhonnête puisse arriver à susciter des polémiques dont l’ampleur parviendrait presque à partiellement éclipser les bienfaits de l’intégralité de l’œuvre (magistrale) de Cousteau aux yeux des gens qui la connaissent peu. Ce qui est encore plus regrettable, c’est que cette fois-ci, c’est une émission « sérieuse » et pour laquelle j’avais jusqu’alors toujours eu pas mal d’affection qui a joué à fond le jeu malsain des scores d’audience… Avant de conclure, j’aimerais insister sur le fait qu’il est profondément débile de croire qu’on peut mettre sur le même plan la destruction occasionnée par la recherche et la science et celle motivée par le profit au niveau des océans. C’est d’autant plus grave que cette critique adressée presque soixante ans trop tard au Monde du silence n’a rien de naïve mais qu’elle est néanmoins belle et bien dégueulasse. C’est très probablement parce qu’il y a eu Cousteau que les gens sont aujourd’hui bouleversés par les balbutiements parfois hasardeux de sa propre carrière. Car cette œuvre a contribué à faire émerger une conscience écologique reposant sur le fait que la mer n’a rien d’une corne d’abondance comme l’a rappelé François Sarano (un ancien de la bande). Aujourd’hui, la population mondiale a presque été multipliée par trois depuis la sortie du Monde du silence et gageons que si Cousteau pouvait refaire son expédition, il n’aurait probablement plus que ses yeux pour pleurer…

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« Je shoote comme je suis ? »

Parfois, les 15 mm ne sont pas de trop pour faire rentrer les 509 mètres de haut Taipei 101 dans le cadre (Photo Joris Bertrand)

Parfois, les 15 mm ne sont pas de trop pour faire rentrer les 509 mètres de haut Taipei 101 dans le cadre (Photo Joris Bertrand)

Parmi les fonctionnalités intéressantes d’Adobe Lightroom, il y a le fait de pouvoir installer et utiliser toute une myriade d’extensions (ou plugins) en tout genre. Parmi eux, il y en a certains qui permettent de compiler et représenter graphiquement les paramètres de prises de vues (longueur de focale, ouverture, vitesse d’obturation…) des clichés qui compose notre photothèque. Du coup, je me suis essayé à télécharger un de ces plugins: Data Plot (de Jeffrey Friedl) afin de mieux cerner mes propres habitudes photographiques. Ce que j’ai découvert ne m’a pas vraiment étonné mais je dois dire que je ne pensais pas que certaines tendances que j’ai pu observer seraient aussi franches.

Mes longueurs de focales de prédilections

Je me suis intéressé à considérer les deux zooms que j’ai eu ou que j’ai encore en ma possession (à savoir dans l’ordre chronologique le Tamron AF 18-250mm f/3.5-6.3 Di II LD Aspherical [IF] macro (qui n’est plus commercialisé) et le Canon EF-S 15-85 mm F/3.5-5.6 IS USM. Que ce soit avec le zoom de mes débuts ou mon transtandard actuel, la distribution est clairement bimodale dans les deux cas. J’ai un intérêt immodéré pour les focales « grand angle » à un point que j’avais probablement sous-estimé. Sur les 6018 photos prises avec le Tamron, 43% ont été shootées entre 18 et 24 mm, 11% entre 26 et 31 mm, puis cette proportion décroit progressivement jusqu’à devenir anecdotique (1% ou 2 % par classe) au delà de 75 mm avant un dernier rebond à 10 % à fond de focale (244 mm). Sur les 1399 images prises avec le Canon, cette tendance est également très prononcée puisque près du quart (24%) de mes images ont été prises entre 15 et 17 mm même si par la suite, la distribution est un peu plus étalée avant le fameux pic à fond de focale: 12% de mes photos ont été prises à 85 mm.

L’utilisation que je faisais des différentes longueur de focale de mon premier mégazoom.

L’utilisation que je faisais des différentes longueurs de focale sur mon premier mégazoom: un Tamron AF 18-250 mm f/3.5-6.3 Di II LD Aspherical (IF) macro

Ce que traduit cette soupe de chiffres un peu indigeste, c’est que j’aime shooter avec des focales courtes lorsqu’il s’agit de zoom. Ce n’est pas surprenant pour quelqu’un qui fait pas mal de la photo de paysage comme moi, mais je sais bien que j’ai aussi tendance à aimer shooter au grand angle dans d’autres situations telles que la photo de rue ou les scènes en intérieur. Cette analyse contribue à me conforter dans le choix d’avoir opté pour les 15 mm (24 mm en équivalent 24×36) de la position grand angle de mon zoom actuel. J’avais déjà eu l’occasion d’en parler sur mon blog. En tant que canoniste, lorsque j’ai choisi le Canon EF-S 15-85 mm F/3.5-5.6 IS USM, je savais que je faisais un petit compromis sur la qualité optique et surtout sur la luminosité par rapport à ce qu’aurait pu être un Sigma 17-70 mm F/2.8-4 DC Macro OS HSM, ou les références à ouverture maximale constante, à savoir le Sigma 17-50 F/2.8 EX DC (OS)* HSM, le Tamron SP AF 17-50mm F/2.8 XR Di II VC LD Aspherical [IF] ou le Canon EF-S 17-55 F/2.8 IS USM. D’un autre côté, je savais que vue ma pratique, pouvoir shooter à 15 mm correspondait à un besoin réel. A l’autre extrémité du range, j’explique en grande partie le petit rebond d’utilisation à fond de focale par mon penchant naturaliste. Souvent, pour immortaliser une rencontre furtive avec un oiseau ou un mammifère farouche ou bien pour m’adonner à la proxi-photographie, les focales les plus longues me servent tantôt à me « rapprocher » de mon sujet, tantôt à essayer d’obtenir le rapport de grandissement maximal. C’est aussi pour ça que j’avais aussi eu tendance à privilégier le range plutôt que l’ouverture maximale sur le zoom qui était censé me servir à tout faire. Cela dit, je veux bien admettre volontiers que ma pratique est assez particulière et que chaque photographe peut obtenir des distributions très différentes suivant son profil. Il est à noter que j’ai depuis aussi étoffé ma gamme de matériel en focales fixes au cours du temps ce qui m’a bien souvent aidé à combler de manière à la fois plus lumineuse et qualitative certaines longueur de focale clés: 50 mm, 100 mm et 300 mm que j’exploite désormais plutôt avec ces focales fixes qu’avec mon zoom (d’où le biais exacerbé des deux distributions que je vous présente).

L’utilisation des longueurs de focale que je fais sur mon transtandard actuel.

L’utilisation des longueurs de focale que je fais sur mon transtandard actuel : un Canon EF-S 15-85 F/3.5-5.6 IS USM.

Les autres paramètres de prise de vue

J’ai aussi jeté un coup d’œil à d’autres paramètres de prise de vue et en premier lieu, l’ouverture. Mais pour ne rien cacher, je n’ai là encore pas vraiment été surpris par les résultats. Je shoote beaucoup à pleine ouverture et il est évident que pour les scènes en intérieur ou pour avoir un peu plus de flou d’arrière-plan, une ouverture maximale de F/4 ou F/2.8 ne serait pas de refus sur mon zoom. Cela dit et comme je l’utilise pas mal en paysage (diurne ou nocturne), il m’arrive aussi assez souvent de shooter entre F/9 et F/16 voire de fermer encore plus quand je recherche vraiment un temps de pose des plus longs qui soient.

Les 85 mm de mon transtandard actuel peuvent se révéler utiles pour aller chercher les détails dans un paysage, ici Uluru/Ayers Rock en Australie (Photo Joris Bertrand)

Les 85 mm de mon transtandard actuel peuvent se révéler utiles pour aller chercher les détails dans un paysage, ici Uluru/Ayers Rock en Australie (Photo Joris Bertrand)

Avec mon Canon EF 300 mm F/4L IS USM, je shoote presque tout le temps à pleine ouverture ou en tombant une valeur de diaphragme (à F/5.6) parce que c’est avec ces réglages qu’il distille le meilleur de sa qualité optique et/ou parce que je n’ai pas le choix lorsque le multiplicateur de focale (1.4x) est monté dessus. Avec mon petit EF 50 mm F/1.8 II, j’aime bien les grandes valeurs d’ouverture même s’il m’arrive assez fréquemment de tomber une ou deux valeurs de diaphragme pour avoir une profondeur de champ suffisante. Il en est un peu de même avec mon Canon EF 100 mm F/2.8 Macro USM que j’utilise à la base avec un diaphragme le plus ouvert possible mais que je me dois de fermer pour avoir la profondeur de champ souhaitée.

Les 250 mm de mon mégazooms étaient bien pratique pour pouvoir confirmer a posteriori l’identification d’un oiseau, ici un gobe-mouche gris, sous-espèce des Baléares (Photo Joris Bertrand)

Les 250 mm de mon mégazoom étaient bien pratiques pour pouvoir confirmer a posteriori l’identification d’un oiseau, ici un gobe-mouche gris, sous-espèce des Baléares (Photo Joris Bertrand)

Le mot de la fin…

Bon, je confesse qu’aujourd’hui comme souvent, j’ai encore pas mal parlé de moi tout en espérant que ça pourra aussi vous être utile à vous. Je n’ai désormais plus aucune excuse: il faut que j’investisse dans de nouvelles optiques car je sais, graphes à l’appui que j’adore shooter avec de petites focales. J’envisage donc de plus en plus de me tourner vers une focale fixe grand angle ou un UGA (Ultra Grand Angle). Et vous? vous êtes plutôt distribution bimodale (comme moi)? clairement asymétrique avec un penchant vers les courtes ou les longues focales? ou distribution normale s’étalant en formant une jolie courbe en cloche de part et d’autre d’une longueur de focale donnée? N’hésitez pas à me faire part de vos habitudes en commentaire, ça m’intéresse.

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